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jeudi 17 août 2017
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Reuters, 26 février 2004

Les insurgés haïtiens annoncent un assaut sur la capitale

Suivi d’un commentaire


Policier haïtien de garde à l’aéroport de Port-au-Prince, le 26 février 2004

PORT-AU-PRINCE (Reuters) - Les rebelles haïtiens qui cherchent à évincer le président Jean-Bertrand Aristide ont annoncé, jeudi 26 février 2004, un assaut imminent sur Port-au-Prince, la capitale, où des unités de sécurité américaines aidaient les étrangers à évacuer le pays.


"L’attaque est imminente et je demande à la population de rester chez elle quand nous attaquerons Port-au-Prince", a déclaré un chef rebelle, Guy Philippe, à une radio de Cap Haïtien.

"Je conseille au président Aristide de quitter immédiatement le palais national, nous allons bientôt y donner l’assaut et nous le capturerons", a dit cet ancien responsable de police en ajoutant qu’il serait dans la capitale d’ici dimanche pour fêter son 36e anniversaire.

Lors d’une interview à la chaîne CNN, Aristide a dit ne pas envisager de démissionner et avoir l’intention de remplir jusqu’au bout son mandat présidentiel, qui expire en 2006. Il a fait valoir qu’Haïti ne devait pas aller de coup d’Etat en coup d’Etat mais passer d’un président élu à un autre.

"Je quitterai le palais le 7 février 2006, ce qui est une bonne chose pour la démocratie", a-t-il affirmé.

Jean-Bertrand Aristide : dictateur recherché pour assassinats en séries et pillage de la population haïtienne. A remettre, contre récompense, au chef de l’armée insurgée

Les membres de la police nationale haïtienne stationnés à Mirebalais, à 50 km environ de Port-au-Prince, ont abandonné leurs postes en prévision de l’arrivée des rebelles, a rapporté une radio locale. La ville de Mirebalais se trouve sur l’un des deux principaux axes routiers que pourraient emprunter les insurgés pour gagner la capitale en venant du nord.

Habitants de Mirabelais

A Port-au-Prince, un convoi d’autocars transportant des proches de diplomates, des employés d’organismes caritatifs et un orphelin haïtien attendu par une famille d’accueil en Espagne, est sorti à grande vitesse d’un complexe de l’ONU pour gagner l’aéroport. Epouses et enfants agitaient la main en sanglotant à l’adresse de leurs maris ou de leurs pères.

"Ce n’est pas un pays facile en ce moment", déclarait un employé canadien de l’ONU, François Handfield, avant de monter dans un car. "Ça va exploser un jour, aucun doute là-dessus."

Des éléments d’une unité de sécurité diplomatique américaine portaient assistance aux étrangers sur le départ.

Des barricades ont été dressées dans les rues de la capitale en prévision d’une attaque des rebelles, dont beaucoup sont d’anciens soldats qui accusent Aristide de corruption.

Barricade à Port-au-Prince, le 25 février 2004

Barricade à Port-au-Prince, le 26 février 2004

Les gangs favorables au président étaient cependant moins nombreux dans les rues que la veille, où on avait pu les voir arrêter des voitures pour exiger argent ou téléphones mobiles.

Un policier haïtien entouré de "chimères", les tueurs à la solde de Jean-Bertrand Aristide

Les écoles et les magasins étaient fermés et beaucoup d’habitants se calfeutraient chez eux.

A l’aéroport, des étrangers et quelques Haïtiens se pressaient avec la crainte d’une suspension des vols au départ et à destination du pays.

Passagers en partance, à l’aéroport de Port-au-Prince, le 26 février 2004

Les Caraïbes demandent l’intervention de l’ONU

Trois hélicoptères de la République dominicaine, qui jouxte Haïti sur l’île d’Hispaniola, ont survolé un moment l’ambassade dominicaine à Port-au-Prince et ont atterri l’un après l’autre avant de repartir avec des passagers.

Une soixantaine de personnes ont été tuées lors d’accrochages qui ont commencé, le 5 février 2004, avec la prise de la ville occidentale des Gonaïves par les rebelles, qui regroupent de simples bandes armées et d’anciens militaires bien équipés.

Un règlement négocié semble hors de portée. Les mouvements d’opposition, qui prennent leurs distances avec les rebelles, insistent pour qu’Aristide se retire et ont rejeté une formule de partage du pouvoir qui avait le soutien des Etats-Unis.

Marie-Denise Claude, André Apaid et Evans Paul

Face aux centaines d’insurgés qui écument le pays le plus pauvre des Amériques, Aristide ne dispose que d’une force de police mal entraînée de 4.000 hommes. Le président, chassé du pouvoir par un putsch militaire en 1991, avait démantelé l’armée en 1994 à son retour en Haïti avec l’appui des Etats-Unis.

Jusqu’ici, la police n’a pas résisté aux attaques des rebelles qui bénéficient souvent de la sympathie des habitants.

Cap-Haïtien, le 22 février 2004. Après la prise du poste de police, un habitant enthousiaste embrasse l’un des soldats de l’armée insurgée

Les pays de la communauté des Caraïbes (Caricom) ont demandé jeudi à l’ONU d’autoriser sans délai l’envoi d’une force internationale pour rétablir l’ordre en Haïti. "Les Etats de la communauté Caricom réclament l’intervention directe et immédiate des Nations unies dans le cadre de la charte de l’ONU", a dit le chef de la diplomatie jamaïquaine au début d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la crise haïtienne.

Devant la discrétion adoptée par Washington devant la crise haïtienne, la France a lancé une série de propositions pour tenter de rétablir le calme. Paris a notamment suggéré l’envoi en Haïti d’une force de paix internationale qui soutiendrait un gouvernement d’union nationale.

Une délégation du gouvernement haïtien est arrivée à Paris pour y rencontrer vendredi le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin.

Dominique de Villepin

Le président américain George W. Bush a reconnu que la dégradation de la situation en Haïti pourrait requérir une force de sécurité internationale une fois conclu un accord politique.

Aristide, qui a envoyé ses enfants à l’étranger, a averti la communauté internationale que la marche des rebelles sur la capitale risquait d’entraîner un bain de sang et de provoquer un exode de Haïtiens. Dans les années 1990, des dizaines de milliers de Haïtiens avaient embarqué sur des bateaux de fortune pour fuir leur pays et tenter de gagner la Floride.

Alistair SCRUTTON et Jim LONEY

Hinche, 17 février 2004. Les insurgés sont accueillis par une foule en liesse

Commentaire

Lorsque les pays de la Communauté des Caraïbes (Caricom) parlent de "rétablir l’ordre en Haïti", il s’agit d’une formule hypocrite signifiant que les dirigeants de ces pays veulent maintenir le peuple haïtien dans l’oppression et la misère.

On remarquera que, depuis le début de l’insurrection, les agences de presse américaines se sont systématiquement efforcées de présenter Jean-Bertrand Aristide comme la personnification de la démocratie, tandis que les insurgés étaient dépeints comme des tueurs assoiffés de sang...

Or, il est frappant de constater qu’en comparaison d’autres guerres civiles, l’insurrection d’Haïti a fait relativement très peu de victimes. Et la plupart de ces victimes étaient dues soit aux sbires de Jean-Bertrand Aristide, soit à des individus incontrôlés assouvissant quelque vengeance personnelle sur ceux qui, la veille, les terrorisaient encore ou avaient, dans le passé, massacré tel ou tel membre de leur famille.

Cap-Haïtien, le 22 février 2003

A aucun moment les insurgés ne se sont livrés à des massacres. A aucun moment ils n’ont constitué un peloton d’exécution. Ils se sont contentés de tuer leurs adversaires au combat et ont abattu un très petit nombre de pillards. Cette modération dans la conduite de la guerre est digne de toutes les éloges et devrait servir d’exemple à l’avenir.

Les opposants politiques de Port-au-Prince ont tort de "prendre leurs distances" à l’égard de l’armée insurgée et de ses chefs. Les insurgés, eux aussi, sont des citoyens haïtiens. Et ils ont prouvé, au-delà de tout ce qu’on pouvait espérer de leur part, au vu des circonstances, qu’ils sont éminemment respectables.

Certes, parmi eux, dans le passé, certains se sont parfois trouvés du côté des oppresseurs. Mais ils sont nés dans un système d’oppression. Ils n’ont jamais connu rien d’autre. Ce système d’oppression était leur "normalité". De même qu’il est demeuré la "normalité" des "chimères" -les gangs de tueurs à la solde de Jean-Bertrand Aristide.

Butteur Métayer (à droite), ex-tueur à la solde de Jean-Bertrand Aristide, s’est retourné contre le dictateur après que celui-ci ait fait assassiner son frère Amiot

Amiot Métayer, assassiné par les sbires de Jean-Bertrand Aristide

Le fait que les insurgés aient pu se transformer en libérateurs de leur peuple, après avoir fait partie de ses oppresseurs, démontre que si la nature humaine est capable du pire, c’est parce qu’elle est également capable du meilleur.

Il ne fait aucun doute que, sans l’armée insurgée, les membres de l’opposition politique, à Port-au-Prince, se seraient retrouvés complètement abandonnés par cette "communauté internationale" à laquelle ils semblent accorder tant d’importance. Jean-Bertrand Aristide aurait pu envoyer ses tueurs contre eux sans que quiconque s’en soucie, et sans même que leur assassinat soit mentionné dans la presse internationale.

Marie-Denise Claude, René Julien, Evans Paul et Robert Lalane

Aussi, loin de snober leurs libérateurs, les membres de l’opposition politique, à Port-au-Prince, devraient se préparer à leur rendre un hommage mérité et leur ouvrir les bras sans arrières pensées.

L’armée insurgée en marche vers Port-au-Prince est héroïque non seulement par son courage, mais surtout par sa modération dans la victoire. Ses membres ont droit à leur juste place dans la reconstruction d’Haïti.

Frank BRUNNER

Guy Philippe, Ramicien Ravix et Louis-Jodel Chamblain

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