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vendredi 24 février 2017
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Libération, 22 juin 2005

France : Les véritables responsables de l’endettement des finances publiques

par Hervé NATHAN


Il y a du Raymond Barre chez Thierry Breton. Comme l’ex-Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, le titulaire de Bercy aime les formules qui culpabilisent les Français. Jusqu’à reprendre, trente ans après, un des aphorismes préférés de Raymond Barre : « La France vit au-dessus de ses moyens. »


Le 21 juin 2005, le ministre de l’Economie s’est voulu dramatique. La dette publique, avertit-il, ne se contente pas « d’absorber toutes les marges de manoeuvre de notre économie », elle menace aussi l’avenir du pays, puisque « chaque enfant naît avec une dette de 17000 euros », qu’il faudra bien rembourser. Le diagnostic n’est pas nouveau : à force de déficits cumulés depuis vingt-cinq ans, l’endettement dépasse aujourd’hui les 67,5 % du produit intérieur brut. Un record, qui traduirait la propension de la génération du baby-boom à reporter le fardeau de ses dépenses sur ses enfants et petits-enfants. Le ministre ne l’a pas dit, mais tous les économistes redoutent que la dette devienne ingérable en cas d’augmentation des taux d’intérêt, aujourd’hui historiquement bas. Le renchérissement d’un point des emprunts représenterait une augmentation des remboursements de 10 milliards par an.

Cadeau

L’avertissement aurait plus de force s’il était accompagné d’un bilan des trois années de gouvernement Raffarin. Car s’il est une période où la dette publique a augmenté, c’est bien celle-ci. En 2002, elle représentait 58 % du PIB. Elle est donc montée de 10 points en trois ans. Et compte tenu des perspectives, elle devrait atteindre les 70 % lorsque Jacques Chirac rendra son mandat, en mai 2007. Joli cadeau que l’actuelle majorité UMP laissera au pays. Il sera le résultat de sa politique économique : la seule baisse de l’impôt sur le revenu aura coûté, en cumulé, 43 milliards d’euros, soit les trois quarts d’une année entière de perception ! De même, chaque année, l’Etat consacre 17 milliards d’euros (51 milliards en trois ans) à la baisse des cotisations sociales patronales, sans demander en retour d’engagement aux employeurs en matière d’emploi. Vouloir mettre les citoyens devant leurs responsabilités est louable. Cela n’empêche pas de chercher où sont les erreurs.

Reste aussi à trouver un chemin pour sortir du piège de la dette. Thierry Breton écarte une solution à la Raymond Barre : couper dans les dépenses jusqu’à les amener au niveau des rentrées. Pour l’actuel ministre, la France « doit aller chercher la croissance ». « Ce n’est qu’avec une croissance d’au moins 3 % que nous pourrons traiter le problème de la dette », argumente-t-il.

L’intuition est logique et l’ambition rationnelle. Mais alors, c’est la méthode qui pèche. Toujours dans la lignée de la majorité UMP, Thierry Breton reprend la politique de l’offre : les Français ne travailleraient pas assez. Et d’appeler à l’allongement de la durée de vie au travail, au motif que la France est le pays où le taux d’activité au-delà de 54 ans est le plus faible des pays développés. De même, comme Nicolas Sarkozy appelle-t-il de ses voeux une « immigration choisie », destinée à compenser la baisse de la population active qui commencera à faire sentir ses effets dès 2006.

Réserves

C’est mettre la charrue avant les boeufs. Car avec 10 % de chômeurs, et un taux d’emploi féminin assez bas, la France a des réserves de main-d’oeuvre conséquentes : plusieurs millions de personnes, alors que les fameux « emplois non pourvus » sont au plus 500000. Le fait est simple et massif : c’est d’emplois dont manque, pour le moment, le pays, pas de bras. Et plutôt que de chercher à faire travailler plus longtemps, le gouvernement devrait s’attacher à faire travailler plus de monde.

Hervé NATHAN

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