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mercredi 26 avril 2017
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24 heures.ch, 13 septembre 2005

Proche Orient : Mahmoud Abbas face aux défis de la liberté

par Andrès ALLEMAND


Des milliers de Palestiniens ont célébré dans la liesse, le 12 septembre 2005, le départ des derniers soldats israéliens de la bande de Gaza, mettant fin à trente-huit ans d’occupation. A Rafah, à la frontière avec l’Egypte, une énorme foule s’est réunie pour des retrouvailles entre parents.


Le dernier soldat israélien parti, il revient à présent au président palestinien, Mahmoud Abbas, d’assurer l’ordre dans la bande de Gaza. Un défi énorme pour l’héritier de Yasser Arafat, provoqué même par des groupes armés issus de son propre parti, le Fatah. Et nargué par les islamistes du Hamas. Ironie du sort : son destin dépend aujourd’hui des « largesses » d’Ariel Sharon. Il jubile, Mahmoud Abbas. Du moins, telle est l’image que donnait de lui, le 12 septembre 2005, le président, saluant la foule en liesse dans les anciennes implantations juives de la bande de Gaza. Pourtant, quelques heures après le retrait du dernier soldat israélien, le chef de l’Autorité palestinienne a de quoi s’inquiéter. Le voilà désormais à la tête d’une prison géante (peuplée de chômeurs) où une multitude de seigneurs de la guerre défient ouvertement son autorité. Un véritable casse-tête.

Voyez plutôt. Même complet, le retrait israélien ne signifie pas encore la fin de l’occupation : l’Etat hébreu conserve en effet le contrôle sur les frontières, la côte maritime et l’espace aérien de la bande de Gaza. Ariel Sharon attend de Mahmoud Abbas qu’il démilitarise les groupes armés. Or, le Hamas, principal mouvement islamique, a déjà proclamé, le 12 septembre 2005, qu’il comptait poursuivre la lutte armée. Et, la semaine dernière, trois mouvements issus du Fatah -les Brigades Al-Aqsa, les Faucons du Fatah et la Brigade Abou Rich- refusaient de rendre les armes. Or, « ces groupes sont mieux armés, très entraînés et surtout plus motivés que les agents de police, ces fonctionnaires souvent corrompus », s’inquiète Jalal Al Husseini, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient (Amman). « Par ailleurs, la frontière entre résistance et Autorité palestinienne n’est pas toujours très nette. Il y a comme une zone grise. Bien des policiers passés dans la résistance cherchent aujourd’hui à réintégrer les forces de sécurité. D’autres jouent sur les deux tableaux, c’est bon pour leurs affaires. On voit des officiers des services de sécurité diriger des groupes rebelles qui contrôlent un petit territoire, où ils lèvent même l’impôt ! »

La bonne nouvelle, pour Mahmoud Abbas, c’est que ces résistants ont maintenant intérêt à se placer au cœur du système. « C’est là que se trouve l’argent, explique Jalal Al Husseini. La donne a changé. Les temps sont à la reconstruction. Et celle-ci passera par l’Autorité palestinienne. L’influence du président dépend donc directement des ressources que lui allouera la communauté internationale. Et de l’ouverture progressive du marché du travail israélien. » Quant aux islamistes du Hamas : « Si leur discours demeure radical, ils sont devenus beaucoup plus pragmatiques depuis qu’ils ont décroché nombre de municipalités lors des dernières élections », estime le chercheur. « Ils savent bien que les Palestiniens, après cinq ans d’Intifada, en ont assez de la violence. Pour l’instant, ils jouent avec succès la carte de la participation politique. A croire les sondages, ils pourraient bientôt remporter de nouvelles victoires aux prochaines élections. » Justement, ne seront-ils pas tentés d’attaquer Israël pour se profiler à la veille du scrutin ? « Non. Je ne crois pas qu’ils prendraient ce risque alors que des gains politiques semblent assurés. Sauf bien sûr si le Fatah se met à remonter dans les sondages ! »

Andrès ALLEMAND

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