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vendredi 18 août 2017
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Le Temps, 21 septembre 2005

Corruption à la caisse nationale suisse d’assurance accident

par Sylvain BESSON


Vue de Mendrisio

Une affaire criminelle bouscule le train-train de la politique fédérale. Fin août 2005, la justice tessinoise a ouvert une enquête pour escroquerie, corruption et gestion déloyale des intérêts publics contre un ancien cadre de la caisse nationale d’assurance accident, la SUVA. Les faits sont si graves qu’ils provoquent la remise en cause du statut de cet établissement public, qui gère une fortune de 30 milliards de francs.

Suisse


Sept personnes ont été arrêtées ces dernières semaines. Six sont des professionnels de l’immobilier, des architectes et des intermédiaires basés à Zurich et au Tessin. La septième est l’ex-responsable du domaine immobilier de la SUVA. Il est accusé d’avoir vendu quatre immeubles à l’homme d’affaires tessinois V., à des prix artificiellement bas. V. aurait prévu de rétrocéder à son « associé » de la SUVA une part des profits sur ces transactions, qui se montent à plusieurs dizaines de millions de francs. L’entreprise publique, jusqu’à ces derniers jours l’une des plus respectées de Suisse, a commencé par minimiser le scandale. Au printemps, elle a déclenché une enquête interne qui a provoqué la démission du cadre concerné. Mais la SUVA n’a pas jugé utile d’avertir la justice, car elle estimait insuffisantes les preuves réunies contre son collaborateur. L’affaire n’a éclaté qu’après l’envoi d’une lettre anonyme à un journal tessinois.

Vue de Mendrisio

Le 12 septembre 2005, après l’arrestation de son ex-employé, la SUVA a déclaré que les immeubles avaient été vendus à une valeur normale au vu de la « situation actuelle sur le marché de l’immobilier ». Une semaine plus tard, le ton a changé. La syndicaliste Colette Nova, membre du conseil d’administration, affirme que la SUVA a été victime d’une « conspiration » entre son ancien cadre et l’homme d’affaires tessinois. Les enquêteurs pensent que les deux hommes ont pu donner à leurs affaires une apparence de régularité grâce à des expertises fallacieuses, établies par leurs complices. Celles-ci permettaient de justifier les prix de vente extrêmement bas consentis par le cadre de la SUVA.

Franz Steinegger

Le scandale prend aujourd’hui une tournure très politique. Il faut dire que le conseil d’administration de la SUVA, composé surtout de syndicalistes et de représentants du patronat, ne compte pas moins de 40 membres, dont l’ancien poids lourd radical Franz Steinegger ; le patron des patrons, Peter Hasler ; ou le directeur du contrôle fédéral des finances, Kurt Grüter. [En Suisse, les élus ont l’habitude de siéger dans les conseils d’administration d’un maximum de sociétés, chacune leur versant un pot-de-vin appelé "jeton de présence".] Les syndicats ont bien senti tout le bénéfice que leurs adversaires pourraient tirer de l’affaire : le 16 septembre 2005, les représentants d’Unia au sein du conseil d’administration ont critiqué « la mauvaise politique d’information du public et du conseil d’administration pratiquée par la direction de la SUVA ».

Peter Hasler

L’embarras des syndicats est du pain bénit pour l’UDC. Le parti de Christoph Blocher ne cesse de dénoncer la connivence entre la gauche et les partis bourgeois traditionnels dans la gestion des affaires publiques. Pour elle, le cas de la SUVA est emblématique : « Ses dirigeants sont des gens haut placés, des syndicalistes de gauche ou des radicaux comme Steinegger, explique le porte-parole de l’UDC, Roman Jäggi. C’est le problème de tout un système, du copinage au sein des institutions. Cela ressemble à un méga-scandale. » Mardi 20 septembre 2005, le président de l’UDC, Ueli Maurer, a affirmé au Tages-Anzeiger que sa formation demanderait prochainement la privatisation de l’entreprise publique. Cette proposition révolte Colette Nova, qui est en même temps vice-présidente du conseil d’administration de la SUVA et secrétaire exécutive de l’Union syndicale suisse. Selon elle, « l’UDC est motivée par les assureurs privés qui veulent casser la SUVA pour faire une bonne affaire et augmenter leurs bénéfices ».

Kurt Grüter

Ces paroles promettent un débat animé sur l’avenir de l’entreprise, qui assure les sociétés contre les accidents. Pour l’heure, selon son porte-parole Henri Mathis, la SUVA va renforcer ses contrôles internes, « pour éviter que cela se reproduise ».

Sylvain BESSON

Ueli Maurer

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