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AP, 24 février 2004

L’opposition haïtienne rejette le plan de paix international

Suivi d’un commentaire


A Croix-des-Missions, les partisans de Jean-Bertrand Aristide ont bloqué l’une des extrémités du pontau moyen d’un camion chargé de pierres

PORT-AU-PRINCE, Haïti (AP) - L’opposition politique au président haïtien Jean-Bertrand Aristide rejette le plan de paix international car il n’exige pas la démission de ce dernier, a annoncé, mardi 24 février 2004, un membre de cette coalition.


"Il n’y aura pas de nouveau délai. Notre réponse reste la même. Aristide doit démissionner", a déclaré à l’Associated Press Maurice Lafortune, président de la Chambre de commerce haïtienne et membre de la Plateforme démocratique.

Maurice Lafortune

Il a ajouté qu’une lettre de refus adressée au secrétaire d’Etat américain Colin Powell était en cours de rédaction et qu’elle serait remise au représentant de l’OEA (Organisation des Etats américains) en Haïti, le Canadien David Lee.

Lundi 23 février, Colin Powell avait demandé à l’opposition de reporter sa réponse officielle de 24 heures, le temps pour lui de tenter d’apaiser les craintes qu’Aristide ne se conformerait pas au plan de paix.

L’un des US Marines qui gardent l’ambassade des Etats-Unis, à Port-au-Prince, le 24 février 2004

Ce plan de sortie de crise, qui permettait à Aristide de rester président jusqu’au terme de son mandat en 2006, prévoyait un partage du pouvoir, avec l’entrée de ses opposants au gouvernement. Aristide l’avait accepté samedi, mais pas l’opposition.

Cette dernière, qui devait remettre sa décision mardi à 17h (22h GMT), considère que seul le départ d’Aristide peut garantir la paix en Haïti.

Associated Press

Jean-Bertrand Aristide, dans son grand succès international : le rôle de Tartufe

Commentaire

A l’occasion de sa conférence de presse du 24 février 2004, Jean-Bertrand Aristide s’est efforcé d’effrayer le gouvernement des Etats-Unis en agitant le spectre d’un bain de sang à Port-au-Prince et d’un exode massif de la population haïtienne vers la Floride, une fois la capitale haïtienne tombée aux mains des insurgés.

Si on analyse la logique interne de la situation haïtienne, depuis le début de l’insurrection, on peut s’attendre à ce que Port-au-Prince tombe aussi facilement que les autres villes déjà aux mains des insurgés.

Les ruines du commissariat de Hinche, le 18 février 2004

- Les combats initiaux seront peut-être plus durs que dans les autres villes, puisque Jean-Bertrand Aristide a replié ses derniers partisans sur Port-au-Prince. Mais il est fort douteux que les partisans de Jean-Bertrand Aristide aient réellement envie d’être tués pour lui. Leur moral ne risque guère d’être élevé, puisqu’ils devront se battre face aux soldats insurgés, tout en étant continuellement sous la menace d’un soulèvement populaire général au sein même de la capitale. En cas de soulèvement, chaque point de résistance se retrouvera aussitôt complètement coupé des autres.

Manifestation anti-Aristide à Port-au-Prince, le 20 février 2004

- Sans doute les partisans de Jean-Bertrand Aristide abandonneront-ils toute résistance très rapidement et consacreront-ils leur énergie à essayer de sauver leur peau en disparaissant dans la nature.

- Néanmoins, au cours de leur marche d’approche, les insurgés seraient bien avisés de prendre d’élémentaires précautions, afin de ne pas subir de pertes inutiles.

Barricade dressée par les partisans de Jean-Bertrand Aristide, le 24 février 2004, à Port-au-Prince

- Plutôt que d’attaquer de front les points de résistance qui défendent Port-au-Prince, les forces insurgées devraient essayer de les contourner, de s’infiltrer entre eux et de les prendre à revers tout en s’enfonçant le plus vite possible vers le centre de la ville, afin d’effectuer leur jonction avec l’opposition politique au sein de la capitale. Il est probable que tous les points de résistance de la périphérie seront abandonnés ou qu’ils capituleront lorsque ceux qui les tiennent apprendront que les insurgés ont atteint le centre, et comprendront qu’ils sont à la fois débordés et cernés.

Le commissariat de Bon-Repos, le 23 février 2004

- La rapidité de l’effondrement de la résistance des partisans de Jean-Bertrand Aristide dépendra, en grande partie, de la manière dont les insurgés traitent leurs prisonniers de guerre. Mieux les prisonniers seront traités et plus les défenseurs de Port-au-Prince seront enclins à se rendre sans combat ou après un simulacre de combat.

Il est donc essentiel de traiter les prisonniers correctement, sans leur infliger des sévices injustifiés, et de les regrouper dans des lieux protégés, en coopération avec les représentants locaux du Comité international de la croix-rouge. Ces derniers ont une grande expérience de ce genre de situation.

Jean-Bernard Prevalis, recevant des soins après son arrestation mouvementée, le 23 février 2004, à Cap-Haïtien

- Il est tout aussi important, une fois les ultimes défenses de Port-au-Prince tombées, d’empêcher les lynchages, et d’assurer la protection des personnes prises pour cible, en les traitant comme des prisonniers de guerre jusqu’à ce qu’elles puissent être libérées ou remises aux nouvelles autorités civiles en vue d’un procès équitable.

- Lors de la prise de la capitale, chaque officier -ou ce qui en tient lieu au sein des forces insurgées- est responsable du comportement de ses subordonnés et des crimes de guerre qu’ils sont susceptibles de commettre dans le feu de l’action. Il est donc important que chacun, à tous les niveaux, s’efforce de maintenir le seuil de violence au strict minimum indispensable. Les officiers et les soldats incapables de se contrôler doivent être envoyés hors de la zone des combats, pour y assurer de paisibles missions de routine.

Un soldat insurgé de garde à l’aéroport de Cap-Haïtien, le 23 février 2004

- Dès que les insurgés feront leur jonction avec les représentants de l’opposition politique, à Port-au-Prince, il serait bon de constituer une sorte de comité de coordination, au sein duquel chacun pourra mettre ses compétences au service du bien commun. De tels comités devraient d’ailleurs être organisés dans toutes les localités haitiennes.

Des membres de l’opposition politique, réunis à Port-au-Prince, le 21 février 2004

- Ces comités pourront d’abord évaluer les besoins urgents de la population locale et communiquer leurs observations aux organisations humanitaires. Par la suite, ces comités coopéreront avec les organisations humanitaires et avec les nouvelles autorités haïtiennes.

Véhicule du Comité international de la croix-rouge (CICR) livrant des médicaments et du matériel médical à Gonaives, le 16 février 2004

- En particulier, dès la prise de Port-au-Prince, il s’agit de s’emparer des entrepôts de vivres, d’assurer leur garde, et d’organiser sans délai des distributions de nourriture à la population. Il faut penser à assurer le ravitaillement des hôpitaux, des orphelinats, des écoles, des lieux de détention, des troupes insurgées, etc ; non seulement à Port-au-Prince, mais dans tout le pays.

Distribution de vivres à la population affamée de Gonaives, le 17 février 2004

- Il faut organiser des patrouilles pour empêcher les pillages. Les pillages seront d’autant plus vite maîtrisés que le ravitaillement de la population sera plus rapidement assuré.

Pillage d’une maison, à Cap-Haïtien, le 23 février 2004

- Il faut prendre le contrôle des administrations, de la Banque Nationale, des infrastructures touristiques, et s’efforcer de tout remettre en route le plus vite possible. Assurer la garde des installations sensibles, afin d’éviter les actes de sabotage.

- La prise de contrôle de la Banque Nationale devrait permettre de verser une solde aux soldats et officiers de l’armée insurgée, en sorte que ceux-ci ne soient pas réduits à vivre de rapines après avoir risqué leur existence pour libérer Haïti. Il faudra également prévoir le versement d’une pension aux blessés et mutilés de guerre, ainsi qu’à la famille de ceux qui sont morts au combat.

- Ne pas négliger les besoins d’approvisionnement des commerces et des industries, afin que l’activité économique ne soit pas paralysée par des problèmes de ruptures de stocks.

Scène de rue avant le début de l’insurrection

- Rétablir les liaisons normales entre les villes, afin de permettre la reprise du commerce à l’échelle nationale. Si, en raison des agissements d’éléments extrémistes, les routes ne sont pas sûres, il faut organiser des convois routiers réguliers, protégés par des escortes armées.

- Il convient d’organiser des élections le plus vite possible, afin de constituer un gouvernement d’union nationale et éviter les risques de dérive anarchique. L’Organisation des Nations Unies pourra mettre son expérience à profit pour l’organisation d’élections loyales.

- En attendant qu’Haïti soit complètement pacifié, il serait sage de prévoir une force d’intervention militaire principale, suffisamment puissante pour venir à bout de n’importe quel groupe armé susceptible de basculer dans le banditisme dans une région quelconque du pays. Il ne faut pas laisser s’instaurer des féodalités locales, où quelque "seigneur de la guerre" imposerait sa dictature sur les habitants.

Pour que la révolution haïtienne réussisse, il ne suffit pas de gagner la guerre civile. Il faut surtout gagner la paix. C’est à cette paix que le peuple haïtien aspire par-dessus tout. Il comprendra sans peine qu’une paix durable est plus importante que l’assouvissement immédiat de vengeances même légitimes.

Frank BRUNNER

Scène de rue à Cap-Haïtien, le 22 février 2004

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