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Le Monde, 14 juin 2005

Etats-Unis : Les lynchages ont fait environ 10000 victimes


Le Sénat américain s’est officiellement "excusé", lundi 13 juin 2005, d’avoir renoncé à interdire explicitement les lynchages, des crimes racistes qui ont fait quelque 4750 morts, dont les trois quarts des victimes étaient des Noirs, entre 1881 et 1964.


"Le Sénat a trahi ces Américains, si nous voulons vraiment avancer, il faut reconnaître cet échec et en tirer un enseignement", a souligné, lundi 13 juin 2005, la sénatrice de Louisiane, Mary Landrieu, une démocrate qui estime que le nombre des victimes de ces actes pourrait se rapprocher des 10000 morts si on prenait en compte les anonymes d’avant 1881.

Plusieurs descendants de victimes avaient fait le voyage à Washington pour l’occasion, ainsi que le seul survivant connu d’un lynchage, James Cameron, 91 ans, fondateur du "Musée de l’Holocauste noir" à Milwaukee (Wisconsin, Nord) et auteur de "Un temps de terreur : l’histoire d’un survivant". En 1930, ce cireur de chaussures de 16 ans était en cellule avec deux autres Noirs, accusés comme lui du meurtre d’un homme blanc et du viol présumé d’une femme blanche, lorsqu’il avait entendu une foule abattre le mur de la prison. "Nègre, nègre, nègre", entendait-il hurler tandis qu’il se faisait rouer de coups, a-t-il raconté à USA Today. En prière, il avait senti un nœud coulant se poser sur sa gorge quand, miraculeusement, ses agresseurs avaient changé d’avis, peut-être convaincus par une voix anonyme les appelant à "laisser ce gamin : il n’a rien à voir avec un meurtre ou un viol". "Les excuses sont une bonne idée, mais elles ne feront revenir personne", a déclaré le survivant James Cameron. "J’espère que la prochaine fois on mettra moins longtemps à reconnaître nos fautes." "Il restera toujours de profondes cicatrices, mais j’ai l’espoir que nous commencerons à guérir les blessures provoquées par le lynchage", a répondu le chef de file de la majorité républicaine, Bill Frist.

"La part d’ombre de notre histoire"

Paradoxalement, le vote du Sénat coïncide avec l’ouverture, dans le Mississippi, du procès d’une très célèbre affaire de lynchage, ayant inspiré le film Mississippi burning. Edgar Ray Killen, ancien membre du Ku Klux Klan, âgé de 80 ans, risque la peine de mort pour avoir organisé le meurtre, en 1964, de trois jeunes militants des droits civiques, un Noir et deux juifs new-yorkais. Depuis lors, il n’avait guère été inquiété -de fait, moins de 1 % des responsables de lynchages ont été condamnés, selon une association ayant milité pour les excuses sénatoriales.

Des lynchages ont pourtant eu lieu sur la quasi-totalité du territoire américain, à l’exception de quatre Etats de Nouvelle-Angleterre, avec une prévalence particulièrement marquée dans les Etats du Sud, en particulier Mississippi, Georgie, Texas et Louisiane. "C’est un sombre et terrible chapitre de notre histoire", a reconnu le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, qui a souligné que, dans la matinée, le président George W. Bush avait expliqué à cinq chefs d’Etat étrangers reçus à la Maison Blanche : "Nous travaillons à progresser au-delà de la part d’ombre de notre propre histoire."

"Mettre fin à cette pratique"

Mary Landrieu a confié qu’elle avait travaillé à des excuses sénatoriales après avoir lu un recueil de photos de lynchages, Without sanctuary, album d’une bouleversante exposition itinérante révélant que les persécutions étaient des occasions de fête pour certains Blancs. A trois reprises, entre 1920 et 1940, la Chambre des représentants avait adopté un texte anti-lynchage. Chaque fois, ces initiatives étaient restées lettre morte, en raison de l’opposition du Sénat. La proposition de loi rappelle également que "près de 200 propositions de loi contre le lynchage ont été présentées au Congrès durant la première moitié du 20e siècle, et qu’entre 1890 et 1952 sept présidents des Etats-Unis avaient demandé au Congrès de "mettre fin à cette pratique".

Avec AFP

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