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Le Monde, 29 février 2004

Chaos à Port-au-Prince après le départ de Jean-Bertrand Aristide


Un soldat du Front révolutionnaire de libération haïtien après l’annonce du départ de Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004

Le chef militaire des insurgés haïtiens Guy Philippe a annoncé, dimanche 29 février 2004, qu’il entrerait en soirée ou lundi 1er mars à Port-au-Prince, et indiqué que ses hommes, prêts à déposer les armes, souhaitent l’arrivée d’une force internationale le plus rapidement possible.

Jean Bertrand Aristide a fui dimanche 29 janvier Haïti en laissant la capitale Port-au-Prince, sur laquelle flottaient d’immenses volutes de fumée noire, à la merci de bandes armées et d’une foule qui multipliait les pillages.

Scène de rue, à Port-au-Prince, le 29 février 2004


Des forces spéciales canadiennes auraient pris le contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince, pour permettre l’évacuation des 2 000 à 3 000 Canadiens qui vivent dans l’ïle. L’"information" a été démentie par le premier ministre du Canada.

Un sodlat canadien devant l’ambassade du Canada à Port-au-Prince, le 29 février 2004

A la Maison Blanche, George W. Bush a annoncé, sans donner de détails, qu’il avait donné l’ordre à un contingent de Marines de se déployer dans l’île "comme premier élément d’une force multinationale intérimaire, pour ramener l’ordre et la stabilité [à Haïti]".

Scène de rue à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Washington a précisé que le secrétaire d’Etat américain Colin Powell était en "étroit contact" avec de nombreux pays, en particulier la France et le Canada, pour stabiliser la situation dans l’île. Le chef de la diplomatie américaine s’est notamment entretenu au téléphone dimanche avec ses homologues français Dominique de Villepin et canadien Bill Graham.

Colin Powell

Les Nations Unies sollicitées

Côté français, le Quai d’Orsay a fait savoir que des consultations allaient avoir lieu dans les heures qui viennent au Conseil de sécurité des Nations unies pour organiser l’envoi éventuel d’une force internationale de paix à Haïti. "Concernant l’envoi de cette force de paix, on appuie une solution politique, dans le cadre des Nations unies. On est en pleine convergence de vue avec les Etats-Unis là-dessus", a déclaré une porte-parole du Quai d’Orsay.

A New York, un groupe d’"Amis de Haïti" comprenant notamment les Etats-Unis, la France, le Canada et des pays caribéens devaient se rencontrer pour mettre au point un projet de résolution du Conseil de sécurité autorisant l’intervention d’une force multinationale à Haïti.

Le siège des Nations Unies, à New York

Le ministère français des affaires étrangères a indiqué que des discussions informelles concernant le mandat, la forme et les effectifs d’une telle force pourrait débnoucher dès lundi sur une réunion du Conseil de sécurité. "Rien n’est décidé pour l’instant en ce qui concerne le mandat et les contours de cette force, et a fortiori le type de contribution française qui pourrait être apporté", a déclaré la porte-parole du ministère des affaires étrangères. "Il y a un large consensus au sein de la communauté internationale pour qu’une force de paix soit envoyée en Haïti, mais pour l’instant on ne connait pas encore le mandat puisque les consultations n’ont pas commencé", a-t-elle ajouté.

A Port-au-Prince, le premier ministre Yvon Neptune avait lancé dimanche matin un "appel solennel à la police nationale" pour qu’elle reprenne le contrôle de la rue.

Un soldat des forces spéciales américaines devant les bureaux d’Yvon Neptune, le complice de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Le commissariat de Pétionville, banlieue sud sur les hauteurs de la capitale, a été pillé par la population après que les policiers qui l’occupaient se sont enfuis. Selon des témoins, le commissariat de police central de Port-au-Prince, près du Palais national, a été pillé par des partisans armés d’Aristide.

Des policiers haïtiens en patrouille devant le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Dans les bureaux de M. Neptune, le président de la Cour de cassation, Boniface Alexandre, qui a prêté serment pour assurer la présidence haïtienne par intérim en présence des ambassadeurs français et américain, Thierry Bukard, et James Foley, avait, lui aussi, lancé un appel au calme à la population, tout en s’est engageant à ce que la loi soit respectée.

La plus grande prison du pays, le Pénitencier national, a été prise d’assaut dans la matinée par des pillards permettant aux centaines de détenus de s’évader, dont un ex-président, le général Prosper Avril (1988-90), détenu sans jugement.

Scène de rue, à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Plusieurs immeubles étaient en feu ainsi qu’une station-service dans le centre-ville.

Des Haïtiens couraient des sacs de riz et sucre sur les épaules, dans des rues encombrées de débris de barrages, couvertes de détritus et désertées par les automobilistes pour la troisième journée consécutive. De nombreuses succursales des principales banques privées ont été attaquées et pillées. Des hommes portant des valises de billets de banque et fuyant en tirant des coups de feu en l’air ont été vus par un témoin.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 29 février 2004

L’hôpital adventiste de Diquini, dans la banlieue sud de la capitale, a été saccagé et pillé par des groupes armés proches de l’ancien président.

Des tueurs de Jean-Bertrand Aristide, dans les rues de Port-au-Prince, le 29 février 2004

Les insurgés souhaitent l’arrivée d’une force internationale

Les militants pro-Aristide, les "Chimères", se déplacent armés de pistolets et de machettes, chantant des slogans pro-Aristide et menaçant de couper les têtes de leurs ennemis.

Quelques-uns des tueurs de Jean-Bertrand Aristide, à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Très agressifs, ces jeunes gens pénétraient dans des maisons privées à la recherche d’armes et se livraient à des pillages dans des résidences d’anciens dignitaires du régime. Ils accusaient également les gouvernements du Canada, de la France et des Etats-Unis d’être responsables du départ du président Jean-Bertrand Aristide, pour l’avoir encouragé à quitter le pouvoir pour assurer le retour au calme.

Scène de rue à Port-au-Prince, le 29 février 2004

Le chef militaire des insurgés haïtiens Guy Philippe a annoncé dimanche qu’il entrerait en soirée ou lundi à Port-au-Prince, et indiqué que ses hommes, prêts à déposer les armes, souhaitent l’arrivée d’une force internationale le plus rapidement possible.

Interrogé par téléphone sur la chaîne de télévision américaine CNN, le chef militaire des insurgés du Front de résistance nationale, qui contrôle plus de la moitié du pays, a souligné leur disponibilité à coopérer avec la communauté internationale et l’opposition politique à l’ex-président Aristide. "Si on a besoin de nous, si l’opposition politique et la communauté internationale nous demandent de l’aide, nous irons à Port-au-Prince", a-t-il annoncé en précisant que ses hommes "étaient à une heure de la capitale".

Guy Philippe

"Maintenant il va falloir s’asseoir autour d’une table pour négocier", dit-il, en ajoutant "que ce n’est plus la dialectique des armes mais l’arme de la dialectique qui doit prévaloir".

Les insurgés, dont les forces sont composées en partie d’anciens militaires, réclament la restauration de l’armée dissoute en 1995.

Des membres du Front révolutionnaire de libération haïtien, en patrouille dans les rues de Port-au-Prince, le 29 février 2004

Arrestation d’un partisan de Jean-Bertrand Aristide par des membres du Front révolutionnaire de libération haïtien, à Port-au-Prince, le 29 janvier 2004

M. Philippe qui s’est également dit satisfait de la nomination d’un président par intérim, le président de la Cour de cassation Boniface Alexandre -lequel assume les fonctions de président comme le veut la Constitution-, a précisé ne pas avoir l’intention de s’emparer du pouvoir après le départ de Jean-Bertrand Aristide.

Avec Reuters et AFP

Boniface Alexandre

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