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Le Matin Online, 11 juin 2005

Corruption : Le bilan genevois du néolibéralisme

Suivi d’un commentaire

par Frédéric JULLIARD


Genève, vu par satellite

Sauve qui peut, Genève coule ! A quatre mois des élections, les libéraux lancent un cri d’alarme. En présence de la conseillère d’Etat, Micheline Spoerri, l’état-major du parti a présenté hier une étude sur la situation économique et sociale du canton. Le but : faire connaître « la vérité » aux Genevois. Selon les libéraux, Genève étouffe sous le poids d’une administration pléthorique et de dépenses incontrôlées.

Suisse


Quelques chiffres qui font peur à la droite :

Dettes

- Elles atteignent... 41000 francs suisses par habitant ! En comparaison, le chiffre n’est que de 13000 francs pour les Vaudois, pourtant mal classés.

Assurance maladie

- Presque 4 Genevois sur 10 (39 %) bénéficient d’une subvention pour payer leur prime.

Bureaucratie

- Chaque habitant du canton paie 1697 francs par an pour l’administration générale de l’Etat. La moyenne suisse n’est que de 939 francs.

Subventions

- Chaque Genevois dépense 67 % de plus que les autres Suisses pour les financer.

Impôts

- Presque un quart des Genevois n’en paient pas du tout. A l’inverse, les PME restent lourdement taxées.

Appauvrissement

- En 1965, le revenu par habitant des Genevois dépassait de 28 % la moyenne suisse. En 2002, ce chiffre est tombé à 7 %.

Même si leur étude intervient en pleine campagne électorale, les libéraux jurent qu’ils ne font pas de propagande. « Il faut cesser les chamailleries politiques, martèle Micheline Spoerri. Le canton doit se bouger ! »

Micheline Spoerri

N’empêche que, censée être objective, l’étude émane de l’institut Constant de Rebecque, connu pour ses positions ultralibérales ! « Nous publions des faits, se défend Olivier Jornot, président du parti. Par exemple, la gauche répète qu’on démantèle l’Etat social, mais les chiffres prouvent le contraire : les dépenses augmentent sans cesse ! » Reste la question principale : comment les libéraux peuvent-ils dénoncer la situation du canton... alors qu’ils sont au pouvoir ? La droite dispose en effet de la majorité au Grand Conseil et au Conseil d’Etat ! Pourquoi n’a-t-elle rien fait ? « Nous avons une part de responsabilité, admet Olivier Jornot. Mais nous ne sommes pas seuls, et, selon les votations, la balance penche tantôt à droite, tantôt à gauche. C’est pourquoi nous assumons, mais nous demandons aussi plus de libéralisme. »

Frédéric JULLIARD

Olivier Jornot

Commentaire

Les coureurs de jetons de présence qui tiennent lieu de milieu politique genevois font, une fois de plus, étalage de leur cynisme et de leur hypocrisie. A les en à croire, leur politique néolibérale, leurs magouilles continuelles, les malversations auxquelles ils se livrent en toute impunité, l’argent jeté par les fenêtres au profit des petits copains, les cadeaux fiscaux au profit des plus riches, ne seraient pour rien dans la situation des finances publiques genevoises. Ils rejettent la responsabilité de cette situation sur les fonctionnaires et sur les pauvres, victimes de leur politique.

Vue de Genève

A elles seules, les magouilles qui ont entraîné la faillite virtuelle de la Banque cantonale de Genève (BCGe) ont coûté des milliards de francs suisses aux contribuables genevois. Mais la magistrature genevoise, selon son habitude, a choisi de couvrir tous les politiciens impliqués, alors qu’ils sont pénalement responsables puisqu’ils siégeaient au conseil d’administration de la banque à l’époque où les malversations ont été commises. La culture de l’impunité se porte mieux que jamais. Non seulement les ripoux ne sont pas inquiétés, mais ils se donnent des airs de moralistes devant des journalistes locaux complaisants et n’hésitent pas à se représenter aux élections. Micheline Spoerri, au cours de toutes les années qu’elle a passées, d’abord comme parlementaire, puis à la tête du Département genevois de justice et police, n’a jamais levé le plus petit doigt pour lutter contre la corruption du milieu politique.

Vue du siège de la Banque cantonale de Genève

Quant à l’administration genevoise, les plus hautes fonctions -c’est-à-dire les mieux rémunérées et les plus coûteuses pour les contribuables- sont occupées par des petits copains politicards, souvent d’une incompétence crasse. Au point que bon nombre d’entre eux, au lieu d’être licenciés comme ils le devraient, se retrouvent dans des « placards dorés ». C’est-à-dire qu’on continue de les pays grassement, mais on embauche quelqu’un de moins nul -et tout aussi grassement payé- pour faire le travail.

Vue de la Tour Baudet, siège du gouvernement genevois

Si quatre genevois sur dix bénéficient d’une subvention pour l’assurance maladie, c’est parce que la population s’est massivement paupérisée, tandis que les élus dilapidaient l’argent public à leur profit et au profit de leurs petits copains. Olivier Jornot, le président du parti libéral genevois, dément hypocritement une volonté de démanteler l’Etat social et en donne pour « preuve » l’augmentation des dépenses sociales, alors que ces dépenses ne font que traduire l’explosion de la pauvreté dans le canton. La volonté de démantèlement social est indéniable, malgré l’opposition réitérée exprimée par les citoyens genevois à l’occasion de plusieurs référendums. Ainsi, par exemple, la définition de la pauvreté a été modifiée à la baisse, dans le seul but de refuser l’aide sociale à de nombreuses personnes qui auraient été en droit de l’obtenir. Concrètement, quand ces personnes viennent demander de l’aide, on ne tient plus compte du coût exorbitant des primes d’assurance maladie dans le calcul de leurs dépenses. On affecte hypocritement de considérer le montant des primes comme un revenu personnel. Il en résulte que ces personnes, auxquelles l’aide sociale est arbitrairement refusée, sont contraintes de cesser de payer les primes d’assurance maladie pour pouvoir survivre.

Vue de Genève

Comble du cynisme : tandis que les politiciens de droite versent des larmes de crocodile sur une dette publique dont ils sont les premiers responsables, ils s’efforcent de promouvoir un projet de tunnel sous la rade de Genève -projet déjà refusé par référendum voici plusieurs années-, alors que ce projet est devisé à un milliards de francs suisses et que, s’il était réalisé, il coûterait sans doute finalement le double. Mais on emprunte volontiers des milliards, quand il s’agit d’assurer des commandes d’Etat pour les entreprises locales qui rémunèrent si généreusement les partis de droite. Il est toujours temps, ensuite, de pleurnicher sur la dette publique, et d’exiger des nouvelles coupes dans les effectifs de fonctionnaires et les dépenses sociales.

Frank BRUNNER

Le chantier du Stade de Genève. Soutenu par le milieu politique local, ce stade a coûté deux fois plus que prévu. Non seulement il ne peut pas être rentabilisé, mais l’équipe de foot-ball à laquelle il était destiné a fait faillite grâce à un escroc présenté comme "le sauveur" par des politiciens genevois

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Liens liés a l'article.Patrick Chazaud, membre de l’Association des clients des banques (ASDEB), s’exprime à propos du système mafieux genevois

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  • Frédéric JULLIARD

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source