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Le Matin Online, 31 juillet 2005

Informations internationales : « Les kamikazes ne sortent pas des mosquées »

par Ian HAMEL


L’attentat du 11 septembre 2001, à New York

Découvrir que la terreur peut être humaine donne un sentiment de malaise. C’est ce qu’ont dû ressentir les chercheurs qui se sont penchés sur les dignitaires nazis, en devinant derrière les bourreaux de braves pères de famille. Dans « Le vrai visage des terroristes », l’Américain Marc Sageman, psychiatre et sociologue, propose une analyse de la personnalité et de l’origine de 400 soldats d’Al-Qaida qui bat en brèche toutes les idées reçues.

Mohammed Atta, l’un des kamikazes du 11 septembre 2001


On aurait imaginé des enfants martyrs, élevés dans des quartiers pouilleux du Caire, et souffrant de troubles mentaux. Des jeunes sans éducation endoctrinés par des fanatiques religieux. Marc Sageman raconte la vie de gens venus de la classe moyenne ou de milieux aisés, polyglottes, et ayant reçu une éducation laïque. Il décrit des « bandes de potes » avec qui vous auriez pu boire une bière trois jours avant qu’ils ne se fassent exploser contre une tour new-yorkaise...

Marc Sageman

Contrairement à une idée reçue, Al-Qaida n’a absolument pas besoin de recruter : il y a déjà trop de candidats au suicide. Dans 68 % des cas, ces tueurs enthousiastes sont des bandes d’amis qui s’organisent autour d’une seule opération. Dans 20 % des cas, les kamikazes partagent des liens familiaux. Pour eux, Oussama Ben Laden n’est qu’une force symbolique, un mot d’ordre, un modèle. C’est ce qui rend si difficile la lutte contre ce terrorisme d’un genre totalement nouveau.

Oussama Ben Laden

Marc Sageman n’est pas avare de statistiques. Sur les 27 plus hauts dirigeants d’Al-Qaida, trois seulement ont reçu une éducation religieuse. L’un d’entre eux était même chrétien dans son enfance. Cinq possèdent un doctorat et seize une licence. Sur 43 terroristes venus du Maghreb, trois seulement étaient pratiquants durant leur enfance. Pour Marc Sageman, même les mosquées les plus fondamentalistes n’y sont pour rien. « Le moudjahidin salafiste rejette les interprétations du clergé musulman traditionnel, dont les membres sont à ses yeux des « perroquets de chaire à la solde de l’Etat », écrit Marc Sageman.

L’attentat de Bali, en octobre 2002

Pour notre malchance, Oussama Ben Laden ne se conduit pas du tout comme les chefs terroristes traditionnels, qui passent leur temps à éliminer leurs proches collaborateurs. Ce qui permet habituellement aux services secrets de « retourner » certains d’entre eux. Non, il n’y a pas d’épuration à Al-Qaida. Et Oussama Ben Laden, chef de guerre plutôt « libéral », laisserait une large marche de manoeuvre à ses soldats.

L’attentat de Casablanca, le 16 mai 2003

Ces jeunes gens (la moyenne d’âge est de 25 ans) aspirent à devenir des martyrs, des témoins de Dieu, mais « pas des assassins », révèle cet ouvrage. En d’autres termes, ils n’ont pas forcément de haine contre la pauvre ménagère et ses enfants qu’ils vont faire exploser dans une rame de métro.

L’attentat d’Atocha, le 11 mars 2004

Marc Sageman n’a pas l’habitude d’écrire à la légère. Dans son livre, publié avant les attentats de Londres, il annonce que le Royaume-Uni, « qui a longtemps servi de refuge à beaucoup de terroristes jugés et condamnés ailleurs, court à son tour le risque d’essuyer des attaques ».

Ian HAMEL

Marc Sageman, « Le vrai visage des terroristes - Psychologie et sociologie des acteurs du djihad », Editions Denoël, 331 pages.

Le lieu d’un attentat, à Londres, le 7 juillet 2005

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