retour article original

dimanche 23 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Haïti (2ème partie) : Du 16 février 2004 au 29 février (...)
Le Monde, 27 février 2004

Haïti : Entre la valise et le cercueil, Jean-Bertrand Aristide semble avoir choisi le cercueil


Scène de rue à Port-au-Prince, le 26 février 2004

Alors que la troisième ville du pays, Les Cayes, est tombée aux mains des insurgés dans la nuit de jeudi 26 à vendredi 27 février 2004, le président Aristide a rejeté toute démission de la présidence en dépit des appels des Etats-Unis, du Canada et de la France en faveur de son départ.

L’un des tueurs de Jean-Bertrand Aristide, à proximité du palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 26 février 2004


Jean Bertrand Aristide s’accroche à son pouvoir et veut toujours aller au terme de son mandat en 2006. Lâché par les Etats-Unis, le Canada et la France, il a rejeté jeudi toute démission de la présidence d’Haïti, alors que la troisième ville du pays, Les Cayes (sud), est tombée aux mains d’opposants armés.

"Je quitterai le palais le 7 février 2006", a-t-il déclaré sur CNN. Serein, il a réaffirmé être prêt à partager le pouvoir avec l’opposition et réclamé l’envoi de policiers internationaux pour contrer les "terroristes", qualificatif désignant les insurgés qui contrôlent la moitié nord d’Haïti.

Jean-Bertrand Aristide : dictateur recherché pour assassinats en séries et pillage de la population haïtienne. A remettre, contre récompense, au chef de l’armée insurgée

Selon des sources policières, Les Cayes (125 000 habitants) sont passées sous le contrôle d’un groupe appelé Base Résistance. Aucune victime n’a été signalée. Après une attaque, le commissariat de la ville, comme ceux des bourgades proches de Côtes-de-Fer et Cavaillon, a été abandonné par la police.

"J’espère que le président Aristide va examiner sa situation avec soin", a déclaré à Washington le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell. "Je pense qu’il s’agit d’une période très difficile pour le peuple haïtien et je sais que le président Aristide a les intérêts du peuple haïtien à cœur", a-t-il ajouté.

Après la France mercredi, le Canada a aussi appelé jeudi le président à "tirer les conséquences" de l’impasse dans laquelle se trouve plongé Haïti.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 26 février 2004

Les États-Unis, comme la France, ont critiqué la "gestion" de Jean-Bertrand Aristide

Le président haïtien a rejeté ces critiques, estimant qu’il avait "par des moyens pacifiques renforcé l’expérience démocratique" et amélioré la condition des Haïtiens dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Vendredi, la France devrait à nouveau faire pression pour son départ, lors d’une rencontre à Paris avec des représentants du gouvernement haïtien.

La Communauté des pays de la Caraïbe et l’Organisation des Etats américains ont appelé l’ONU à permettre le "déploiement urgent" à Haïti d’une force internationale de 250 policiers pour restaurer l’ordre. Dans une déclaration, le Conseil de sécurité a promis de "considérer urgemment les possibilités d’engagement international" à Haïti, notamment l’option d’une force de police.

Kofi Annan a nommé comme conseiller spécial pour Haïti Reginald Dumas, un diplomate de Trinidad et Tobago.

Kofi Annan, pendant la réunion du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, à New York, le 26 février 2004

"Quand nous aurons une force internationale, via les Nations unies ou les Etats-Unis, une augmentation du nombre de policiers internationaux (...), cela fera une grande différence" face aux insurgés, a estimé le président Aristide, qui espère que sa présence lui permettra de se maintenir au pouvoir.

Devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 26 février 2004, la chorale des tueurs de Son Excellence Monsieur Aristide, exhibant les portraits que leur a fait distribuer celui dont la popularité n’a d’égale que la modestie

Selon le commandant militaire des insurgés Guy Philippe, Port-au-Prince, parsemée de barricades tenues par des militants d’Aristide, est encerclée par ses hommes. Il espère fêter dimanche dans la capitale son 36e anniversaire.

Guy Philippe, au milieu de ses troupes, le 22 février 2004, à Cap-Haïtien

L’insurrection armée et les violences provoquées par les partisans du pouvoir sont entrées jeudi dans leur quatrième semaine. Elles ont fait depuis début février quelque 70 morts et plusieurs centaines de blessés.

Dans la capitale, où des pneus enflammés noircissaient le ciel de volutes noires, plusieurs centaines d’étrangers ont été évacués par des hélicoptères dominicains ou acheminés vers l’aéroport par des militaires américains armés.

Un garde armé, devant l’ambassade des Etats-Unis, à Port-au-Prince, le 26 février 2004

A Paris, l’organisation caritative CARE a demandé l’ouverture d’un couloir humanitaire pour ravitailler les villes du nord du pays, contrôlées par les insurgés.

A Genève, le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a réitéré son appel à tous les voisins d’Haïti d’ouvrir leurs portes aux éventuels réfugiés haïtiens.

Selon les garde-côtes américains, près de 500 Haïtiens ont été interceptés "ces deux derniers jours" près des Etats-Unis. Mais le président américain, George W. Bush, avait prévenu mercredi que tout réfugié haïtien serait refoulé.

Avec AFP

Logo du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, et si vous souhaitez promouvoir la politique d’intérêt général qu’il préconise, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source