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24 heures.ch, 7 août 2005

Proche Orient : Le casse-tête des démolitions dans la bande de Gaza

par Ouri DANIEL


L’équipée meurtrière d’un extrémiste de droite israélien aura été la première tentative, jeudi 4 août 2005, de torpiller le retrait des colons de la bande de Gaza. Sur le terrain, Israël planifie déjà l’après-évacuation, notamment le devenir des infrastructures.


A deux semaines du début du retrait des colons de la bande de Gaza, quelque vingt mille Arabes israéliens ont participé, vendredi 5 août 2005, à Shfaram, en Galilée, aux funérailles de quatre des leurs, tués, la veille, par un soldat juif déserteur opposé au retrait de Gaza.

A Gaza, 10000 personnes se sont réunies devant le bâtiment du Parlement palestinien. Le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, a déclaré à la foule que le retrait de Gaza, prévu dès le 17 août 2005, était une première étape vers la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale.

Le Ministère israélien de l’habitat a, quant à lui, lancé, jeudi 4 août 2005, des appels d’offres pour la construction de 72 logements dans la colonie de Beitar Ilit, au sud de Jérusalem. Le responsable palestinien des négociations, Saeb Erekat, a estimé que cette démarche risquait de détruire toute reprise du processus de paix.

Israël s’est longtemps demandé quel sort réserver aux 1200 maisons des quelque 8000 colons qui doivent quitter la bande de Gaza cet été. Les dynamiter ? La politique de la terre brûlée est mauvaise pour l’image de marque. Les abandonner ? Encore pire : le Hamas y hisserait ses bannières et danserait sur les toits. Il a été question de les vendre à un milliardaire des Emirats arabes unis ou à la Banque mondiale, voire de les remettre à l’Autorité palestinienne pour qu’elle les transforme en villages de vacances ou en centres hospitaliers. Mais ces projets ont fait long feu. Craignant des scènes de pillage et des actes de vandalisme incontrôlables, les dirigeants palestiniens ont préféré que les bulldozers de l’armée israélienne fassent table rase. De précieux terrains à bâtir seront ainsi dégagés pour des tours de HLM réservées au 1,3 million d’habitants de la région, une des plus denses du monde. Coût de la démolition : 35 millions de dollars. Mais il faudra ensuite débourser 50 millions de dollars pour dégager 1,5 million de tonnes de gravats.

Selon les experts, 75 % de ces décombres (parpaings, tuiles, briques, ciment, etc.) pourraient être recyclés et servir notamment à la construction des remblais du futur port de Gaza. Des milliers de camions devraient cependant transporter vers une déchetterie en Israël les autres débris, ou matériaux écologiquement dangereux comme l’amiante. Dans ce cas de figure, l’armée israélienne retarderait d’autant son retrait, s’exposant aux groupes armés palestiniens. Pour couper court au risque d’une nouvelle flambée de violence, l’Egypte envisage d’offrir une décharge dans le désert du Sinaï. Selon le droit international, Israël doit laisser les territoires palestiniens dans l’état où ils étaient avant leur occupation en juin 1967.

Une unité spéciale de 90 réservistes du

rabbinat militaire devra, de son côté, exhumer les restes d’une cinquantaine de colons de l’unique cimetière juif de la bande de Gaza, dans la colonie de Neve Dekalim, puis évacuer leurs tombes. Les soldats de l’aumônerie militaire démantèleront en outre pierre par pierre les synagogues et bains rituels de la région en vue de leur reconstruction en Israël.

En revanche, il est apparemment exclu qu’Israël puisse rapatrier dans les semaines à venir les infrastructures agricoles du bloc de colonies du Goush Katif. In extremis, les éleveurs du secteur ont signé un accord sur le transfert en Israël d’un cheptel de 800 vaches laitières. Mais plus de 90 % des centaines d’exploitants agricoles de la région ont par avance renoncé à leurs activités. Ils ont perdu d’un seul coup les marchés européens, où ils écoulaient fleurs, fruits, légumes et salades organiques produits sur 400 hectares de serres. Les Palestiniens de la bande de Gaza hériteront de ces infrastructures. Ils en ont bien besoin, car 70 % d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté, et 44 % sont au chômage.

Ouri DANIEL

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