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Le Monde, 22 juillet 2005

Corruption : Des relevés bancaires accablent le parti du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

par Annie GASNIER


Vue de Rio de Janeiro

Silvio Pereira, ex-secrétaire général du PT, et Delubio Soares, ex-trésorier, anciens dirigeants du Parti des travailleurs (PT) du président, Luiz Inacio Lula da Silva, qui prétendent assumer l’entière responsabilité du scandale de corruption secouant leur formation, se trouvent face à une mission impossible : expliquer l’inexplicable, justifier l’injustifiable.

Brésil


Jeudi 21 juillet 2005, après que les deux hommes ont été interrogés pendant douze heures par une commission parlementaire d’enquête (CPI), les Brésiliens ont moins appris de leurs témoignages que de la publication de documents accablants. Dépités par leur attitude, les membres de la CPI ont commencé à examiner des relevés bancaires pour évaluer l’ampleur du financement illicite et des largesses du PT. Sur les documents cédés par la Banque rurale, ils ont identifié les noms de 46 personnes ayant retiré de grosses sommes en liquide du compte de Marcos Valerio de Souza, le publicitaire dont l’entreprise servait d’écran à la caisse noire du PT.

Marcos Valerio

Les bénéficiaires sont des hommes politiques ou leurs proches, appartenant à de petites formations alliées du gouvernement, le Parti progressiste (PP, droite) ou le Parti libéral (PL, droite évangéliste), mais aussi au PT. Ainsi, la femme de l’ex-président de la Chambre des députés, João Paulo Cunha (PT), a-t-elle retiré l’équivalent de 18000 euros ; le chef de cabinet du leader du groupe parlementaire du PT, Paulo Rocha, qui a présenté sa démission jeudi 21 juillet 2005, a retiré 165000 euros. L’agence publicitaire proposait aussi ses "services" à des élus de l’opposition, du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) de l’ex-président Fernando Henrique Cardoso, et du Parti du front libéral (PFL, droite), qui sont sur les listings.

Paulo Rocha

Les documents devraient inciter la CPI à s’orienter vers l’examen des caisses de papiers entassées dans les locaux du Congrès, à Brasilia, plutôt que de tenter en vain d’arracher des aveux aux accusés. "La distribution régulière de sommes importantes donne l’impression que le mensalão -la prime mensuelle versée à des députés alliés par le PT- a bien existé", constatait jeudi 21 juillet 2005 au soir, le président de la CPI, Delcidio Amaral (PT).

Delcidio Amaral Gomez

Les accusations sans preuve portées, début juin 2005, par le député Roberto Jefferson (Parti travailliste brésilien, populiste de droite), lui-même impliqué dans une affaire de corruption à la Poste, semblent se confirmer. Et, apparemment, le système ne fonctionnait pas toujours pour acheter des voix de parlementaires.

Roberto Jefferson

L’ex-secrétaire général du PT, Silvio Pereira, a reçu en cadeau un véhicule tout terrain de 28000 euros d’une entreprise qui a obtenu un contrat millionnaire de la compagnie publique Petrobras pour réparer une plateforme pétrolière. Il a refusé de s’expliquer à ce sujet, mais son train de vie semble bien au-dessus du salaire versé par le PT. Était-il le seul à tirer un profit personnel de son influence au sein du parti présidentiel ? Qui alimentait la caisse noire du PT, qu’y avait-il à gagner en échange, et qui en bénéficiait ? Enfin, la question qui taraude tous les Brésiliens : le président Luiz Inacio Lula da Silva était-il au courant ?

Annie GASNIER

Luiz Inacio Lula da Silva

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