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Le Monde, 24 février 2004

Port-au-Prince attend dans l’improvisation et le désordre l’attaque de la rébellion haïtienne

Port-au-prince de notre envoyé spécial

par Yves EUDES


Des insurgés dans la zone aéroportuaire de Cap-Haïtien, le 23 février 2004

Guy Philippe, l’un des chefs des insurgés contre le président Jean-Bertrand Aristide, assure que la capitale sera bientôt prise.

Guy Philippe, Ramicien Ravix et Louis-Jodel Chamblain, à Cap-Haïtien, le 23 février 2004

Des marines protègent l’ambassade américaine, et les étrangers quittent le pays.

A l’aéroport de Port-au-Prince, le 23 février 2004, des Américains s’apprêtent à quitter Haïti


Depuis dimanche 22 février 2004, les unités d’élite de la police, les militants politiques soutenant le président Jean-Bertrand Aristide et les bandes armées à son service tentent de s’organiser pour faire face à une éventuelle attaque de Port-au-Prince par les rebelles armés, qui occupent tout le nord du pays.

Les préparatifs se font dans une ambiance générale de désordre et d’improvisation.

Saintelus Resulus, un charmeur de serpent, au carnaval de Port-au-Prince, le 22 février 2004

Le 23 février 2004, on danse même davant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, pour fêter le carnalval

L’agitation est très forte dans les quartiers pauvres du nord de la capitale, qui sont entièrement contrôlés par les partisans du pouvoir. Ils se retrouveraient en première ligne en cas d’offensive venue du nord.

Incendie de la maison d’un partisan de Jean-Bertrand Aristide, à Cap-Haïtien, le 23 février 2004

Distribution de munitions parmi les insurgés, à Cap-Haïtien, le 23 février 2004

A Cité-Soleil, le bidonville le plus misérable et le plus dur de Port-au-Prince, des hommes armés de fusils à pompe et de fusils-mitrailleurs ont bloqué l’avenue principale avec des barricades faites de rochers, de blocs de béton, de carcasses de voitures, de vieux pneus et de gravats. Certains sont habillés pauvrement, comme le reste de la population, d’autres portent des habits coûteux et voyants, semblables à ceux des chanteurs de rap américains. Ils montent la garde jour et nuit, hurlant et gesticulant au moindre incident, tirant en l’air à l’occasion.

Les piétons et les vélos passent en général sans encombre, mais toutes les voitures sont arrêtées et parfois fouillées. Les automobilistes récalcitrants sont frappés à coup de crosse ou tenus en joue. Au cours de la journée, d’autres jeunes, moins menaçants, ont monté à leur tour de petits barrages filtrants dans tout le quartier, sans plan d’ensemble. Ils laissent passer certains véhicules et en bloquent d’autres, selon l’humeur du moment.

Barrages volants

Un peu plus à l’est, le quartier populaire de Bon-Repos est occupé par une unité d’élite de la police, habituellement chargée de la protection du palais présidentiel.

Un policier haïtien au commissariat de Bon-Repos, le 23 février 2004

Les policiers établissent des barrages volants, vérifiant l’identité des automobilistes et fouillant les voitures. Tout autour, des groupes d’hommes et de femmes désœuvrés les regardent faire.

Un homme, qui se présente comme un professeur de l’école du quartier, est venu avec quelques amis pour montrer aux policiers que la population est avec eux. "Je n’appartiens à aucun parti, mais je soutiens notre président, assure-t-il, comme la majorité des gens de Bon-Repos. Nous sommes tous très soudés ici, nous ne voulons pas d’un retour au pouvoir des anciens militaires. Nous n’avons pas d’armes à feu, mais si les rebelles essaient d’entrer, nous les combattrons avec les moyens du bord. Et si les policiers se sentent soutenus par la population, ils se battront. Nous allons rester avec eux toute la nuit." Derrière lui, les passants approuvent mollement, les yeux baissés.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 23 février 2004

Petites barricades

En fait, la police locale a quitté le quartier depuis vendredi 20 février, à la suite d’une attaque menée par un commando non identifié. Un gradé de l’unité spéciale qui les a remplacés leur trouve des excuses : "Ils n’étaient pas assez armés, ils ont dû s’en aller. Mais quand les assaillants se sont aperçus que la population leur était hostile, ils sont partis très vite."

Depuis cet incident, le commissariat est occupé par les gens du quartier, qui disent vouloir le protéger contre les pillards. Dans les rues adjacentes, des groupes de très jeunes gens ont érigé de petites barricades mal agencées.

Dès la tombée de la nuit, les barrages des faubourgs nord sont devenus totalement infranchissables. De nombreux employés, travaillant au centre-ville et habitant à la périphérie, ne peuvent pas ou n’osent pas rentrer chez eux, et s’apprêtent à dormir chez des amis, à l’hôtel, ou dans leur voiture.

L’ambassade américaine, située en bord de mer non loin de ces quartiers dangereux, est désormais gardée par une unité de cinquante marines.

Yves EUDES

Des US Marines en position devant l’ambassade des Etats-Unis, à Port-au-Prince, le 23 février 2004

Des journalistes agressés

Après la France, plusieurs pays procèdent à l’évacuation de leurs ressortissants en Haïti. Le Canada n’exclut plus l’envoi de troupes.

Reporters sans frontières (RSF) dénonce les attaques contre la presse.

"Nous estimons qu’une solution politique est nécessaire pour qu’il y ait une intervention qui serait une réussite à long terme", a déclaré le ministre canadien des affaires étrangères, Bill Graham.

Le ministre français des affaires étrangères, Dominique de Villepin, a sollicité le soutien de l’Union européenne pour la mise sur pied d’une "force de paix".

Dominique de Villepin va rencontrer séparément cette semaine à Paris des représentants du gouvernement et de l’opposition haïtiens.

Le journaliste Pierre Elicème a été victime d’un attentat, samedi 21 février.

Six autres ont été agressés la veille, vendredi 20 février, alors qu’ils couvraient des manifestations.

Trois radios ont été incendiées dimanche 22 février. Des journalistes étrangers se sont fait confisquer leur matériel, alors qu’ils étaient témoins d’abus commis par des partisans du président Jean-Bertrand Aristide.

Agence France Presse et Reuters

Un général haïtien à la retraite, Hérard Abraham, 63 ans, commandant en chef de l’armée en 1990, a appelé, lundi 23 février 2004, à la démission du président Jean Bertrand Aristide.

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