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Le Monde, 16 août 2005

Côte d’Ivoire : Un officier dénonce des escadrons de la mort proches du président Gbagbo

par Jean-Pierre TUQUOI


La nouvelle fait la "une" de la plupart des titres de la presse ivoirienne, mardi 16 août 2005 : dans une longue lettre ouverte au chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, le militaire le plus connu des Ivoiriens à cause de sa fonction passée de porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Yao Yao, aujourd’hui en dissidence, dresse une liste de personnes présentées comme membres des escadrons de la mort. La plupart sont des militaires.


Le premier cité est le commandant de la garde républicaine, le lieutenant colonel Bruno Dogbo Blé, "impliqué dans l’assassinat des aides de camp et des membres de la famille de Robert Gueï", le prédécesseur de M. Gbagbo à la présidence. Sont également mis en cause le capitaine Seka Seka, "aide de camp de la Première dame" (le nom de celui-ci a souvent été cité dans le cadre de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer), un commandant de la sécurité présidentielle, des sous-officiers ainsi que des civils, parmi lesquels Patrice Bai, un ancien professeur d’arts martiaux travaillant dans le sillage du capitaine Seka Seka.

Au total, ce sont neuf personnes dont l’ancien porte-parole des Fanci livre les noms, sur la foi d’informations et de confidences qu’il a recueillies. Tous sont, selon lui, liés à des assassinats de responsables politiques intervenus depuis la tentative de putsch de septembre 2002 et la scission de la Côte d’Ivoire en deux. A une exception près, "tous les mis en cause sont issus de votre entourage" , écrit l’officier au chef de l’Etat. "Les crimes de sang -dont ils se sont rendus coupables-, ajoute-t-il, commis vraisemblablement à votre insu, pourraient vous éclabousser." Aussi conseille-t-il au président Gbagbo d’autoriser "l’ouverture d’une enquête indépendante, avec la communauté internationale, afin que votre honneur soit lavé".

En fait, c’est un officier entré en dissidence ouverte contre le pouvoir qui interpelle le chef de l’Etat par journaux interposés. Porte-parole de l’armée, et à ce titre invité quasi permanent de la télévision nationale depuis septembre 2002, le lieutenant-colonel Yao Yao avait été limogé, en juin 2005, pour avoir contredit la thèse officielle, au lendemain de massacres de civils dans l’ouest du pays. Le pouvoir les avait attribués aux Forces nouvelles, qui contrôlent le nord du pays, alors que l’officier parlait de querelles foncières. Quelques jours plus tard, le lieutenant-colonel était arrêté par la garde présidentielle et passé à tabac au sortir d’un dîner à la résidence de l’ambassadeur de France à Abidjan, lui-même en délicatesse avec le pouvoir.

Convaincu, non sans raison selon ses proches, que le régime voulait sa mort, l’ancien porte-parole des Fanci a disparu depuis. Il se cache, comme l’ancien chef d’état-major, le général Mathias Douai, et d’autres. Où est-il ? A l’intérieur du pays ? Au Ghana voisin ? Le secret est bien gardé mais, depuis son refuge, le lieutenant-colonel ne reste pas inactif. Depuis quelques jours, il transmettait à la presse des lettres promettant des révélations. C’est désormais chose faite, et le pouvoir risque d’en être davantage fragilisé.

Jean-Pierre TUQUOI

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