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jeudi 24 août 2017
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Le Temps, 3 septembre 2005

Etats-Unis : Chaos et tempête politique

par Serge ENDERLIN, Alain CAMPIOTTI, Etienne DUBUIS et Bernard BRIDEL


Le cyclone « Katrina » révèle l’incroyable vulnérabilité de l’hyperpuissance américaine. Face à la crise nationale la plus grave depuis les attentats du 11 septembre 2001, George Bush semble désemparé. On s’attend désormais à au moins 10000 morts et des dégâts pour plus de cent milliards de dollars.


Chose lue sur l’un des milliers de blogs apparus spontanément sur le net après le passage de Katrina : « Si Al-Qaida avait revendiqué l’ouragan, Bush aurait réagi plus vite ». Alors que le Texas annonçait, vendredi 2 septembre 2005, qu’il accueillerait 75000 des premiers réfugiés climatiques de l’histoire du pays, et que le chaos le plus total continuait à régner dans La Nouvelle-Orléans, transformée en mortel cloaque, George Bush peinait toujours à prendre la pleine mesure de la catastrophe majeure qui a frappé les Etats-Unis. Les critiques contre sa passivité initiale se font de plus en plus vives, à l’instar du New York Times qui titre l’un de ses éditoriaux « Dans l’attente d’un chef ». Les médias montrent des images de cadavres dérivant dans les rues liquides de la capitale du jazz, en se demandant où est passé le fort à bras qui promettait vengeance sur les ruines fumantes du World Trade Center, en 2001.

« Pas de politique politicienne », réplique l’homme de la Maison-Blanche, impuissant. Sur la défensive, George Bush a dénoncé, le 2 septembre 2005, la faiblesse de la réponse à la crise humanitaire. « Les résultats ne sont pas acceptables. [...] Je veux garantir aux personnes qui sont dans les régions sinistrées, ainsi qu’au pays, que nous allons déployer les moyens nécessaires et maîtriser la situation », a dit le président au moment de filer pour le golfe du Mexique. Il a d’abord débarqué à Mobile, dans l’Alabama, pour entamer une tournée des zones sinistrées par l’ouragan Katrina qui a dévasté une zone grande comme la moitié de la France. Il devait survoler les états de l’Alabama et du Mississippi, avant d’aller inspecter les quartiers ravagés de Biloxi et La Nouvelle-Orléans, totalement inondée.

Trop peu, trop tard ? De la région de crise retentissait hier un cri désespéré. « J’implore le peuple américain de donner des bus et de l’essence. Il y a des gens qui sont en train de mourir, et nous devons les faire sortir », disait Karen Carter, élue à la Chambre des représentants de Louisiane. Elle parlait de Baton Rouge, où est installé le QG des secours. Pour ne parler que de celles-ci, le sort des 20000 personnes entassées, depuis six jours maintenant, dans le Superdome, est très incertain. Noires et pauvres dans leur écrasante majorité, elles ne quittent les lieux qu’à un rythme très lent. Or leurs conditions de survie dans cette enceinte confinée sont épouvantables. Ces scènes du tiers monde au cœur de l’hyperpuissance américaine posent des questions sévères.

La vitesse à laquelle le lac Ponchartrain s’est vidé dans La Nouvelle-Orléans ne laisse pas l’ombre d’un doute : les digues qui protégeaient la ville n’étaient pas assez solides. La faute à des années de sous-investissements publics, mais surtout de la promotion immobilière. Alors qu’ils auraient pu servir d’éponges en cas de crues, comme c’était le cas par le passé, les marais ont été déclassés en zones à bâtir. Les Pays-Bas, qui connaissent le même type de situation topographique (agglomérations situées en dessous du niveau de la mer), « ont dépensé jusqu’à présent pour leur protection davantage que les Etats-Unis », explique à l’AFP le professeur d’ingénierie civile Han Vrijling, de l’Université technique de Delft : « Chez nous, les digues sont plus hautes et plus larges, en un mot plus résistantes. En Louisiane, un choix politique a été fait pour limiter la protection à des cyclones de force 3, pas plus. » Confirmation par David Prevatt, spécialiste des ouragans à la Clemson University (Caroline du Sud), interrogé par Libération : « On aurait pu construire des digues plus résistantes en Louisiane depuis longtemps, mais c’est avant tout un problème d’argent. Plus de 50 % de la population américaine vit dans des zones côtières susceptibles de subir des ouragans, mais personne ne veut se donner les moyens pour la protéger de façon adéquate. La faute en incombe à l’Etat fédéral comme aux autorités locales. »

Les Etats-Unis ont-ils les moyens de s’en sortir seuls ? Le premier à avoir offert son aide est le président vénézuélien, Hugo Chavez, autant par altruisme que par provocation. Le pétro-leader de Caracas est en effet l’homme à abattre pour Washington. « Nous nous en sortirons seuls », a répondu George Bush, avant de se raviser, le lendemain. De nombreux pays -dont la Suisse-, mais aussi des organisations internationales comme l’OTAN et l’ONU, continuaient, le 2 septembre, à proposer leur aide. L’Agence internationale de l’énergie a, elle, annoncé qu’elle allait fournir 60 millions de barils de brut et d’essence pour faire face au spectre de la pénurie. La capacité américaine de raffinage du brut a en effet chuté de 10 % avec la mise hors service des grandes raffineries de Louisiane. Le 2 septembre 2005 au soir, Washington était prêt à accepter la main tendue de la communauté internationale, mais n’avait encore formulé aucune demande concrète.

Plus catégorique encore sur la gestion de la crise au niveau fédéral, le maire de La Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, a indiqué avoir parlé « à toutes les personnes possibles et imaginables », dont le président américain, mais n’avoir pas réussi à accélérer l’envoi de troupes et d’autobus dans sa ville ravagée par les inondations et terrorisée par des gangs armés. « Ils pensent petit. Ceci est une énorme, énorme crise », a-t-il déploré sur CNN. Auparavant, dans un entretien à une radio locale, il avait indiqué que « chaque jour de retard, les gens meurent. Et ils meurent par centaines, je suis prêt à le parier. »

La Federal Emergency Management Agency (FEMA), était spécialement montrée du doigt. Chargée, après les attentats du 11 septembre 2001, de la préparation à une attaque nucléaire ou chimique, elle « n’était pas préparée » à la présence de milliers de personnes à La Nouvelle-Orléans, après l’ordre d’évacuation, a reconnu son président. Les médias américains soulignaient, vendredi 2 septembre 2005, que les vivres et les secours avaient été apportés aux survivants du tsunami à Banda Aceh, en Indonésie, deux jours après la catastrophe, alors que des milliers de réfugiés de Louisiane, du Mississippi et d’Alabama manquaient encore du minimum vital cinq jours après le cyclone. Le New York Times attribue en partie la crise à la mobilisation de la Garde nationale pour l’Irak. Un tiers des membres de la Garde nationale de La Louisiane combat actuellement en Irak.

Serge ENDERLIN

Là où se sont réfugiés ceux qui attendent une évacuation aléatoire, la colère monte

Apocalypse Now. Ici et maintenant. La rue Magazine, parallèle à une large boucle du Mississippi, est, par l’ouest, le seul accès au Vieux Carré que la police n’a pas bloqué. C’est une tranchée au milieu d’une jungle urbaine que Katrina a constituée, lundi 29 août 2005, d’un seul coup. Rien n’est sous l’eau mais tout paraît détrempé. Les arbres tombés forment avec des morceaux de toits ou de façades des barricades vertes dans toutes les rues transversales. Bloc après bloc, ces quartiers sont morts. Les maisons d’un à trois étages sont toutes abîmées, sans fenêtres, rarement détruites, mais toutes désertes. Sur Magazine, il n’y a que de rares ombres humaines, quelques vieillards restés derrière, un jeune couple qui tire une petite charrette. Les seuls véhicules qui passent sont les SUV de la FEMA, l’agence fédérale de secours, et les voitures de police.

Sur le parking désert du Lakeside Hospital, à l’ouest de cette jungle, un petit attroupement insolite s’est formé. Deux véhicules policiers sont arrivés en trombe près d’un van qui attendait là trois Anglaises extraites d’un hôtel proche du quartier français. Elles embrassent, en larmes de soulagement, ceux qui vont les emmener à Baton Rouge, et par mégarde un journaliste de hasard : « C’était l’horreur, depuis lundi [29 août 2005]. Les gens qui restent vivent comme des rats. » L’officier qui a amené les touristes s’étonne : « Les journalistes n’ont rien à faire dans cette ville qu’on évacue. » Cet homme tout en noir, casquette de baseball comprise, a la mâchoire crispée par la colère et la détestation : « J’en ai vu un qui filmait un cadavre flottant dans l’eau. La Nouvelle-Orléans a besoin d’aide. Pas de ça ! »

Mais c’est l’Amérique. Rien n’est interdit tant qu’une loi ne l’a pas décidé. Les quartiers de la plus grande horreur, dans cette partie de la ville, sont au nord de l’Interstate 10, qui traverse La Nouvelle-Orléans comme une barre horizontale. Au bout de Causeway, avenue perpendiculaire qui monte vers le lac Pontchartrain, la chaussée est coupée par les fils du chemin de fer, qui forment un énorme filet inquiétant. A l’est de Causeway, le boulevard des Vétérans s’enfonce dans la zone du pire sinistre. A un carrefour, une grosse dame et un homme maigre sont assis sur un muret de pierre, dans un complet désert humain. Ils ont l’air hébétés, choqués, intoxiqués, dirait-on. La femme, qui remonte constamment sa robe sur ses grasses cuisses, parle d’une voix pâteuse. L’homme, vieille barbe sur ses joues creuses, moustache grise lui mangeant la bouche, hoche la tête. Leur maison à Charlène a disparu. Ils ont voulu monter à Baton Rouge, ont renoncé. Ils passeront encore la nuit dans une salle de gym, en attendant une évacuation dont ils se demandent ce qu’elle veut dire.

Un pick-up s’arrête au bord du trottoir. Le chauffeur apporte au couple quelque chose qu’il ne montre pas, et refuse d’un geste de la main les vingt dollars que le vieux lui tend. Il raconte qu’à Saint-Bernard on a vu des alligators dans les eaux qui maintenant stagnent. Il dit qu’un grand magasin pillé est en feu près de Vieux Carré. Comme d’autres, il affirme que des groupes de pillards qui attaquent les supermarchés et les pharmacies sont des toxicomanes. Un groupe armé a établi son contrôle sur un abri ouvert le dimanche 28 août 2005, avant l’ouragan, près du Centre de conférence, l’autre grand centre de rassemblement avec le Superdome.

La radio du pick-up est allumée. Toutes les stations louisianes sont devenues des organes nationaux qui organisent une couverture permanente des ravages de Katrina. Le chauffeur augmente le son pour faire entendre l’appel de la doctoresse qui dirige le Charity Hospital. L’évacuation de l’établissement avait été annoncée, la veille, par les TV et les radios. Grâce à un téléphone satellite, la directrice explique que c’est faux, d’une voix douce, sans colère, mais avec de l’incompréhension dans le ton. Des dizaines de malades, souvent âgés, et le personnel soignant sont prisonniers des eaux, depuis lundi 29 août 2005, sans électricité, rationnant le peu qui leur reste à manger et à boire.

Peu après, le Dr D. Thomas, directeur de l’Hôpital universitaire, raconte la même histoire, en bien pire. Ses malades sont plus de mille. Pour une première tentative d’évacuation, les secouristes avaient demandé au directeur de déplacer une partie des patients dans un autre bâtiment, où un hélicoptère pourrait atterrir. Entre les deux corps de bâtiment, il y a l’eau de l’inondation. Les malades ont été transportés par le personnel soignant à la nage. Mais l’hélicoptère n’a pas pu se poser, et les patients ont été ramenés vers l’hôpital principal par le même moyen. Le Dr Thomas, qui a un fort accent chantant et traînant du Sud, s’efforce lui aussi de rester calme au téléphone. Mais on le sent bouillir à l’intérieur. « Le système de secours est totalement pourri (broken). Comment est-ce possible, après le 11 septembre [2001] ? »

Les opérations d’évacuation s’organisent dans cette partie de la ville, sur un tronçon de l’Interstate 10. Jeudi 1er septembre, vers 16h00, des milliers de rescapés attendaient l’arrivée de bus, piétinant au pied d’une colline boueuse. De temps à autre, un hélicoptère amenait sur la prairie, de l’autre côté de l’autoroute, une nouvelle fournée d’habitants sauvés de la prison des eaux. Après 18h00, les bus n’étaient toujours pas arrivés, et le long ruban multicolore des candidats au départ, presque tous noirs, attendait toujours, sous l’œil d’une vingtaine de policiers. Puis l’arrivée des bus a été annoncée. Ils étaient en route, avec le Révérend Jesse Jackson, toujours sur tous les fronts. Mais cette cause est vraiment la sienne. Comme d’autres leaders noirs, il a commencé à dénoncer la discrimination de race et de classe qu’a révélée Katrina et que confirment les opérations de sauvetage. Les colonnes de voitures qui fuyaient La Nouvelle Orléans, dimanche 28 août 2005, laissaient derrière elles des petits blancs et une masse de Noirs qui vivaient, hors du Vieux Carré et du business center, dans les quartiers fragiles près des digues.

La radio qui avait raconté l’histoire des hôpitaux diffusait maintenant une interview du maire de la ville. Ray Nagin, un Noir aussi, qui restait jusque-là dans l’ombre du gouverneur et avait cru à une évacuation rapide. Il a soudain pété les plombs. Dans une intervention articulée et passionnée, il disait son incrédulité devant l’incapacité des services fédéraux, de la FEMA au Pentagone, à déclencher l’opération massive et rapide dont sa ville avait besoin, dès lundi 29 août 2005 après-midi. « Comment se fait-il qu’un pays capable d’envahir l’Irak et d’y dépenser 5 milliards de dollars par mois ne puisse pas se porter plus vite au secours de la population d’une de ses grandes villes, aux deux tiers noire ?, demandait-il. Comment se fait-il qu’un président, doté, après 2001, de pouvoir exceptionnels, n’ait pas décidé pour la Nouvelle Orléans une mobilisation immédiate ? »

Sur l’autoroute de Baton Rouge, à une dizaine de kilomètres au nord-est, une colonne de bus scolaires jaunes approchait. Une unité de la Garde nationale était en attente sur une aire de repos. George Bush devait poser pour la première fois, vendredi 2 septembre 2005 après-midi le pied sur l’aéroport Louis-Armstrong, rouvert pour les opérations de secours.

Alain CAMPIOTTI

« Dans cette crise, nous avons une guerre de retard »

Patrick Lagadec, directeur de recherches à l’Ecole polytechnique, à Paris, et spécialiste des crises internationales, appelle les membres des sociétés industrielles à opérer une « révolution intellectuelle » pour faire face aux « risques émergents ».

Question :

- "Pouvait-on prévoir une catastrophe de l’ampleur de celle qui s’est abattue sur La Nouvelle-Orléans ?"

Patrick Lagadec :

- "Le problème auquel nous sommes confrontés, aujourd’hui, est l’apparition de risques émergents, qui sortent du cadre habituel de nos hypothèses, de nos réflexions et de nos initiatives. Avant de nous interroger sur tel ou tel risque particulier, il s’agit de nous préparer, personnellement et collectivement, à affronter des situations totalement inédites. Nous sommes actuellement enfermés, culturellement, scientifiquement, techniquement, dans un certain nombre de schémas anciens qu’il nous faut absolument dépasser. Lorsque vous évoquez des hypothèses qui ne correspondent à aucune statistique, qui ne s’approchent d’aucune moyenne, vous n’êtes pas pris au sérieux par les milieux scientifiques. Et quand vous tenez les mêmes propos devant des opérationnels, vous êtes considéré comme un gêneur, parce que vous remettez en cause les plans déjà élaborés. On vous critiquera, par conséquent, en vous trouvant d’un pessimisme exagéré et on vous expliquera qu’il ne sert à rien d’affoler les populations."

-"Les risques émergents dont vous parlez sont-ils liés au réchauffement climatique ?"

- "Oui, mais pas seulement. Ils sont aussi liés à l’interconnexion informatique, à la vulnérabilité des réseaux interdépendants (je pense notamment aux pannes totales d’électricité qui ont touché ces dernières années le nord-est des Etats-Unis et une grande partie de l’Italie), ainsi qu’à de nouvelles épidémies, comme la grippe aviaire. Or, dans tous ces cas, on le voit bien, nous avons une guerre de retard."

-"Est-il possible de prévenir tous ces risques ? Cela ne supposerait-il pas des investissements si énormes et si nombreux qu’ils seraient économiquement insupportables ? Finalement, les risques dont nous parlons sont exceptionnels."

- "Chaque crise est exceptionnelle. Mais voilà, les exceptions se répètent et il faut bien tenter quelque chose. Ce n’est pas parce que l’on ne peut pas tout faire qu’il ne faut rien entreprendre. Les événements auxquels nous assistons exigent de nous que nous nous mettions au moins en position de considérer ces nouveaux risques et d’y réfléchir. Or, les responsables de ces dossiers paraissent tétanisés. Et lorsqu’un cyclone de niveau 5 se rapproche, ils ne font rien, en espérant que la tornade finira par faiblir et passer au niveau 3. Leur raisonnement est que s’il n’y a pas de réponse c’est que la question n’existe pas. C’est le cas, aujourd’hui, aux Etats-Unis. Mais cela n’est pas différent en Europe. Qui, à haut niveau, s’attelle sérieusement à ce genre de risques ? Je vous laisse regarder. Vous aurez vite fait le tour."

-"Une fois la crise déclarée, quelles erreurs ont commises, ces derniers jours, les autorités américaines ?"

- "J’éviterai d’émettre un jugement à la hache. Il y a un immense travail de débriefing à accomplir au préalable. Mais il ne faut pas se tromper de cible. Peu importe que tel ou tel plan d’urgence ait été mis en application avec un peu de retard. L’essentiel, aujourd’hui, est d’opérer la révolution intellectuel-le nécessaire à la prise en compte des risques émergents. Et de le faire à un niveau international."

Propos recueillis par Etienne DUBUIS

Chronique d’une journée infernale

« Katrina » a fait « des milliers de morts » en Louisiane, selon le gouverneur Kathleen Blanco. Un sénateur de Louisiane spéculait pour sa part sur la mort d’au moins 10000 personnes. Le 2 septembre 2005 au soir, 300000 personnes étaient en attente d’évacuation dans l’ensemble de l’Etat, dont au moins 200000 dans La Nouvelle Orléans prisonnière des eaux, où la nourriture manquait et où s’installait l’anarchie. A l’instar de nombreuses figures de la communauté noire, le pasteur Jesse Jackson, a dénoncé l’insufisance des secours. Il s’est rendu à La Nouvelle-Orléans avec un convoi d’autocars pour aller chercher des survivants. Les images du désastre diffusées en continu par les télévisions montrent surtout des victimes noires.

Devant l’ampleur de la catastrophe qui a dévasté quelque 235000 kilomètres carrés, soit l’équivalent de la moitié de la France, et aurait provoqué pour plus de 100 milliards de dollars de dégâts, la Maison-Blanche a finalement annoncé qu’elle accepterait des offres d’aide venues de l’étranger. Même le Sri Lanka, pourtant dévasté par le tsunami du 26 décembre 2004, qui y avait fait 31000 morts, a décidé d’attribuer 25000 dollars d’aide aux Etats-Unis. George W. Bush a confié à son père, l’ancien président républicain George Bush, et à son prédécesseur démocrate, Bill Clinton, le soin de coordonner les opérations de dons aux victimes du cyclone. Au téléphone, sur Internet, dans les magasins ou les sous-sols d’église, les Américains participent à un grand élan de générosité envers les sinistrés, qui a déjà permis de collecter près de 150 millions de dollars, selon différentes sources.

A La Nouvelle-Orléans, où des explosions ont été entendues, et où des incendies se sont déclarées, vendredi 2 septembre 2005, apparemment dans une usine chimique, les opérations d’évacuation sont compliquées par la violence des gangs armés. Les témoignages affluent sur les pillages, les agressions d’automobilistes, les vols armés et les viols.

La situation sanitaire et sécuritaire de milliers de sinistrés réfugiés dans le centre des conventions, restait inquiétante, le 2 septembre 2005. Le maire de la ville, Ray Nagin, a lancé un « SOS désespéré » pour venir en aide aux 15000 à 20000 sinistrés regroupés dans ce Centre, où la sécurité n’est plus assurée et où il n’y a plus de nourriture. En revanche, le Superdome (le stade couvert de La Nouvelle-Orléans), a été enfin évacué.

Près de 22000 gardes nationaux sont « en route » pour rétablir l’ordre dans les zones sinistrées en Louisiane, a annoncé le président George Bush avant de se rendre, vendredi 2 septembre, en Louisiane. « Nous avons 300 soldats de la Garde nationale de l’Arkansas qui sont arrivés dans La Nouvelle-Orléans, ils sont de retour d’Irak, bien entraînés, aguerris, et sous mes ordres pour reprendre le contrôle sécuritaire des rues », a annoncé, jeudi 1er septembre 2005 au soir, le gouverneur de l’Etat de Louisiane, Kathleen Blanco. « Ils ont des M-16, chargés. Ils savent comment tirer et tuer et sont plus que volontaires pour le faire si nécessaire et j’espère qu’ils le feront », a-t-elle ajouté, sur un ton extrêmement ferme.

Quelque 200 touristes européens, japonais et américains, qui avaient été renvoyés de leur hôtel, jeudi 1er septembre 2005 au matin, en raison de l’insécurité qui règne dans la ville, ont raconté que la police avait tiré au-dessus de leur tête lorsqu’ils avaient tenté de monter dans des autocars pour fuir la ville.

Neuf raffineries de la région étaient encore arrêtées, jeudi 1er septembre au soir, et plus de 90 % de la production offshore était paralysée dans le golfe du Mexique. Les tankers européens ont reçu trois fois plus de commandes des Etats-Unis cette semaine pour des livraisons d’essence, afin de compenser la pénurie de carburant générée par Katrina, ont indiqué des courtiers vendredi 2 septembre 2005.

Bernard BRIDEL

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  • Serge ENDERLIN, Alain CAMPIOTTI, Etienne DUBUIS et Bernard BRIDEL

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    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source