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Le Monde, 19 août 2005

Irak : Accusations d’ingérence contre l’Iran

par Mouna NAIM


La république islamique d’Iran a beau s’être engagée à coopérer avec l’Irak contre le terrorisme, elle est soupçonnée, voire accusée, d’encourager les insurgés irakiens. Les dernières accusations en date émanent du ministre des affaires étrangères irakien, Hoshyar Zibari.


"Ce qui est sûr, a déclaré Hoshyar Zibari, dans un entretien publié, mercredi 17 août 2005, par le quotidien saoudien Al-Hayat, c’est que le trafic d’armes, via les frontières irako-iraniennes, à destination des groupes terroristes -en Irak- continue." C’est également vrai, selon lui, pour le trafic de drogue et "l’infiltration de terroristes étrangers". "Cela se passe peut-être à l’insu du gouvernement iranien", dont "l’attitude proclamée envers l’Irak est équilibrée et saine", estime M. Zibari. Mais cela n’exonère pas pour autant les autorités iraniennes qui doivent régler ces "questions douloureuses". Le ministre reproche également à Téhéran, sans fournir de précisions, d’avoir "conclu des accords avec des provinces irakiennes à l’insu du pouvoir central de ce pays, et donc sans son consentement".

L’Iran s’était pourtant engagé, à l’occasion de visites à Téhéran du ministre irakien de la défense, Saadoun Al-Douleimi, puis du premier ministre, Ibrahim Al-Jaafari, à coopérer avec son voisin en matière de sécurité. La décision avait été prise de former un groupe ad hoc à cette fin, Bagdad s’engageant pour sa part à interdire toute action anti-iranienne à partir du territoire irakien.

Les accusations de M. Zibari sont le point d’orgue d’une litanie d’autres, émanant essentiellement de sources américaines. Régulièrement, la question est toutefois posée de savoir si les ingérences iraniennes ou via l’Iran se font au su et au vu du pouvoir central, voire s’il en est le commanditaire, ou si elles sont imputables à certains services ou factions en Iran.

Les accusations les plus substantielles ont été publiées par l’hebdomadaire américain Time, dans son édition datée du 22 août 2005. Elles se fondent sur des sources des services de renseignement américains et britanniques, ainsi qu’à des "documents exfiltrés d’Iran" et des "dissidents et miliciens irakiens" . A en croire l’hebdomadaire, "l’homme" de Téhéran dans l’ancienne Mésopotamie est un dénommé Abou Moustapha Al-Cheibani. Il dirigerait une organisation de quelque 280 membres, répartis en 17 équipes de fabricants de bombes et d’"escadrons de la mort". Ce réseau aurait été créé par le corps des Gardiens de la révolution iranien, dans le but de mener des opérations contre les forces américaines et de la coalition en Irak.

Au cours des huit derniers mois, cette organisation aurait introduit en Irak un nouveau type de bombe qui, placée au bord des routes, se révèle plus meurtrière que toutes celles utilisées jusqu’alors. Ses membres seraient entraînés au Liban,­ où l’Iran aurait parrainé un partenariat entre des militants chiites irakiens et le Hezbollah libanais, ainsi que dans la Cité Sadr, à prédominante chiite, à la périphérie est de Bagdad, et dans "un autre pays".

Des responsables américains s’inquiètent aussi, d’après Time, de l’influence croissante de l’Iran en Irak, programmée de longue date, qui s’appuierait sur les milices des formations politiques réfugiées en Iran du temps de Saddam Hussein, ainsi que sur le phagocytage des milieux d’affaires et des ONG, et sur des aides financières à des établissements d’enseignement et des partis politiques. Plus que l’ordre moral que certains groupes fondamentalistes chiites font régner dans le sud du pays, c’est l’exacerbation, sous l’influence iranienne, des tensions entre sunnites et chiites qui inquiète Washington et qui risque de conduire l’Irak à la guerre civile, estime Time.

Mouna NAIM

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