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samedi 25 mars 2017
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La seconde guerre mondiale en photos 66

Vingt mois à Auschwitz

Témoignage sur Auschwitz

par Pelagia LEWINSKA


Vue aérienne du complexe d’Auschwitz-Birkenau

Voici le témoignage de Pelagia Lewinska, une déportée polonaise qui a passé vingt mois à Auschwitz.


Quand les conditions naturelles telles qu’elles existaient au camp ne tuaient pas assez vite, les Allemands accéléraient la procédure par sélection dans les baraques des malades. A chaque instant arrivait une commission ayant à sa tête un médecin-chef allemand qui choisissait parmi les malades les plus faibles et les plus épuisés et les envoyait aussitôt dans les chambres à gaz.

Vue aérienne du camp d’Auschwitz-Birkenau

A l’arrivée de nouveaux transports tout comme pendant les sélections au quartier des malades, on nous consignait dans les baraques avec l’interdiction d’en sortir.

Un soldat incrédule

Un jour, au cours d’une sélection, je me suis trouvée accidentellement près de l’entrée principale du camp. Les rues étaient complètement vides, on n’entendait partout qu’un hurlement humain. Près de moi, vingt camions pleins de femmes nues qu’on conduisait du quartier des malades au crématoire venaient de passer. Un jeune soldat allemand qui était de garde dans un mirador me demanda tout étonné ce que cela signifiait et où on les conduisait. Et quand, aussi étonnée de mon côté par sa question, je lui eus raconté en quelques mots de quoi il s’agissait, le soldat ne voulut pas croire que c’était vrai. Puis quelque chose d’étrange se produisit : le soldat fut pris de furie. Il se mit à briser les planches du mirador et visa avec son fusil l’officier SS qui se trouvait tout près. Mais d’autres SS s’emparèrent de lui et le firent descendre.

L’arrivée d’un train de déportés à Auschwitz-Birkenau

L’arrivée d’un train de déportés à Auschwitz-Birkenau

L’arrivée d’un train de déportés à Auschwitz-Birkenau

L’arrivée d’un train de déportés à Auschwitz-Birkenau

Les sélections avaient lieu également pendant les appels ainsi que dans les colonnes qui revenaient du travail, d’où l’on retirait les détenues les plus faibles et les plus amaigries.

Des déportées dans un baraquement d’Auschwitz

Nouvel embranchement

Au début, on transportait les détenues de la gare d’Oswiecim (1) au crématoire en camion. Devant la chambre à gaz, on laissait tomber les hommes comme on décharge les betteraves ou les pommes de terre qu’on laisse glisser à terre en soulevant la benne. Plus tard, quand le nombre des transports de l’Europe entière et surtout de Hongrie, aux mois d’avril, mai, juin et juillet 1944, eut augmenté, on construisit un embranchement de la ligne principale Cracovie-Katovice, qui longeait le camp et aboutissait directement au crématoire.

Les bûchers

Le nombre des crématoires a été augmenté jusqu’à quatorze ; en outre, on a creusé également des trous profonds où l’on brûlait sur des bûchers directement, sans les avoir passés par les chambres à gaz, les enfants vivants, jusqu’à l’âge de quatorze ans. Il n’y avait pas toujours assez de gaz dans les chambres ; on l’économisait sur les enfants qui mouraient vivants dans le feu.

C’étaient les mois où les flammes qui couronnaient les cheminées du crématoire ne s’éteignaient jamais et un nuage épais et dense planait au-dessus des bûchers, traînait des kilomètres et enveloppait Oswiecim et ses environs dans un linceul de poussière grise.

Une suie noire recouvrait nos corps et nos vêtements quand nous travaillions dans les champs, même à une distance de plusieurs kilomètres du camp.

Les Allemands considéraient la mort par les gaz comme une forme plus douce de tuer. Aussi, un sous-officier SS, désirant exprimer sa gratitude à une femme-médecin juive pour les soins qu’elle lui avait donnés l’assura-t-il qu’il ne manquerait pas de gaz pour elle.

Pelagia LEWINSKA

Les fours crématoires ne parvenant plus à suivre le rythme des décès, des déportés brûlent des cadavres en plein air, à Auschwitz-Birkenau, en 1944

Vingt mois à Auschwitz, Editions Nagel, Paris, 1966

(1) Oswiecim : nom polonais d’Auschwitz.

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source