retour article original

samedi 25 février 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Haïti (2ème partie) : Du 16 février 2004 au 29 février (...)
Le Monde, 24 février 2004

Haïti : L’opposition exige le départ de Jean-Bertrand Aristide le 18 mars 2004

Port-au-Prince de notre envoyé spécial

par Yves EUDES


Scène de rue à Port-au-Prince, le 25 février 2004

La coalition regroupant les principaux mouvements de l’opposition démocratique et de la société civile d’Haïti persiste dans son rejet catégorique du "plan d’action" proposé par la communauté internationale, qui prévoit un partage du pouvoir entre les opposants et le président Jean-Bertrand Aristide, sous le contrôle permanent d’une mission internationale.

Marie-Denise Claude, André Apaid et Evans Paul


Les pays à l’origine du plan d’action -Etats-Unis, Canada, France, Communauté des pays des Caraïbes (Caricom)- ont pourtant exercé, ces derniers jours, des pressions intenses sur tous les leaders de l’opposition. Lundi matin 23 février, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, leur a adressé un message pressant, leur demandant de réfléchir encore vingt-quatre heures avant de donner une réponse négative, et leur assurant qu’il allait s’impliquer dans ce dossier.

Colin Powell

Evans Paul, l’un des porte-parole de l’opposition, a répondu lors d’une conférence de presse que M. Powell connaissait mal la situation sur le terrain, et l’a invité à venir se rendre compte sur place. Il a ajouté que, par égard pour la communauté internationale, les leaders de l’opposition étaient allés consulter leur base : "Dans tout le pays, nous avons entendu le même cri : Aristide doit partir, il a commis trop de crimes. Il n’a plus aucune légitimité, sauf celle que lui confère encore la communauté internationale".

Tartufe, Acte 2, Scène 3. Hâtez-vous d’acheter vos billets pour le spectacle, car la troupe s’apprête à partir en tournée sous des cieux plus cléments...

Les opposants rappellent qu’au cours des dernières années, M. Aristide a pris des dizaines d’engagements sur la scène internationale, et n’en a jamais respecté aucun. Selon eux, le maintien du président dans le pays entraînerait à coup sûr une recrudescence de la violence, car les instruments réels de son pouvoir ne sont ni la police ni le gouvernement, mais les bandes armées à son service.

A Port-au-Prince, le 20 février 2004, des partisans de Jean-Bertrand Aristide jettent des pierres sur les opposants en train de manifester

Pour conforter leur position, les chefs de l’opposition ont rédigé un contre-projet détaillé, qui reprend l’essentiel des propositions contenues dans le plan d’action international avec une différence de taille, puisqu’il prévoit la démission sans condition du président. Ils ont même fixé une date pour la fin de son mandat, le 18 mars, en précisant qu’il s’agira d’un départ "pacifique et négocié".

Par ailleurs, ils affirment ne pas avoir de contacts avec les rebelles armés qui contrôlent à présent tout le Nord d’Haïti.

Guy Philippe, Ramicien Ravix et Louis-Jodel Chamblain

Entre deux feux

Les opposants reconnaissent qu’ils sont pris entre deux feux, ce qui complique leur tâche, mais ils notent que les insurgés ont promis de déposer les armes dès que M. Aristide aura démissionné, et ont apparemment décidé de les croire sur parole. Pour finir la journée en beauté, ils ont lancé un appel solennel à trois femmes éminentes, la mère, la sœur et l’épouse du président haïtien, pour les exhorter à user de leur influence afin de le convaincre de démissionner.

Les diplomates occidentaux en poste à Port-au-Prince déplorent l’intransigeance des partis d’opposition qui, selon eux, sont en train de perdre de leur crédibilité et risquent de compromettre leur avenir politique.

La communauté internationale ne renonce pas à mettre en œuvre un plan d’action fondé sur un compromis entre les différentes parties.

De son côté, le président Aristide avait formellement accepté toutes les clauses du plan d’action dès samedi 21 février.

A Port-au-Prince, le 24 février 2004, des partisans de Jean-Bertrand Aristide exhibent l’une des photos que Son Excellence vient de leur faire distribuer dans le but de "prouver" aux journalistes étrangers que sa popularité n’a d’égale que sa modestie

A Cap-Haïtien, l’un des chefs de la rébellion armée, Guy Philippe, a déclaré : "Nous serons à Port-au-Prince dans quelques jours".

Louis-Jodel Chamblain, responsable des paramilitaires sous la dictature du général Raoul Cédras, a ajouté : "Nous libérerons Haïti de l’esclavage d’Aristide. Pour l’instant, nous n’avons rencontré que des machettes pour toute opposition".

L’attaque de Cap-Haïtien, dimanche, aurait fait une dizaine de morts.

Yves EUDES

New York, le 24 février 2004. Al Sharpton se déclare prêt à débarquer à Haïti dans les bagages des Américains, afin de succéder "démocratiquement" à Jean-Bertrand Aristide et, sans doute, veiller à ce que les intérêts de Wall Street continuent de passer avant ceux de "la racaille des bidonvilles". Enfin quelqu’un de "crédible" du point de vue de "la communauté internationale"...

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, et si vous souhaitez promouvoir la politique d’intérêt général qu’il préconise, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Yves EUDES

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source