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Le Monde, 19 février 2004

Crise du Darfour : Dominique de Villepin se rend au Tchad et au Soudan

par Jean-Philippe REMY et Stephen SMITH


Soudan

Pour tenter d’apporter des solutions à la crise au Darfour, dans l’Ouest du Soudan, Dominique de Villepin devait entreprendre, jeudi 19 février 2004, un voyage de deux jours au Tchad et au Soudan, les deux pays frontaliers concernés par les combats entre plusieurs mouvements rebelles et l’armée soudanais.

Dominique de Villepin


Depuis un an, l’insurrection du Darfour a entraîné une violente répression par les forces de Khartoum, avec le concours de miliciens.

Au Tchad voisin, où la France maintient une importante présence militaire, on redoute un débordement du conflit, notamment en raison de l’implication de populations à cheval sur les deux pays, comme les Zaghawas, le groupe ethnique du président Idriss Déby. Celui-ci multiplie depuis plusieurs mois les bons offices entre les rebelles au Darfour et le gouvernement soudanais.

Idriss Deby et Jacques Chirac. Ministère français des Affaires étrangères. Photo Claude Stefan

Avant de féliciter Idriss Déby pour ses efforts de médiation, Dominique de Villepin doit visiter un camp de réfugiés soudanais à Forchana, dans l’est du Tchad, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec le Darfour.

Scène de vie dans un village tchadien

Cette distance marque un périmètre de sécurité nécessaire, puisque les miliciens soudanais pro-gouvernementaux pénètrent régulièrement sur le sol tchadien pour y attaquer les réfugiés, s’y battre avec des rebelles du Darfour qui s’y replient également, voire avec l’armée tchadienne, comme l’affirme, mercredi, Le Progrès, un quotidien de N’Djamena proche du pouvoir.

De plus, au Darfour, les "opérations militaires" sont loin d’être "terminées", comme l’a affirmé, le 9 février, le président soudanais, Omar Al-Bechir.

Au Soudan, Dominique de Villepin s’emploiera donc, selon son entourage, à pousser le gouvernement à commencer, "au delà des déclarations d’intention", à ouvrir le Darfour à l’aide humanitaire, dont la distribution le long de "couloirs" aurait dû commencer au début de la semaine.

Au Quai d’Orsay, outre l’importance de "l’aspect humanitaire du problème" (environ 130 000 réfugiés en territoire tchadien et plus de 600 000 personnes chassées de leurs villages au Darfour), on souligne la "détérioration rapide" de la crise au Darfour qui menace "la bonne issue des négociations de paix" entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion sudiste de John Garang, qui viennent de reprendre, mardi, au Kenya.

John Garang

Avec le parrainage des Etats-Unis, ces pourparlers, destinés à mettre fin à une guerre qui dure depuis vingt ans et a fait prés de deux millions de morts, sont entrés dans leur phase finale.

Pour le gouvernement soudanais, il importe ainsi d’en finir au plus vite avec le conflit au Darfour, pour qu’il cesse de parasiter le processus de paix.

Pour les Etats-Unis, qui font pression pour la conclusion des négociations, il s’agit de faire du Soudan un argument électoral dans la campagne présidentielle en cours. La paix au Soudan constituerait un succès dans le monde arabe et réjouirait, notamment, les milieux chrétiens fondamentalistes américains, partisans d’une "croisade" pour la défense du Sud-Soudan "chrétien", victime, selon eux, du "Nord musulman".

Rebelle soudanais

De son côté, la France encourage un règlement conjoint de la question du Sud et de celle du Darfour, objet du déplacement "purement diplomatique" de Dominique de Villepin, dont l’entourage dément "un lien quelconque" avec l’éventuelle reprise des activités du groupe français Total au Soudan.

Cependant, dans la perspective d’une paix prochaine et, partant, d’une ruée vers l’or noir au Soudan, Khartoum a déjà souligné, en janvier, lors de la visite du ministre français du commerce extérieur, ne pas vouloir offrir un monopole d’exploitation aux compagnies américaines.

Il y a deux semaines, l’envoyé spécial soudanais à Paris, reçu à l’Elysée et au Quai d’Orsay, était le numéro trois du régime, le ministre du pétrole.

Jean-Philippe REMY et Stephen SMITH

Scène de guerre au Sud du Soudan

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