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Le Monde, 18 septembre 2005

Proche Orient : Des officiers israéliens font l’objet de plaintes pour crimes de guerre

par Gilles PARIS


Le premier ministre britannique, Tony Blair, ne s’attendait certainement pas à une telle réplique. Croisant son homologue israélien, Ariel Sharon, dans les couloirs du siège des Nations Unies, à New York, jeudi 15 septembre 2005, il venait de l’inviter à Londres, lorsque M. Sharon lui a brusquement rappelé ses états de service dans l’armée israélienne, avant d’ajouter, d’un ton sarcastique, qu’il avait entendu dire que les prisons anglaises n’étaient pas confortables et qu’il ne tenait pas à y faire un séjour prolongé.


Quatre jours auparavant, en effet, l’ancien commandant de la région militaire israélienne sud ­ qui englobe la bande de Gaza ­, Doron Almog, avait été prié par l’ambassade israélienne de ne quitter sous aucun prétexte l’avion dans lequel il se trouvait et qui venait d’atterrir à l’aéroport d’Heathrow, près de Londres. Le général Almog était en effet visé par un mandat délivré par la justice britannique à la demande d’un cabinet de juristes relayant une plainte du Centre palestinien des droits de l’homme, basé à Gaza. Après avoir patienté quelques heures sur le tarmac britannique, l’officier de réserve était rentré en Israël, dans le même appareil, sans avoir pu débarquer.

Deux jours plus tard, la presse israélienne révélait que cet officier n’était pas le seul visé par cette offensive. Elle assurait que l’ancien chef d’état-major, Moshé Yaalon, son successeur, Dan Haloutz, ainsi que les commandants actuels et passés des divisions déployées jusqu’au 12 septembre 2005 à Gaza, étaient également l’objet de plaintes déposées en Grande-Bretagne. Elle ajoutait qu’une association israélienne pacifiste, Yesh Gvoul ("Il y a une limite") s’était associée à l’action du Centre palestinien des droits de l’homme. Par précaution, Moshé Yaalon a d’ailleurs, depuis, renoncé à un voyage en Grande-Bretagne.

Les plaignants reprochent à l’armée israélienne un certain nombre d’opérations menées à Gaza au cours de l’Intifada, dont le bombardement d’un quartier résidentiel dans lequel un responsable du Mouvement de la résistance islamique (Hamas), Salah Chéhade, a trouvé la mort, en juillet 2002. Une bombe d’une tonne avait été utilisée pour son élimination, qui avait entraîné de fait la mort d’une quinzaine de personnes, dont des enfants. A l’époque, Doron Almog commandait la région sud, Moshé Yaalon était chef d’état-major et Dan Haloutz chef de l’armée de l’air.

De nombreuses associations internationales de défense des droits de l’homme considèrent, elles aussi, que l’armée israélienne s’est rendue coupable de crimes de guerre au cours d’opérations qui ont touché des civils palestiniens pendant la deuxième Intifada. Compte tenu de la sympathie dont bénéficie l’armée en Israël, y compris de la part de la presse, cette affaire a suscité une véritable vague d’indignation. Le ministre des affaires étrangères, Sylvan Shalom, a jugé ces poursuites "scandaleuses". Le président de la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, Youval Steinitz, un "faucon" du Likoud, a aussitôt déposé une proposition de loi pour empêcher les associations israéliennes de s’associer à de telles démarches. Ces associations font valoir, de leur côté, qu’en Israël les institutions judiciaires, y compris la Cour suprême, restent pour l’instant systématiquement sourdes à leurs demandes.

Dans un éditorial, publié mercredi 14 septembre 2005, le quotidien de centre gauche Haaretz note que le gouvernement de M. Blair est sans doute d’autant plus opposé à de telles initiatives qu’elles pourraient, à terme, viser certains officiers britanniques présents en Irak. "On peut dénoncer l’hypocrisie de certaines autorités légales qui sont dures envers Israël et accommodantes avec d’autres pays. On peut juger que les motivations des juges sont politiques et antisémites. Mais on ne peut pas dire que nous n’avons rien à nous reprocher" , estime le Haaretz.

Gilles PARIS

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