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Le Monde, 6 octobre 2005

Etats-Unis : Premiers contrats et premières polémiques sur la reconstruction de La Nouvelle-Orléans


Le maire de La Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, a autorisé, mercredi 5 octobre, la plupart des habitants de la ville à revenir chez eux. Pour autant, la vie n’est pas près de reprendre son cours normal dans la cité inondée à 80 % après le passage, le 29 août 2005, de l’ouragan Katrina.


"Vous pouvez venir, regarder et repartir, du moment que vous respectez le couvre-feu", a déclaré Ray Nagin. Il a ajouté que la ville pouvait accueillir 200000 personnes et que 80000 de ses 455000 habitants étaient déjà revenus. Mais, même s’il tente par tous les moyens de faire revenir ses concitoyens, le maire de La Nouvelle-Orléans reconnaît qu’il sera difficile pour eux de rester. De nombreuses maisons ont été inondées pendant plusieurs semaines ; certaines l’ont même été à nouveau après le passage de l’ouragan Rita, le 24 septembre 2005 ; l’eau potable n’a toujours pas été rétablie, de même que l’électricité dans certains quartiers.

La reconstruction s’annonce longue et l’avenir de La Nouvelle-Orléans incertain. Le maire a d’ailleurs annoncé, mardi 4 octobre 2005, "avec une profonde tristesse", le licenciement de 3000 employés municipaux, soit près de la moitié des effectifs. Seuls les policiers, les pompiers, les services médicaux d’urgence et les équipes de la voirie et des eaux sont épargnés. Cela permettra à la ville d’économiser entre 5 millions et 8 millions de dollars par mois. Elle verse actuellement 20 millions de dollars de salaires mensuels et n’a plus aucune ressource financière. Elle a obtenu une aide fédérale de 50 millions de dollars qui devrait l’aider à tenir les prochains mois.

Selon le vice-amiral des gardes-côtes, Thad Allen, qui dirige les opérations de secours, le nettoyage des zones sinistrées ne sera pas terminé avant au moins un an. Katrina a laissé derrière lui 22 millions de tonnes de débris, dont 12 millions à La Nouvelle-Orléans et dans ses environs. L’Etat de la Louisiane estime que 140000 à 160000 logements devront être reconstruits et que 350000 voitures et 60000 bateaux devront être envoyés à la casse.

L’ampleur de la tâche et les dizaines de milliards de dollars promis par Washington pour la reconstruction suscitent l’appétit de nombreuses entreprises. Et la façon dont les premiers contrats ont été attribués alimente déjà les soupçons de favoritisme, de gaspillage et même d’indifférence envers les populations les plus démunies.

Pour accélérer l’attribution des marchés, de nombreuses procédures ont été abandonnées, avec l’aval du Congrès et du gouvernement. Résultat, selon le New York Times : plus de 80 % des premiers contrats distribués par la FEMA (l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence), pour un total de 1,5 milliard de dollars, l’ont été sans réelles mises en concurrence. Les obligations liées à la "discrimination positive" ont été suspendues, tout comme la règle dite du "salaire dominant". Elle contraint les employeurs à payer la même rémunération horaire que les entreprises du même secteur dans la même zone. L’abandon de ces deux contraintes devrait pénaliser les plus pauvres et les Noirs. "Ce que l’administration dit aux minorités de La Nouvelle-Orléans, c’est : "Il sera plus difficile pour vous de trouver un travail. Et si vous y parvenez, vous serez moins payés !", s’emporte Harry Alford, président de la Chambre nationale noire de commerce.

Les sociétés ayant obtenu les marchés ont apparemment bénéficié de leurs relations. C’est le cas, de l’entreprise AshBritt, de Pompano Beach, en Floride, qui s’est vu attribuer un contrat de nettoyage de 568 millions de dollars. Elle a pour particularité d’avoir versé, en 2005, 40000 dollars à la firme de lobbying cofondée à Washington par le gouverneur du Mississippi et l’ancien président du Parti républicain, Haley Barbour. On retrouve également un nom très connu, celui de Kellogg, Brown and Root (KBR), filiale de Halliburton, célèbre pour avoir bénéficié, en 2003, de contrats obtenus dans des conditions douteuses pour la reconstruction de l’Irak. Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis, a été PDG de Halliburton de 1995 à 2000. KBR a obtenu un marché d’environ 60 millions de dollars pour participer à la réparation des digues de La Nouvelle-Orléans et à celle d’installations militaires dans la zone. Bechtel, le premier groupe de BTP des Etats-Unis, a ramassé un marché de 100 millions de dollars. Le groupe a lui aussi des contrats de plusieurs milliards de dollars en Irak et entretient des liens étroits avec le Parti républicain. Son vice-président, Jack Sheehan, siège au Conseil de la politique de défense au côté du secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, et son PDG, Riley Bechtel, appartient au Conseil pour l’exportation, rattaché à la Maison Blanche.

Le Washington Post dénonce enfin un énorme gaspillage, de 236 millions de dollars payés à la société Carnival Cruise Lines, pour loger, pendant six mois, des rescapés dans trois navires de croisière. Ils sont actuellement à moitié vides, sur les rives du Mississippi. Même si les bateaux étaient pleins et accueillaient les 7116 rescapés prévus pendant six mois, cela reviendrait à 1275 dollars la semaine par personne. Le prix normal d’une semaine de croisière étant de 599 dollars...

Eric LESER

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