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Le Monde, 26 février 2004

Proche Orient : Les Palestiniens veulent récupérer le butin du hold-up commis par l’armée israélienne à Ramallah


Les Palestiniens exigeaient, jeudi 26 février 2004, la restitution de millions de dollars saisis mercredi lors d’une opération militaire israélienne à Ramallah pour mettre la main, selon les Israéliens, sur des fonds servant à financer le terrorisme.


Le président de la banque centrale palestinienne a accusé Israël, jeudi 26 février, d’avoir commis un véritable vol à main armée après la saisie de 8 millions de dollars par l’armée israélienne dans des établissements bancaires de Ramallah, ville de Cisjordanie abritant le QG de Yasser Arafat.

Les services de sécurité israéliens avaient indiqué mercredi que la descente effectuée dans quatre banques était destinée à vider les comptes utilisés par des groupes de militants palestiniens pour financer l’organisation d’attentats-suicides et d’autres attaques contre des Israéliens.

Un responsable, parlant sous le couvert de l’anonymat, avait affirmé mercredi que ces fonds étaient destinés à "alimenter des actions terroristes" et provenaient notamment de l’Iran et du Hezbollah chiite libanais.

"Cela est sans fondement et inexact", a répliqué au cours d’une interview Amin Hadad, président de l’Agence monétaire palestinienne (banque centrale). "Ce qui s’est produit hier n’est rien moins qu’un vol à main armée, en plein jour, brutal, injustifié et sans fondement commis par l’armée israélienne dans deux banques jordaniennes travaillant en Palestine ainsi qu’à l’Arab Bank et à la Cairo Amman Bank", a-t-il déclaré.

Le ministre palestinien des finances, Salam Fayyas, dont les efforts pour assainir les finances de l’Autorité palestinienne ont été salués par la communauté internationale, a qualifié cette descente bancaire de nouveau coup dur pour une économie palestinienne déjà paralysée par les représailles de l’armée israélienne.

"Actes de piraterie"

Les Palestiniens exigeaient jeudi la restitution des millions de dollars saisis. "Les actes de piraterie et les agressions contre les banques et le secret bancaire sont des actes graves qui visent à détruire l’Autorité palestinienne", a fulminé le premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, à l’issue d’une rencontre à Ramallah avec des directeurs de banque. Assurant que l’Autorité palestinienne restait engagée à "protéger l’argent des hommes d’affaires et des individus" déposé dans les banques, il a appelé Israël à restituer les fonds saisis lors de l’opération spectaculaire de la veille. "Il s’agit d’argent volé qui doit être restitué, a-t-il insisté. Israël n’a aucun droit de disposer de l’argent d’autrui".

Le ministre israélien de la défense, Shaoul Mofaz, a promis que les sommes confisquées seraient "allouées à des actions humanitaires" en faveur de la population palestinienne.

Dans les agences bancaires visées par le raid, le personnel s’employait jeudi à rassurer les clients. Les standards téléphoniques ont été inondés d’appels. "Les clients n’ont pas à s’inquiéter pour leurs comptes", affirme Samir Jasser, directeur adjoint d’une des deux succursales de l’Arab Bank dans lesquelles les soldats ont fait irruption mercredi.

Selon le président de l’Agence monétaire palestinienne, les comptes des clients "n’ont pas été affectés", les soldats ayant directement confisqué l’argent des caisses des banques, car il leur est impossible de "retirer" des sommes des comptes qui ne leur appartiennent pas.

"Créer le chaos"

"Ce que veulent les Israéliens, c’est créer le chaos. (Les Palestiniens) doutent (de leur système bancaire), ils se posent beaucoup de questions", a ajouté M. Hadad. Il a ajouté que les raids violent l’accord conclu en 2003 entre Israël, les Etats-Unis et les Palestiniens, aux termes duquel Israël doit formuler une demande auprès de l’Autorité palestinienne ou de l’administration américaine avant de conduire une enquête sur des comptes bancaires ouverts en territoires palestiniens.

"De manière tout à fait évidente, ce que (les Israéliens) ont fait n’a rien à voir avec une activité terroriste. Si vous enquêtez sur un compte, vous en suivez les mouvements. Cela n’a été fait pour aucun des comptes en question" a ajouté M. Hadad.

La direction à Ramallah de la Cairo Amman Bank, une banque jordanienne, a pour sa part affirmé que l’armée israélienne avait confisqué, en shekels et en devises, l’équivalent de 460526 dollars. Le directeur de la banque à Amman, Yazid Al-Moufti, a de son côté affirmé qu’Israël avait saisi 670000 dollars de la succursale de Ramallah.

Qualifiant l’opération israélienne sans précédent de "hold-up", le directeur régional de la banque dans les territoires palestiniens, Bichara Dabah, a affirmé que celle-ci allait assumer ses responsabilités financières vis-à-vis de ses clients. Selon lui, les soldats qui avaient envahi la banque avaient demandé des relevés de comptes de 56 personnes, dont "8 ne disposent pas de compte chez nous". "Les comptes appartiennent à des individus et à des organisations de charité et non pas à des terroristes comme prétend Israël", a-t-il affirmé en qualifiant l’incursion israélienne d’"agression contre la Jordanie".

Quelque 22 banques palestiniennes, jordaniennes, égyptiennes et occidentales opèrent dans les territoires palestiniens.

Avec AFP et Reuters

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