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jeudi 23 mars 2017
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AFP, 22 février 2004

Haïti : les insurgés à Cap-Haïtien, l’opposition veut le départ de Jean-Bertrand Aristide

Suivi d’un commentaire


Un insurgé participe à l’attaque du poste de police de Cap-Haïtien, le 22 février 2004

Des insurgés ont pris le contrôle, dimanche 22 février 2004, de Cap-Haïtien (nord), la deuxième ville du pays, d’où l’opposition doit remettre d’ici lundi 22h00 GMT sa réponse définitive à un plan de la communauté internationale prévoyant un maintien au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide.

Un insurgé participant à l’attaque du poste de police de Cap-Haïtien, le 22 février 2004

Louis-Jodel Chamblain, devant le poste de police de Cap-Haïtien, le 22 février 2004


Après la prise du poste de police de Cap-Haïtien, le 22 février 2004, cet insurgé savoure un coca-cola bien mérité

Les habitants de Cap-Haïtien pillent le poste de police pris par les insurgés, le 22 février 2004

Selon des témoins, la ville de Cap-Haïtien (un million d’habitants), est tombée, apparemment sans résistance, aux mains d’insurgés armés et cagoulés. Les insurgés s’étaient au préalable emparé de l’aéroport. La population a semble-t-il bien accueilli les insurgés.

A Cap-Haïtien, on éloigne ce véhicvule du poste de police en train de brûler, le 22 février 2004

Un habitant de Cap-Haïtien embrasse l’un des insurgés qui a participé à l’attaque du poste de police, le 22 février 2004

Les insurgés patrouillent les rues de Cap-Haïtien, le 22 février 2004

Aucune information n’était disponible sur d’éventuels affrontements ou victimes.

Depuis début février, les insurgés occupent en partie cinq des neuf départements d’Haïti.

Un insurgé patrouille le rivage de Gonaives, le 21 février 2004

A Port-au-Prince, rien ne semblait devoir infléchir le refus de l’opposition politique et sociale au président d’accepter le plan de la communauté internationale qui ne prévoit pas de départ de Jean-Bertrand Aristide.

"Notre position est une position de principe et toutes les pressions du monde ne nous feront pas changer d’avis", a souligné dimanche un des responsables de la Plate-forme de la société civile et des partis de l’opposition, le socialiste Serge Gilles.

"La communauté internationale propose un plan avec Jean-Bertrand Aristide mais nous pensons que plus Aristide passe de temps au pouvoir, plus la catastrophe devient imminente", a-t-il ajouté.

Serge Gilles, tout à gauche, tourné vers le photographe, pendant la rencontre avec les représentants de "la communauté internationale", à Port-au-Prince, le 21 février 2004

Dimanche, les pressions ne devaient pas cesser avec "beaucoup d’appels téléphoniques et de réunions" dans la capitale "mais également entre Port-au-Prince et des capitales étrangères", selon un diplomate de haut rang.

L’opposition doit remettre, lundi 23 février, une réponse écrite, vraisemblablement à l’ambassadeur américain en poste à Port-au-Prince.

L’ambassadeur américain James Foley

"Des messages très forts lui ont été transmis mais la situation ne semble pas bonne pour le moment", indique un autre diplomate. "Je ne dirais pas que c’est sans espoir mais l’opposition a la capacité de réduire à néant une opportunité extraordinaire proposée par la communauté internationale".

"Elle risque de perdre tout soutien international et doit se rendre compte des conséquences extrêmement graves si elle ne dit pas oui lundi", précise un troisième diplomate, en évoquant le risque d’une guerre civile généralisée dans ce pays de quelque 8 millions d’habitants.

Depuis début février, les troubles en Haïti, où des insurgés occupent en partie cinq de ses neuf départements, a fait au moins 58 morts et des centaines de blessés.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 21 février 2004

"Nous avons une situation d’anarchie", a reconnu dimanche le maire de Port-au-Prince, Rassoul Labuchin, dans un entretien avec une radio française. Il a notamment dit craindre les réactions des "fanatiques" armés de Jean-Bertrand Aristide si ce dernier venait à quitter le pouvoir.

A Port-au-Prince, le 22 février 2004, un étudiant s’enfuit sous les jets de pierres des partisans de Jean-Bertrand Aristide

Le chef de l’Etat a accepté samedi le plan de la communauté internationale qui prévoit une large amputation de ses pouvoirs jusqu’à la fin de son mandat en février 2006 et des élections parlementaires prochaines.

Le plan prévoit la création d’un groupe de trois personnes représentant Jean-Bertrand Aristide, l’opposition et la communauté internationale, chargé de nommer un conseil censé traduire la diversité de la société haïtienne. Ce dernier participera à la nomination d’un nouveau Premier ministre, neutre et indépendant, et d’un gouvernement jouissant de la confiance de la population.

Il comprend aussi un transfert des pouvoirs du président en matière de police au nouveau Premier ministre, qui sera chargé de superviser le désarmement des insurgés et des partisans du pouvoir. Les forces de police (5000 hommes) seront réorganisées et entraînées sous le contrôle de l’ONU ou de l’Organisation des Etats Américains.

Agence France Presse

Distribution d’un tract demandant le départ de Jean-Bertrand Aristide, à Gonaives, le 21 février 2004

Commentaire

Le soi-disant « plan de médiation » de la prétendue « communauté internationale » -incarnée par des coureurs de cocktails à la botte de Washington- n’a jamais eu l’ombre d’une chance de succès.

En effet, ce plan, d’une aberrante ineptie, ne tient strictement aucun compte de la réalité locale et n’a pas d’autre finalité que de servir de prétexte pour maintenir au pouvoir Jean-Bertrand Aristide. C’est bien là le seul « intérêt » qu’on peut trouver à ce plan. Et encore faut-il ne considérer que le seul point de vue de ceux qui bénéficient du pillage systématique de la population haïtienne.

En d’autres termes, ce plan se contente de traduire le mépris des pauvres qui règne au sein du milieu politico-diplomatique international.

Un insurgé en patrouille dans l’un des bidonvilles de Gonaives, le 18 février 2004

Si on considère les choses avec un tant soit peu d’objectivité, au lieu de se gargariser de formules aussi creuses que pompeuses, il est évident que le maintien au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide ne présente absolument aucun intérêt pour l’immense majorité de la population haïtienne.

On nous dit que, selon le fameux « plan de médiation », Jean-Bertrand Aristide perdrait pratiquement le pouvoir effectif, celui-ci étant transmis à un premier ministre « consensuel » choisi en concertation avec les opposants. Fort bien, mais alors, cela ne fait qu’une raison supplémentaire pour chasser Jean-Bertrand Aristide.

Pourquoi la population haïtienne devrait-elle payer le train de vie somptuaire d’un individu qui aurait été dépouillé du pouvoir politique effectif et qui, dans la pratique, ne servirait plus à rien ? Ce serait absurde.

Jean-Bertrand Aristide

Quant à ceux qui prétendent que Jean-Bertrand Aristide -malgré tous les crimes qu’il a commis ou fait commettre contre son peuple- détiendrait une sorte de légitimité pour le seul motif qu’il a été élu, ils feraient bien de se rappeler qu’Adolf Hitler a été élu lui aussi. Cela ne justifiait nullement qu’on se soumette à ses méthodes dictatoriales et à son terrorisme d’Etat.

A Saint-Marc, la maison d’un opposant de Jean-Bertrand Aristide a été incendiée, le 16 février 2004

De même, ceux qui versent des larmes de crocodile sur les dizaines de victimes tuées -le plus souvent par des sbires de Jean-Bertrand Aristide- depuis le début de l’insurrection, ne se sont jamais souciés de tous les pauvres diables que Jean-Bertrand Aristide a fait assassiner au cours des années écoulées, en les pourchassant jusqu’au fond des bidonvilles. A-t-on entendu protester nos bien-pensant diplomates, lorsque les miséreux étaient tués à la machette ou brûlés vifs sur ordre du prétendu « chef d’Etat » ?

Les miséreux sont en foule, à Gonaives, se bousculant à l’occasion d’une distribution de nourriture, le 17 février 2004

En vérité, les insurgés sont en train d’écrire l’une des plus belles pages de l’histoire d’Haïti. Cette insurrection est tout à l’honneur d’un peuple depuis trop longtemps opprimé. Aussi, plutôt que de prétendre préserver l’intérêt personnel d’un dictateur sanguinaire, en s’abritant hypocritement derrière une fiction juridique en guise de feuille de vigne, la soi-disant « communauté internationale » ferait mieux de prendre le parti du peuple haïtien.

Distribution de nourriture à Gonaives, le 17 février 2004. Il s’agit d’aide humanitaire offerte par l’organisation américaine CARE

Au lieu de chercher à dresser des obstacles devant les insurgés, en prolongeant inutilement le conflit et en favorisant la multiplication des victimes, il vaudrait mieux contribuer au renversement de Jean-Bertrand Aristide, pour ensuite aider les Haïtiens à se réconcilier en s’unissant dans une politique de progrès social.

Car c’est indéniablement dans l’injustice sociale subie par les Haïtiens que réside le problème fondamental dont découlent tous leurs malheurs passés et présents.

Frank BRUNNER

Cet homme emporte un sac de riz, à Cap-Haïtien, le 22 février 2004

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