retour article original

vendredi 24 février 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Haïti (2ème partie) : Du 16 février 2004 au 29 février (...)
AP, 25 février 2004

L’opposition haïtienne demande à la communauté internationale de garantir le départ de Jean-Bertrand Aristide


Port-au-Prince, 25 février 2004. Une voiture calcinée en guise de barricade

PORT-AU-PRINCE (AP) - Le chaos haïtien gagne la capitale. Des pillages ont débuté à Port-au-Prince, mercredi 25 février 2004, alors que l’opposition politique réclamait à la communauté internationale d’aider à garantir un départ "en temps opportun et de manière ordonnée" du président Jean-Bertrand Aristide, refusant le plan de paix international qui prône un partage du pouvoir.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 25 février 2004


Face à la détérioration sur le terrain, le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a proposé la "mise en place immédiate d’une force civile de paix" et appelé le président Jean-Bertrand Aristide, qui "porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle", à "en tirer les conséquences".

Dominique de Villepin

"Chacun voit bien qu’il s’agit d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire d’Haïti (...) dans la dignité et le respect de l’intégrité de tous les protagonistes", lance M. de Villepin, dans un texte rendu public par le Quai d’Orsay, et rédigé en termes fort critiques envers le régime de Port-au-Prince.

Interrogé un peu plus tôt sur ce qu’envisageaient de faire les Etats-Unis face à la dégradation rapide de la situation à Port-au-Prince, M. Bush s’est borné à répondre : "Nous aurons une présence solide avec une stratégie efficace". Il a rappelé qu’une large concertation était en cours avec les alliés des Etats-Unis afin de parvenir à rétablir la paix civile dans l’île.

George Bush

Le chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, est en contact avec ses homologues du Canada, de la France et des Caraïbes pour tenter de faire asseoir les parties en conflit autour de la même table. "Nous observons la situation avec la plus grande attention", a ajouté M. Bush.

Selon un responsable du Département d’Etat, M. Powell s’est entretenu avec son homologue français Dominique de Villepin, lui exprimant son soutien aux efforts des autorités françaises pour organiser des rencontres séparées à Paris cette semaine avec le gouvernement haïtien et des dirigeants de l’opposition. "Nous espérons toujours pouvoir parvenir à un accord politique", a déclaré M. Bush.

Mario Dupuy, porte-parole du gouvernement haïtien, a confié à l’Associated Press que le ministre des Affaires étrangères Joseph Antonio et le chef d’état-major Jean-Claude Desgranges étaient en route pour Paris mercredi afin de rencontrer M. de Villepin.

Mario Dupuy

Les dirigeants de l’opposition ont dit qu’ils ne savaient pas quand ils pourraient se rendre en France pour rencontrer M. de Villepin, en raison du chaos sur le terrain.

La première étape dans la résolution de la crise est le départ d’Aristide, a réaffirmé le dirigeant de l’opposition Evans Paul devant la presse. "Il est absolument nécessaire pour la communauté internationale d’accompagner le pays dans sa recherche d’un mécanisme qui permettra le départ, en temps opportun et de manière ordonnée, de Jean-Bertrand Aristide", déclare la Plateforme démocratique dans un communiqué.

Marie-Denise Claude, André Apaid et Evans Paul

L’ambassadeur de Jamaïque à l’ONU, Stafford Neil, a demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’examiner tout ce qui peut être fait pour éviter un bain de sang à Haïti, en incluant les options politiques et militaires. Une réunion sur Haïti est prévue jeudi après-midi suite à une requête jamaïcaine auprès du Conseil de sécurité.

Stafford Neil

A Cap-Haïtien, le nouveau bastion des rebelles, au moins deux hommes ont été tués mercredi, l’un par des rebelles parce qu’il se serait livré à des pillages, l’autre par des hommes armés non identifiés qui l’accusaient d’être un militant du président Aristide. Ces deux morts portent à 80 le nombre de victimes des combats.

Des soldats insurgés à Cap-Haïtien, le 25 février 2004

Le chef des rebelles haïtiens Guy Philippe a déclaré à l’Associated Press que ses forces vont retarder temporairement une attaque sur Port-au-Prince pour voir si le président Jean-Bertrand Aristide cédera à la pression et quittera son poste.

Guy Philippe à Cap-Haïtien, le 25 février 2004

Dans le même temps, la situation se dégradait dans la capitale même, où les milices pro-Aristide dressaient des barricades enflammées pour bloquer les accès à la ville et certaines routes menant à l’aéroport.

Port-au-Prince, 25 février 2004. Ces femmes passent devant une barricade enflammée par les partisans de Jean-Bertrand Aristide

Scène de rue à Port-au-Prince, le 25 février 2004

Les commerçants et hôtels se barricadaient, des Marines américains escortaient un convoi de personnels de l’ONU, l’organisation ayant ordonné l’évacuation de tous ses personnels non-essentiels. Le Canada a également envoyé une équipe de soldats sur place pour aider à une éventuelle évacuation, a précisé le porte-parole de la diplomatie canadienne Reynald Doiron.

C’est pour certains sous la garde des Marines américains que les étrangers quittaient Haïti mercredi. Un Américain a abandonné sa voiture à un barrage routier, prenant la direction de l’aéroport à pied avec sa valise. Des bandits détroussaient les personnes se présentant aux barrages. La police, qui ne semblait pas réagir dans un premier temps, a finalement procédé à une dizaine d’arrestations.

Port-au-Prince, 25 février 2004. Des policiers haïtiens ont arrêté ces partisans de Jean-Bertrand Aristide qui volaient les gens au passage d’une barricade, sur la route de l’aéroport

Trois des cinq vols quotidiens d’American Airlines à destination des Etats-Unis ont été retardés, l’équipage et les passagers ayant du mal à passer les barrages.

L’ambassade d’Espagne en République dominicaine a loué un avion pour évacuer ses ressortissants à Haïti, a annoncé Patricia Corrales, sa porte-parole. Le gouvernement mexicain a également envoyé un avion pour évacuer ses ressortissants.

A Saint-Domingue, le gouvernement a décidé de doubler ses effectifs militaires avec 3.000 hommes sur la frontière de 362km qu’elle partage avec Haïti sur l’île d’Hispaniola. Selon le chef d’état-major, le général José Miguel Soto Jimenez, ce déploiement de 1.500 soldats supplémentaires était destiné à prendre les devants d’un éventuel exode massif. Une cinquantaine d’hommes ont également été envoyés à Haïti pour protéger l’ambassade.

Associated Press

Jose Miguel Soto Jimenez

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, et si vous souhaitez promouvoir la politique d’intérêt général qu’il préconise, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source