retour article original

mercredi 26 avril 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Irak (1ère partie) : Du 21 décembre 2003 au 29 février (...)
24 heures.ch, 28 février 2004

Irak : Le double combat de femmes dévoilées contre l’intégrisme

Reportage au Kurdistan irakien

par Djaffer AIT AOUDIA


Dans les vallées du Kurdistan, des soldates assurent leur protection face à des membres belliqueux d’Al-Qaïda installés de l’autre côté de la frontière, en Iran. Et luttent pour conserver leur liberté. Ces habitantes du Kurdistan irakien ont pris les armes, soutenues par les Américains, pour défendre leur région.


Au nord de l’Irak, une armée de femmes irakiennes traquent des islamistes d’Al-Ansar al-islam, la branche kurde d’Al-Qaïda, qui mène des incursions depuis l’Iran.

Armées par les Américains, ces femmes doivent à la fois affronter la violence et vaincre les préjugés.

Nous sommes en plein Kurdistan autonome. Là, au cœur des vallées de Pinjwin, campe le poste de commandement d’une armée de femmes irakiennes. Juchées sur des troncs d’arbre, les soldates font le guet. La tension est perceptible. Juste en face : l’Iran. Et l’ombre des islamistes d’Al-Ansar.

Les femmes se sont jurées d’avoir leur peau. « Je ne raterai pas une personne louche », me souffle une femme.

Déterminée.

Salwane est, à 37 ans, le capitaine de ces farouches gardes-frontière au féminin, formées et soutenues par les Américains. Avec son tailleur strict et son arme à la ceinture, elle a l’allure fière et l’air plus opérationnel que sa compagne, engoncée dans un treillis décoloré et pieds nus dans des chaussures usées.

C’est que cette amazone des monts perdus a de l’expérience. Elle s’est battue sur tous les fronts. Notamment contre Saddam, avec les peshmergas, les « combattants qui vont au-devant de la mort ». « C’était pour notre liberté. Et nous avons obtenu des droits pour la femme, contrairement au reste de l’Irak. »

Femme moderne dans un monde où tout ce qui est féminin est abonné au tchador, elle a peur. « Surtout pour mes enfants ». Car les islamistes, mais aussi la guérilla irakienne, qui résiste à l’occupation américaine, l’ont mise sur sa liste noire, au motif qu’elle travaille avec l’administration yankee. « Nous avons un problème surtout avec les Ansar, mais aussi avec l’Iran qui les accueille. »

Certes, 263 terroristes d’Al-Ansar ont été tués par les peshmergas, lors d’une grande campagne de « nettoyage », en mars 2003. Mais environ 400 rescapés ont trouvé refuge dans les villages iraniens limitrophes. Bien que Téhéran nie leur présence.

« Une fois, ils ont essayé de passer par les vallées iraniennes, raconte une soldate. On est arrivées sur notre territoire et, par surprise, on leur braqué la mitraillette sur la tempe. »

« On aurait dû les tuer », lâche Salwane, les dents serrées. Enervée. Car beaucoup de ces terroristes ont été libérés par les autorités kurdes, sur simple caution.

Le cas le plus effarant : Tahar Hassan Abd al-Karim, un homme de 34 ans, qui a rejoint Al-Ansar, à sa création en janvier 2002. Il y a deux ans, il a massacré des habitants de Kabira Hamma, un village de la région. Une vidéo récupérée par les peshmergas le montre en train de tirer froidement une balle dans le pied d’un malheureux, avant de revenir avec un sabre pour lui trancher la gorge lentement, comme on procède avec un mouton. Ce tueur sera bientôt libéré.

« Ils ont accepté de collaborer avec la justice et nous ont livré des noms importants. Ils nous ont d’ailleurs promis de cesser tout activisme », explique un officier des services de renseignement kurde.

Risques énormes

Salwane est sonnée. Profondément convaincue qu’un homme qui a goûté au djihad reste un terroriste en puissance. Elle se sent atteinte dans son engagement : « Nous courons des risques énormes pour capturer les intégristes. » Dans le rang des soldates, on fustige surtout les Américains. Qui « laissent faire ces aberrations ».

Cela ne peut s’expliquer, face au carré des sunnites bassistes, que par la volonté de tout miser sur les chiites et les Kurdes pour passer le pouvoir aux Irakiens.

Alors, face à ces communautés ultrareligieuses, Salwane n’a qu’une hantise : l’émergence d’un Kurdistan associé à la nation irakienne, mais qui tomberait sous le diktat des lois islamiques pour se mettre au diapason des chiites et des nations arabes voisines. « Nous aurions alors participé à notre propre anéantissement... »

Djaffer AIT AOUDIA

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, et si vous souhaitez promouvoir la politique d’intérêt général qu’il préconise, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Djaffer AIT AOUDIA

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source