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lundi 27 février 2017
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AP, 29 février 2004

A Haïti, la crise affame la population


Louis-Jodel Chamblain fête la nouvelle de la fuite de Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004

CAP-HAITIEN, Haïti (AP) -Même les denrées de base sont désormais hors de portée de nombre des Haïtiens les plus défavorisés. Aide bloquée, approvisionnement interrompu, envolée des prix : la crise qui secoue l’un des pays les plus pauvres du monde a encore aggravé la situation d’une population qui peine à se nourrir.

La population de Cap-Haïtien, après avoir appris la nouvelle de la fuite de Jean-Bertrand Aristide


Les organisations humanitaires essaient désespérément de s’organiser pour pouvoir distribuer l’aide au milieu du chaos grandissant. Les trois semaines d’insurrection contre le président Jean-Bertrand Aristide, qui a démissionné dimanche 29 février 2004, sont intervenues après les inondations qui ont noyé les récoltes de maïs et de manioc dans l’un des pays les plus pauvres du monde.

Scène de liessse à Cap-Haïtien, pour fêter la fuite de Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004

Les organisations humanitaires redoutent une grave crise. La pénurie de nourriture est « plus que grave », explique Ann Briere, porte-parole de Deerfield Beach, une organisation basée en Floride. « Les stocks sont épuisés et il n’y a plus de réserves disponibles ».

Les routes bloquées par les rebelles ou les partisans d’Aristide ont entravé l’acheminement de l’aide, le manque d’essence a augmenté les coûts des transports.

« Dans des circonstances normales, ils ont à peine de quoi acheter ce qu’ils ont besoin », résume le Dr. Daniel Rubens, un représentant argentin du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

« Ils sont en situation de stress chronique et ce conflit ajoute un facteur de stress ». La plupart des huit millions d’habitants de Haïti sont sans emploi ou n’ont pas de travail régulier et beaucoup survivent avec moins de 80 centimes d’euros par jour.

Les paniers de tomates et haricots et les sacs de riz alignés dans les allées boueuses autour du marché de Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays, dans le nord d’Haïti, semblent narguer les parents qui tirent sur leurs dernières pièces et billets pour faire vivre leurs familles.

Repas de famille à Cap-Haïtien, le 27 février 2004

Roseline Jacques, 30 ans, doit nourrir ses sept enfants. La maigre somme qu’elle avait récoltée en mendiant et en lavant des vêtements est passée dans l’achat d’un petit sac de riz, qu’elle a stocké dans la pièce de béton où elle vit dans un taudis de la ville.

Il ne lui reste plus de quoi pour acheter du charbon pour cuire le riz et elle a partagé vendredi avec ses enfants une assiette de racines bouillies offerte par un voisin. Leur seul repas de la journée. « C’était dur avant. Maintenant c’est pire », dit-elle. « Chaque jour, cela empire ».

Elle s’alimente à peine pour laisser le maximum à ses enfants puissent manger. Parfois, les journées les plus difficiles, « je vais encore me coucher sans avoir rien mangé ».

Depuis le début de l’insurrection, le prix d’un petit sac de riz est passé de 10 à 15 gourdes (moins de 30 centimes d’euros) à Cap-Haïtien. Dans le chaos qui a suivi la prise de la ville par les rebelles dimanche dernier, quelque 800 tonnes d’aide ont été pillés dans un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM).

La crise empêche l’arrivée de nouvelle aide alimentaire : « à l’heure actuelle, il est impossible d’envisager de nouveaux acheminements de nourriture vers le nord d’Haïti », explique Rick Perera, un porte-parole de l’organisation humanitaire CARE. « Malheureusement, nous ne pouvons faire grand chose tant que des conditions élémentaires de sécurité n’auront pas été restaurées ».

Scène de marché à Cap-Haïtien, le 26 février 2004

L’organisation Food For The Poor (« vivres pour les pauvres ») dit avoir 15 conteneurs prêts à partir pour Cap-Haïtien, mais aucune compagnie maritime ne veut s’y rendre. Le chef des rebelles Guy Philippe dit vouloir coopérer avec les organisations humanitaires : « nous avons vraiment besoin de leur aide maintenant ».

Les violences compromettent également les maigres capacités du pays à produire lui-même de quoi se nourrir. Les agriculteurs du nord-ouest du pays n’ont pu se déplacer pour acheter les semences pour la saison des semences qui commencent en mars, selon l’organisation britannique ActionAid.

Associated Press

Scène de marché à Cap-Haïtien, le 26 février 2004

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