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mercredi 26 avril 2017
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AFP, 26 février 2004

Haïti : Paris veut le départ de Jean-Bertrand Aristide, que les insurgés entendent juger


Haïti

PORT-AU-PRINCE (AFP) - La France a demandé, mercredi 25 février 2004, que le président haïtien quitte le pouvoir pour sortir de l’"impasse" Haïti où les insurgés, qui menacent de prendre Port-au-Prince, ont affirmé leur volonté de le capturer et le juger pour "crime de haute trahison".

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait tenir, jeudi 26 février, une réunion publique urgente sur la situation haïtienne qui "se détériore". Cette session intervient alors que des discussions progressent sur un possible déploiement d’une force internationale en Haïti.

Le conseil permanent de l’Organisation des Etats américains (OEA) devait également se réunir.

Un pauvre diable tirant une charrette passe devant l’ambassade des Etats-Unis, à Port-au-Prince, le 24 février 2004


"Chacun voit qu’il s’agit d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire d’Haïti", a souligné à Paris le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. Avant d’ajouter qu’il appartient au président de "tirer les conséquences" de "l’impasse" où se trouve Haïti.

Dominique de Villepin

Le Premier ministre haïtien Yvon Neptune a au contraire souligné que le président devait "terminer son mandat constitutionnel de cinq ans".

L’entrée du palais présidentiel de Son Excellence Monsieur Aristide, à Port-au-Prince

La femme de Jean Bertrand Aristide, Mildred Trouillot, qui a fait partir mercredi d’Haïti ses deux filles pour les Etats-Unis, a elle aussi estimé "impératif que le président achève son mandat".

L’opposition politique et civile cependant s’y refuse. "Il faut de toute urgence une solution politique et Jean Bertrand Aristide qui est la source du problème doit partir", a-t-elle martelé mercredi.

André Apaid

Des dirigeants de l’opposition pourraient rencontrer vendredi à Paris les autorités françaises.

A Cap-Haïtien, deuxième ville du pays, le chef militaire des insurgés qui contrôlent la moitié nord du pays, Guy Philippe, a déclaré vouloir encore "donner une chance à la paix". Port-au-Prince "est déjà presque entièrement encerclée et, pour l’instant, nous procédons à l’identification des forces qui restent à Jean Bertrand Aristide". Il a dit espérer pouvoir fêter son 36e anniversaire, dimanche 29 février 2004, dans la capitale haïtienne.

Guy Philippe

A Port-au-Prince, la situation est restée très tendue toute la journée. Des pillages et des coups de feu ont été signalés par des témoins.

Des hommes en armes, probablement militants du pouvoir, tiennent des barrages aux entrées de la capitale, au nord, à l’est et à l’ouest, empêchant à certains endroits les passages de piétons et de véhicules.

"Nous voulons capturer le président pour le juger pour crime de haute trahison, assassinats, vols, etc", a souligné Guy Philippe, qui ne revendique pas un futur rôle politique. Il a indiqué que les insurgés étaient prêts à déposer les armes dès le départ d’Aristide.

L’insurrection armée entre, jeudi 26 février, dans sa troisième semaine. Elle a fait depuis son déclenchement le 5 février quelque 70 morts et plusieurs centaines de blessés.

A Cap-Haïtien, des insurgés gardent le port.

Scène de rue à Cap-Haïtien, le 25 février 2004

L’idée française d’une force de sécurité internationale pour Haïti semble progresser. Après l’avoir accueillie sans "enthousiasme" il y a plus d’une semaine, les Etats-Unis ont reconnu qu’elle pourrait devenir indispensable. "Consécutivement à un règlement politique, nous encouragerons la communauté internationale à apporter sa contribution pour assurer la sécurité.

Mais la première chose est de travailler à une solution politique", a déclaré le président américain George W. Bush.

Les insurgés se sont emparés mercredi, sans faire de victimes, de l’île de la Tortue (nord, 50.000 personnes), une plaque tournante importante pour le commerce avec les Etats-Unis et les Bahamas, selon des sources policières.

Alors que les étrangers continuent de fuir Haïti, l’ONU a autorisé son personnel non essentiel à partir.

Les passagers d’un vol en partance pour Miami, à l’aéroport de Port-au-Prince, le 25 février 2004

Un cargo panaméen a été arraisonné près de la Floride (sud-est) avec à son bord 21 Haïtiens voulant gagner les Etats-Unis, selon les garde-côtes américains.

A propos d’une éventuelle intervention étrangère, Guy Philippe a indiqué que "c’est bien si ce n’est pas pour soutenir Aristide". "Sinon on la combattra. Ce n’est pas la France, ni les Etats-Unis, ni le Canada, ni la communauté internationale qui m’intéressent. Je m’en moque éperdument, c’est le peuple haïtien qui doit décider", a-t-il fait valoir. Les insurgés sont prêts à déposer les armes en Haïti si le président Aristide quitte le pouvoir, a aussi indiqué Guy Philippe, en se félicitant de l’appel de la France à la démission du chef de l’Etat.

"Si cela signifie qu’il s’en va, c’est une très bonne position", a réagi Guy Philippe. "C’est bien, s’il s’en va, on va déposer les armes", a-t-il répété. "Si nous n’avons pas encore attaqué Port-au-Prince, c’est pour donner une chance à la paix", a ajouté le responsable militaire des insurgés, en se référant aux négociations politiques qui ont eu lieu ces derniers jours. "C’est une guerre ou personne ne gagne, c’est le pays qui perd", a-t-il estimé.

Le 25 février 2004, à Cap-Haïtien, des habitants s’efforcent d’éteindre le feu dans une maison incendiée

Une femme sanglote devant une maison incendiée, à Cap-Haïtien, le 25 février 2004

Installé dans le meilleur hôtel de Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, Guy Philippe, qui semble disposer de quelque 150 hommes autour de lui, a assuré que ses troupes étaient prêtes à prendre la capitale haïtienne.

Agence France Presse

Soldats insurgés à l’aéroport de Cap-Haïtien, le 23 février 2004

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