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Le Monde, 29 février 2004

Haïti : l’arnaque politique


Un Haïtien frappe le portrait de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, au commissariat de Petionville, une banlieue de Port-au-Prince, le 29 février 2004

L’ex-président Jean-Bertrand Aristide a finalement quitté Haïti pour "éviter un bain de sang", dimanche 29 février 2004. Il est actuellement en République dominicaine, qui ne devrait pas être sa destination finale.

Le président de la Cour de cassation assure la pouvoir par intérim.

L’opposition a appelé les partisans armés de M. Aristide à déposer les armes et a annoncé qu’elle acceptait de coopérer avec la communauté internationale qui a proposé un plan de réglement de la crise haïtienne.


Le président Aristide a finalement quitté Haïti. Soumis à une forte pression internationale et à l’avancée rapide des rebelles, il a abandonné le pouvoir et quitté le pays dimanche 29 février.

Policiers haïtiens devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 29 février 2004, après l’annonce de la fuite de Jean-Bertrand Aristide

Jean-Bertrand Aristide est actuellement en République dominicaine, mais sa destination finale n’est pas encore connue.

Haïti et Saint-Domingue

Le président de la Cour de cassation d’Haïti, Boniface Alexandre, a annoncé qu’il assurait le pouvoir par intérim, comme le prévoit la Consitution. M. Alexandre, a prêté serment en présence des ambassadeurs français et américain, Thierry Burkard et James Foley et s’est engagé à ce que la loi soit respectée et a appelé la population au calme.

James Foley, l’ambassadeur des Etats-Unis à Port-au-Prince, intronisant les complices -devenus successeurs "légitimes"- de Jean-Bertrand Aristide : Boniface Alexandre et son compère Yvon Neptune, toujours premier ministre...

Boniface Alexandre

De son côté, l’opposition haïtienne, par la voix de l’un de ses dirigeants Evans Paul, a accepté de coopérer avec la communauté internationale (les Etats-Unis, la France, le Canada, l’Organisation des Etats américains et la Communauté des pays de la Caraïbe) qui a proposé de un plan de réglement de la crise, lequel prévoit l’envoi d’une force internationale. M. Paul a également appelé les "Chimères", partisans de l’ex-président Aristide, à déposer les armes et à la police d’assurer l’ordre dans l’île.

La capitale Port-au-Prince semblait dimanche à la merci de bandes armées et d’une foule qui multipliait les pillages. Alors que se transmettait par les radio et le bouche à oreille le départ de l’ex-président haïtien dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 février, des groupes se formaient dans les quartiers populaires du centre ville et autour du Palais national, siège de la présidence haïtienne.

L’atmosphère tendue a vite tourné à la violence. Des jeunes en armes, dotés surtout de pistolets, de fusils, mais aussi de machettes, s’en sont pris à des voitures de journalistes, les seules à circuler dans les rues de la capitale.

Un policier haïtien pointe son fusil sur des passants, devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Selon des témoignages, des partisans armés de l’ancien président Aristide, très agressifs, pénétraient dans des maisons privées à la recherche d’armes. Plusieurs centaines d’entre eux ont été vus marchant dans les rues en scandant des slogans favorables à l’ex-président.

L’un des tueurs de Jean-Bertrand Aristide, exhibant un portrait de son idole

"Le temps est venu pour tous les Haïtiens de travailler ensemble"

La nouvelle du départ de Jean-Bertrand Aristide a été annoncée par des sources diplomatiques et de sécurité à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, et rapidement confirmée par une porte-parole du ministère des affaires français. Dans une déclaration, lue par le premier ministre Yvon Neptune après le départ de M. Aristide, ce dernier affirme avoir démissionné pour éviter un bain de sang dans son pays.

Yvon Neptune

Selon l’Associated Press, Jean-Bertrand Aristide aurait signé une lettre de démission devant des témoins à 6 heures, heure locale, (12 heures de Paris) et quitté le pays à 6 h 45 pour Saint-Domingue. Il était accompagné de membres de son service de sécurité. Trois avions haïtiens se sont ensuite posés sur l’aéroport de Barahona, dans le sud-ouest de la République dominicaine.

Jean-Bertrand Aristide : dictateur en fuite, recherché pour assassinats en séries et pillage de la population haïtienne

Selon plusieurs sources anonymes, ce pays limitrophe d’Haïti ne serait pas la destination finale de Jean-Bertrand Aristide. Parmi les pays évoqués, figurent le Maroc, Panama, Taïwan ou encore l’Afrique du Sud.

Le royaume chérifien a d’ores et déjà signifié n’avoir "aucune intention de répondre favorablement à toute demande éventuelle d’asile du président Aristide".

Mohammed 6

Les autorités taïwanaises et sud-africaines ont également démenti avoir été sollicitées en ce sens.

Les Etats-Unis et la France se sont félicités de la décision de M. Aristide. Un représentant de la Maison Blanche, s’exprimant sous couvert de l’anonymat a ainsi estimé que c’était "la bonne chose à faire" dans l’intérêt du peuple haïtien". Il a ajouté : "le temps est venu pour tous les Haïtiens de travailler ensemble et de s’engager à nouveau ensemble en faveur de la démocratie." L’ambassadeur américain a tenu à préciser que Washington n’avait pas demandé la démission de Jean-Bertrand Aristide. M. Foley a souligné que cet acte avait été "volontaire".

Samedi 28 février, dans la soirée, la Maison Blanche avait publié un communiqué qui mettait directement et distinctement en cause Jean-Bertrand Aristide dans le prolongement de la crise et dans l’orchestration des violences. "Ces derniers jours des bandes armées et dirigées par le président Aristide ont pillé des biens et attaqué des personnes", affirmait-il. Il concluait finalement : "Nous le pressons instamment d’examiner sa position avec attention, d’accepter ses responsabilités et d’agir dans les meilleurs intérêts du peuple haïtien".

Deux des victimes de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 27 février 2004

"La France va envoyer une force de paix"

De son côté, le ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, en déplacement au Japon, a appelé à la fin des combats en Haïti et à "la la mise en place d’une aide humanitaire d’urgence". "Il faut maintenant que les combats cessent. La France appelle toutes les forces politiques de Haïti qui veulent le retour à la paix et qui refusent la la violence à se rassembler et à participer à la réconciliation nationale", a déclaré M. de Villepin à son arrivée à Fukuoka, dans le sud du Japon. "Il faut sans retard l’aide humanitaire d’urgence pour venir en aide à la population haïtienne", a ajouté le ministre qui venait de s’entretenir au téléphone avec Jacques Chirac et avec le secrétaire d’Etat américain Colin Powell.

Dominique de Villepin avait été le premier à demander le départ d’Aristide, mercredi 25 février 2004, au motif que son régime s’était "déjà affranchi de la légalité constitutionnelle" après des élections législatives et présidentielles dénoncées comme frauduleuses par la communauté internationale.

Dominique de Villepin

Le ministre des affaires étrangères avait reçu vendredi une délégation du gouvernement haïtien. Il avait appelé après cet entretien à "la mise en place d’un gouvernement d’union nationale de transition" sans le président Aristide afin d’éviter un bain de sang en Haïti.

Paris a également indiqué être prêt à participer à la mise en place d’une force civile internationale de paix qui viendrait à l’appui d’un gouvernement d’union nationale. "La France va envoyer une force de paix. C’est une question de jours, pas de semaine", a déclaré l’ambassadeur de France.

Son homologue américain a aussi annoncé l’envoi de troupes internationales, y compris américaines, "cette semaine" à Haïti.

Avec AFP, AP et Reuters

Louis-Jodel Chamblain et Guy Philippe fêtant la nouvelle du départ de Jean-Bertrand Aristide

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