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mercredi 22 février 2017
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Le Courrier, 16 septembre 2005

Irak : La stratégie de destruction des villes sunnites

par Jean-Michel VERNOCHET


Mercredi 14 septembre 2005, Bagdad est frappée par des attaques meurtrières faisant plus de cent cinquante victimes. Le fantomatique Jordanien Al-Zarkaoui revendique aussitôt la vague d’attentats dans une déclaration de guerre civile à la communauté chiite pro-occidentale et pro-iranienne. La veille, à Washington, l’ambassadeur américain, Zalmay Khalizad, déclarait à propos de la Syrie, accusée de façon récurrente d’avoir des frontières poreuses aux moudjahiddines étrangers, que « la patience de l’Amérique est à bout... Toutes les options [y compris militaires] sont sur la table ».


Parallèlement, l’opération « Restoring Rights » contre Tell Afar -la colline du remblai-, à 60 km de la Syrie, aura été par l’ampleur des forces engagées (4000 Américains et 6000 Irakiens au sol appuyés par plusieurs centaines d’hélicoptères et de bombardiers F16) la plus grande bataille depuis l’invasion de l’Irak en mars 2003. Engagée le 26 août 2005, l’opération « Rétablissement de l’ordre » s’achève officiellement au moment où les médias occidentaux semblent la découvrir avec le dernier carnage de Bagdad, alors que la guerre se poursuit quasiment sans discontinuer depuis Falloujah contre les « bastions » sunnites. Et qu’elle se prolonge déjà avec le nettoyage de toutes les agglomérations situées le long des 615 km de frontière avec la Syrie.

A Tell Afar, les unités irakiennes étaient en grande partie constituées de peshmergas kurdes. Dimension communautariste qui exacerbe le ressentiment de la minorité sunnite à l’égard des chiites et Kurdes qui seront les grands bénéficiaires de la Constitution votée le 15 octobre 2005. Les Kurdes au nord et les chiites au sud se verront alors octroyer une large autonomie leur conférant de facto la haute main sur l’immense richesse pétrolière irakienne. Les sunnites, politiquement exclus et sans le moindre gisement sous leurs pieds, sont donc destinés à devenir les parents pauvres de la nation, d’où leur refus et leur révolte.

Participent à la rébellion de Tell Afar également des tribus turcomanes, certes sunnites, mais aussi chiites et historiquement installées là avant même les Turcs ottomans. Et ces tribus refusent leur intégration dans le grand Kurdistan en gestation dans le projet constitutionnel. Elles craignent une véritable épuration ethnique dans la région sous couvert de déplacement humanitaire des civils hors des zones de combat. Une épuration d’ailleurs déjà entamée à Mossoul et à Kirkouk, dont les Kurdes veulent faire leur capitale.

Mais une bataille peut en cacher une autre.

L’offensive qui se déroule depuis plusieurs mois à la frontière syrienne a pour objectif officiel d’arrêter l’infiltration de combattants étrangers. Cependant, sur les centaines de morts dénombrés en cinq mois de combats et les milliers d’arrestations, seule une trentaine sont des étrangers parmi lesquels vingt Syriens, quatre Afghans et deux Saoudiens. Le mythe d’une nébuleuse terroriste permet certes de maintenir la fiction justificatrice d’une guerre sans base légale ou morale comme vient d’en faire l’aveu Colin Powell dans un mea culpa assez inattendu. Si la Mésopotamie constitue aujourd’hui la terre d’élection d’un djihadisme, la seule responsabilité en incombe aux idéocrates de Washington. Il s’agit surtout d’encercler la Syrie et de tenter de l’asphyxier, comme l’été 2004 avec la fermeture de sa frontière et le blocage sine die de quelque 1500 camions. La bataille contre le réduit sunnite pourrait n’être à ce titre qu’un prélude à de prochaines actions contre la minorité Alaouite au pouvoir à Damas et obtenir la déchéance du « fascisme », selon Washington, du Baas socialiste, arabe et syrien.

Jean-Michel VERNOCHET

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