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lundi 29 mai 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (17ème partie) : De mai 2005 à décembre 2005
Le Temps, 20 juin 2005

Irak : George Walker Bush s’oppose à la majorité des Américains qui veut un retrait des troupes d’occupation


Pour la première fois, une résolution fixant le rapatriement des premières troupes au 1er octobre 2006 a été soumise à la Chambre des représentants. Elle a été balayée, mais l’opinion bascule.


Si les chefs de l’insurrection irakienne lisent la presse américaine, la violence va empirer entre Bagdad et Mossoul. Et forcément, ils la lisent. Des « pires journées », comme celle de dimanche 19 juin 2005, il y en aura d’autres. Un homme est entré dans un restaurant populaire de la capitale, près de la Zone Verte, il a déclenché sa charge : morts et blessés par dizaines ; la tête du terroriste a été retrouvée sur le trottoir.

Les attentats-suicides, les combats dans le nord et l’ouest vont s’amplifier, parce que l’adversaire américain faiblit. Les partisans d’un début de retrait des troupes d’Irak, qui n’étaient que 37 % il y a deux mois, sont aujourd’hui 59 % aux Etats-Unis. Pour la première fois, une résolution a été soumise au vote de la Chambre des représentants. Elle demandait que le rapatriement des premières unités commence le 1er octobre 2006. Signée par deux républicains et trois démocrates, elle vient d’être balayée bien sûr. Son auteur, Walter Jones, député de Caroline du Nord, était si passionnément favorable au renversement par la force de Saddam Hussein, il y a deux ans et demi, qu’il avait, pour punir la France de son opposition, fait rebaptiser freedom fries les french fries de la cafétéria du Capitole.

L’opinion est versatile. Le relatif optimisme qui avait suivi les élections de fin janvier 2005, en Irak, s’est dissous dans un pessimisme croissant au fur et à mesure que les bombes explosaient et que les soldats américains tombaient : 1700 tués, 40000 blessés dans le corps ou l’esprit. Et 600 morts irakiens rien qu’à Bagdad depuis que le gouvernement à majorité chiite a été péniblement constitué.

George Bush, désormais malmené sur tous les terrains, intérieur comme extérieur, va tenter de remonter un peu la pente dès cette semaine. Une réunion internationale se tient, à Bruxelles, pour appuyer le gouvernement encore intérimaire et discuter de nouveaux soutiens. L’OTAN prépare l’ouverture d’une base à proximité de Bagdad pour contribuer à la formation de la nouvelle armée irakienne flageolante. Le premier ministre, Ibrahim Jaafari, sera à Washington dès vendredi 24 juin 2005. Et, d’ici là, des progrès auront peut-être été faits vers la nomination de vingt-cinq représentants sunnites dans le bloc qui doit se mettre d’accord par consensus sur le texte d’une constitution permanente.

Dans son intervention à la radio, samedi 18 juin 2005 au matin, le président a réaffirmé que le retrait des troupes selon un calendrier annoncé n’était pas une option : ce serait jouer dans la main « des terroristes », répète-t-il. La grande majorité des élus, dans les deux partis, le pensent aussi. George Bush, admettant l’évidence que « tout le monde n’était pas favorable » avec sa décision de renverser la dictature irakienne, dit maintenant que chacun peut tomber d’accord sur un point : « l’Irak est le front central de la lutte contre le terrorisme. » Il ne s’agit plus d’insinuer que le régime baasiste avait secrètement partie liée avec Al-Qaida, mais d’admettre ce que les généraux constatent tous les jours sur le terrain, en particulier dans le nord-ouest de l’Irak, à la frontière syrienne : le triangle sunnite est devenu un aimant pour les djihadistes, qui viennent prêter main forte aux moudjahidin locaux et aux structures baasistes clandestines.

La dernière cassette de Ayman Al-Zawahiri, le second égyptien d’Oussama Ben Laden, est comme l’écho du message radio de George Bush. Dans les extraits qu’a diffusés Al-Jazira, l’homme au turban blanc, kalachnikov sur le côté, dit que l’élimination des « croisés et des juifs » ne se fera pas par des « démonstrations pacifiques », mais « par la lutte au nom de Dieu ».

Il est difficile de prendre pour argent comptant ce que disent les officiers américains engagés dans les opérations massives qui continuent dans l’ouest. Mais ils affirment que le nombre des combattants étrangers, parmi les prisonniers qu’ils font, est en rapide augmentation : Saoudiens surtout, Egyptiens, Jordaniens, Soudanais, Nord-Africains. Ils prétendent que les djihadistes infiltrés surtout par la frontière syrienne jouent un rôle disproportionné par rapport à leur nombre : 20 % des attentats suicides auraient été conduits par des Algériens. Mais la fonction des informateurs militaires est aussi de désinformer...

A Washington, le débat est toujours aussi vif entre ceux qui veulent -qui voulaient- des effectifs supérieurs en Irak. Mais Donald Rumsfeld ne bronche pas. Davantage de troupes, c’est davantage de cibles, une présence encore plus lourde. Et ce serait contraire à l’objectif répété du Pentagone : seules des forces irakiennes peuvent contrôler, à terme, le pays. Malgré l’immense effort des formations et d’entraînement engagé par les Américains, les unités locales sont toujours aussi peu fiables. Et dans l’ouest, celles qui se battent avec les Américains ces jours appartiennent à des bataillons kurdes et chiites, que les insurgés sunnites tiennent pour des traîtres, torturent et massacrent en grand nombre.

Alain CAMPIOTTI

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