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mardi 25 juillet 2017
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24 heures.ch, 13 juin 2005

Informations internationales : L’étau de la dette étrangle les pays pauvres

par Elisabeth ECKERT-DUNNING


Certes, l’heure n’est pas à la morgue. La Grande-Bretagne -fer de lance courageux sur ce thème du sauvetage de l’Afrique- a finalement pu convaincre les ministres des Finances de la France, de l’Allemagne et du Japon, qui, avec leur proposition initiale des plus chiches de rayer la dette de trois pays pauvres seulement, détenaient la palme de la pingrerie.

Des bateaux de pêche à Accra, au Ghana


Ce week-end à Londres et en préambule au sommet du G8, début juillet 2005, en Ecosse, les grands argentiers des huit pays les plus riches de la planète ont donc fait un énorme pas en avant. Ils sont tombés d’accord d’annuler, pour 40 milliards de dollars, la dette des dix-huit Etats les plus pauvres du monde, dont une majorité de pays subsahariens. En sus, ils sont prêts à faire le même geste pour une vingtaine d’autres pays, à condition qu’ils montrent patte blanche en matière de bonne gouvernance politique et de lutte contre la corruption. En tout, dès lors, le paquet de l’annulation porte sur quelque 55 milliards de dollars.

Corvée de bois en Angola

Bravo. Même le tout nouveau président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, qui entame aujourd’hui une tournée en Afrique, ne cache pas son enthousiasme, qui plaide pour que la généreuse mesure s’adresse également au Nigeria, le plus gros débiteur africain avec 35 milliards de dollars de dette extérieure et exclu de la liste pour figurer parmi les plus gros exportateurs de pétrole du globe.

Vue d’Asmara, en Erythrée

Mais on ne peut que suivre les propos du président sud-africain Thabo Mbeki, pour qui « il s’agit là d’un pas dans la bonne direction, mais qu’il faut encore aller plus loin ». Et pour cause. La dette annulée ce week-end ne concerne que celle des pays pauvres envers le FMI, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. C’est-à-dire 20 % seulement de la créance globale, qui, pour l’Afrique subsaharienne, s’élève à 210 milliards de dollars. Les autres créanciers -à savoir les Etats riches directement regroupés au sein du Club de Paris et les investisseurs dits privés (banques commerciales, fonds de pension, etc.)- n’ont pour l’heure pas fait un geste en ce sens. Seul le cas du Nigeria, précisément, fera l’objet d’une discussion au sein du Club de Paris.

Scène de rue à Arusha, en Tanzanie

Or, tout plaide en faveur d’une annulation pure et simple à 100 %. D’une part, parce qu’en vingt-cinq ans, les pays pauvres endettés ont déjà remboursé quatre à huit fois la mise, du fait des intérêts cumulés qui représentent aujourd’hui près des 40 % du PIB des Etats concernés.

La Maison des artisans, à Bamako, au Mali

Et, d’autre part, parce que cette dette répond très souvent à la définition, en droit international, de la dette odieuse, selon laquelle « une dette odieuse est une dette contractée par un régime despotique pour des objectifs étrangers aux intérêts de la nation et des citoyens ». Pour exemple : la fortune de l’ex-président défunt du Zaïre, Mobutu, était, en 1997, estimée à 8 milliards de dollars. Quant à la dette de son pays, elle s’élève aujourd’hui à 12 milliards de dollars.

Elisabeth ECKERT-DUNNING

Scène de marché au Bénin

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