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mardi 21 février 2017
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Tribune de Genève, 27 juillet 2005

Informations internationales : Les agriculteurs révoltés par l’OMC

par Elisabeth ECKERT-DUNNING


Des agriculteurs belarus

Les agriculteurs suisses, mais aussi islandais, norvégiens, sud-coréens ou japonais ont le blues. Pour certains mêmes, tel le conseiller national [parlementaire fédéral] genevois et vice-président de l’Union suisse des paysans, John Dupraz, l’écœurement et la colère l’emportent sur la dépression : « L’OMC trace tout simplement le chemin à la destruction de l’agriculture, s’est-il enflammé hier devant le siège de l’Organisation mondiale du commerce. Pire : les promesses faites aux paysans du Sud, lors de la conclusion de l’Uruguay Round, représente la plus grosse escroquerie politico-économique de tous les temps. Depuis dix ans, la situation s’est dégradée partout, pour eux comme pour les agriculteurs du Nord, tandis que le consommateur, lui, paie toujours plus cher ses produits agricoles ! »

Un riziculteur somalien


Le 26 juillet 2005 au matin, le long raid de 2200 kilomètres mené par une vingtaine de paysans norvégiens, entre Trondheim, en Norvège, et Genève, a pris fin. Leur périple contestataire a été largement suivi par des compagnons suisses et d’ailleurs. Et pour cause. La Suisse, le Japon, l’Islande, la Corée du Sud et la Norvège -auxquels il faut encore ajouter Israël, Taïwan, l’île Maurice, la Bulgarie et le Liechtenstein- appartiennent en effet à ce qui s’appelle désormais le groupe des 10 (ou G 10) qui, sous la conduite helvétique, revendiquent la reconnaissance d’une agriculture non marchande (développement rural, santé des animaux, sécurité alimentaire et protection de l’environnement), pour laquelle une protection est nécessaire, soit par le biais de subventions, soit par celui d’une aide directe aux paysans.

Paysage suisse

Or, dans l’accord qui devrait être conclu, d’ici au 1er août 2005, entre les 148 Etats-membres de l’OMC, sur l’agriculture, il semble bien que les gros pays exportateurs -tels les Etats-Unis, le Canada, l’Union européenne, le Brésil ou l’Australie- mènent la danse, afin d’obtenir une très forte réduction des barrières douanières (encore élevées, en Suisse, aux alentours de 70 %), la suppression des subventions aux exportations (les plus dommageables pour les pays du Sud) et la limitation du soutien interne (3,3 milliards par année).

Un agriculteur chinois

Or, cette révolution mondiale aurait un coût pour les agriculteurs suisses, estimé à 2 milliards de francs. C’est pourquoi la nouvelle internationale agricole qui s’est réunie, à Genève, le 26 juillet 2005, réclame autre chose qu’un démantèlement pur et simple : « Tout pays a le droit de produire des denrées alimentaires » et à développer sa propre production pour protéger sa souveraineté alimentaire. « L’agriculture n’est pas une industrie comme une autre », s’est ainsi exclamé Adrien Brügger, jeune agriculteur bernois, soutenu en cela par ses pairs japonais pour lesquels le riz, duquel dépend l’approvisionnement nippon, est un produit « sensible » par excellence.

Des agriculteurs nigériens

Le 26 juillet 2005, à 11h30, les marcheurs vikings et leurs compères transnationaux ont dès lors remis une déclaration au responsable du dossier « Agriculture » à l’OMC, Tim Groser, plaidant pour une approche différenciée, tout particulièrement envers les pays importateurs nets, telle la Suisse. Dans leur colère, ils dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une sorte d’acharnement monomaniaque sur la paysannerie, « alors même que le commerce mondial de produits agricoles ne dépasse pas les 10 % des échanges commerciaux internationaux. Et que ces échanges concernent très majoritairement des gros producteurs », affirme Hansjörg Walter, président de l’Union suisse des paysans. A l’intérieur des murs de l’OMC, la délégation suisse de négociateurs, menée par Luzius Wasescha, tente tant bien que mal de défendre ce droit à l’exception « agriculturelle ».

Elisabeth ECKERT-DUNNING

Des riziculteurs laotiens

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