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Le Monde, 4 juillet 2005

Côte d’Ivoire : Un officier meurt après une arrestation musclée à sa sortie de l’ambassade de France

par Jean-Philippe REMY


Le colonel-major Bakassa Traoré, commandant l’Office national de la protection civile ivoirien, est mort, dans la nuit de samedi 2 juillet à dimanche 3 juillet 2005, à Abidjan, à la suite d’un arrêt cardiaque, de causes qualifiées de "visiblement naturelles" par une source française.


L’officier supérieur de l’armée loyaliste ivoirienne, "qui souffrait de diabète, mais pas de problèmes cardiaques", selon un de ses proches, était hospitalisé, à Abidjan, depuis mercredi 29 juin 2005, après avoir été interpellé de manière musclée à la sortie d’un dîner donné à la résidence de l’ambassade de France, à Abidjan. Les circonstances de cette mort devraient donner lieu à une enquête.

Le dîner était donné par l’ambassadeur de France, Gildas Le Lidec, à l’occasion du départ de Côte d’Ivoire du colonel Luc de Revel, commandant de la base française d’Abidjan, le 43e bataillon d’infanterie de marine (Bima). Celui-ci avait dressé la liste de ses invités, laquelle, comme les conversations pendant la soirée, avait été "plan plan", selon l’un des convives. C’est immédiatement à la sortie du dîner que les trois officiers ivoiriens invités ont été interpellés : il s’agit du colonel-major Bakassa Traoré ­-officier supérieur de renom, il avait servi sans encombre sous plusieurs régimes, y compris depuis le déclenchement de la crise ivoirienne en 1999- ; du colonel Jules Yao Yao, ­ qui venait d’être démis, quelques jours plus tôt, de ses fonctions de porte-parole des Fanci -les forces régulières- après avoir contredit sa hiérarchie sur l’interprétation à donner aux circonstances d’un massacre récent dans l’ouest du pays ;­ et du général Mbahia Kouadio,­ à la retraite.

En quittant la résidence de l’ambassadeur de France, située dans le même périmètre de sécurité que la présidence ivoirienne, à laquelle elle est reliée par un tunnel aujourd’hui bouché, les officiers ont été arrêtés à un barrage par des éléments de la garde républicaine. Avant d’être amené dans un camp militaire, le colonel Yao Yao a eu le temps d’appeler, sur son téléphone portable, un responsable de l’ONUCI (Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire). Celui-ci l’a rejoint sur-le­ champ. Entre-temps, le colonel a été "molesté", selon une source. Il a passé la nuit à l’infirmerie des casques bleus togolais, qui ont pansé ses plaies, lui posant des points de suture. Dans l’intervalle, un détachement des forces armées s’est présenté à son domicile, sans l’y trouver. De son côté, le colonel Bakassa Traoré devait être hospitalisé.

Le lendemain, le chef d’état-major, le général Philippe Mangou, a qualifié d’"incident malheureux" l’arrestation musclée des invités de l’ambassade, tout en insistant sur le fait que des responsables des forces armées ne pouvaient se rendre "nuitamment" à une invitation lancée par une "puissance étrangère", en compagnie de "personnes civiles qui sont impliquées dans la crise" ivoirienne, sans autorisation de leur hiérarchie.

Vendredi 24 juin 2005, le colonel Yao Yao s’était rendu à un dîner à l’ambassade d’Allemagne sans susciter pareil émoi. Depuis lors, on ignore où l’ancien porte-parole des Fanci se trouve exactement.

Jean-Philippe REMY

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