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ATS, 25 juin 2005

France : Les organisations professionnelles de magistrats défendent "des siècles de position humaniste", face à "la fuite en avant perpétuelle de Nicolas Sarkozy"

Suivi d’un commentaire


PARIS - Les mesures proposées par Nicolas Sarkozy pour prévenir la récidive des délinquants ont suscité un tollé de la gauche et des organisations professionnelles de magistrats. Le principal syndicat de la branche accuse le ministre d’"incompétence juridique".


"Ces propositions manquent de sérieux et sont la preuve de son incompétence en matière juridique. Au final, elles expriment un mépris des victimes", a déclaré Dominique Barella, président de l’Union syndicale de la magistrature (USM), principal syndicat du corps judiciaire. "Par sa fuite en avant perpétuelle, M. Sarkozy trahit des siècles de position humaniste de la France alors qu’en tant que député et membre de plusieurs gouvernements, il est responsable du vote des lois d’amnistie, de la préparation de décrets de grâce et de la faiblesse extrème du budget de la justice", a-t-il ajouté.

Vendredi 24 juin 2005 au soir, sur France 2, le ministre de l’Intérieur a suggéré que les associations de victimes soient présentes aux audiences d’examen des demandes de libération conditionnelles et estimé que tout sursis ou aménagement de peine devrait être refusé aux récidivistes. Il s’exprimait après avoir déjà soulevé un tollé en exigeant des sanctions contre un juge ayant ordonné la libération conditionnelle d’un homme impliqué dans l’affaire du meurtre de Nelly Cremel, une mère de famille, en région parisienne.

Le parti socialiste a, lui, demandé au gouvernement d’arrêter les réformes de procédure, qui se succèdent à un rythme intense depuis 2000. "Au lieu de prendre ces nouvelles mesures, je suggère au gouvernement qui est là depuis quatre ans de donner enfin à la justice les moyens de faire fonctionner les dispositifs qui existent déjà", a dit le député PS de Paris, Christophe Caresche, sur France 2.

Agence télégraphique suisse

Commentaire

Une politique judiciaire obéissant à une logique de durcissement des peines de prison est non seulement primaire -œil pour œil, dent pour dent-, mais elle est également contre-productive, pour diverses raisons élémentaires que chacun comprendra aisément.

Contrairement à ce que certains voudraient faire croire, les longues peines de prison ne sont pas réellement dissuasives, car celui qui s’apprête à commettre un délit est convaincu d’avoir bien préparé son coup et persuadé d’échapper à l’arrestation. Par contre, si les choses tournent mal, le délinquant qui risque une lourde peine tendra à adopter un comportement jusqu’au-boutiste, préférant « tirer dans le tas » plutôt que de se laisser capturer.

Si on dit que « la prison est l’université du crime », c’est parce que les détenus consacrent l’essentiel de leur temps à se raconter les délits commis avant leur arrestation, et à nouer des relations en vue des délits qu’ils commettront après leur libération. Celui qui a été arrêté pour un vol de voiture a toutes les « chances » de se retrouver en cellule avec un proxénète, un cambrioleur, un trafiquant de stupéfiants, etc... On ne saurait soumettre les jeunes délinquants à une influence plus néfaste. Au sein d’un tel milieu, le jeune délinquant voudra montrer qu’il est « à la hauteur ». S’il doit être prochainement libéré, il se laissera facilement convaincre d’aller contacter Untel, pour transmettre le message d’un compagnon de cellule, ou pour proposer ses services à un gang.

Par ailleurs, les détenus, au cours de leur détention, sont exposés à l’arbitraire du personnel pénitentiaire, lequel bénéficie d’une très large impunité. Les abus du personnel pénitentiaire peuvent consister en larcins ou en destruction intentionnelle d’objets personnels, à l’occasion d’une fouille de cellule. Cela peut aller jusqu’au tabassage, en passant par des actes de cruauté tels que la privation de vêtements chauds ou de couvertures, dans les cachots, en hiver, etc... Les matons doivent quasiment assassiner un détenu pour risquer des sanctions. Même alors, l’administration tendra à les couvrir. Cet arbitraire et cette impunité du personnel pénitentiaire font perdre aux détenus tout sentiment de respect à l’égard des institutions. La condamnation n’a plus aucun sens moral, car le détenu constate que, pour des actes bien pires que ceux qu’on lui reproche généralement, les matons ne sont nullement inquiétés. Quant au travail que les détenus peuvent effectuer durant leur détention, il est le plus souvent totalement dépourvu d’intérêt -pliage d’enveloppes, etc...-, et extrêmement mal payé, de sorte que le travail devient synonyme d’abrutissement et d’exploitation éhontée. Il en résulte que, bien souvent, le détenu libéré est complètement révolté contre la société. Il n’est guère surprenant que le taux de récidive soit très élevé -de l’ordre de 50 %-, car l’ex-détenu qui « s’en sort » n’y parvient pas grâce à la prison, mais malgré elle. A ces considérations s’ajoute la question du contexte social. Si le détenu libéré n’a pas d’autre horizon qu’une existence sans espoir dans un quartier défavorisé, la récidive peut apparaître comme une simple question de survie.

Au su de ce qui précède, le plus élémentaire bon sens recommande d’éviter, autant que possible, les peines d’emprisonnement. La détention devrait être considérée comme le pire des choix quand le prévenu n’a pas commis un délit violent ou que le risque de fuite est faible. Un travail d’intérêt général effectué au profit des invalides, des retraités ou des sans abri aura toujours davantage de sens moral et une influence incomparablement plus saine que la prison.

Frank BRUNNER

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