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Le Monde, 17 octobre 2005

Etats-Unis : l’enquête du procureur spécial sur l’affaire Plame menace de plus en plus la Maison Blanche


L’homme le plus influent de la Maison Blanche, Karl Rove, a été une nouvelle fois interrogé, pendant plus de quatre heures, vendredi 14 octobre, à Washington, par le procureur spécial, Patrick Fitzgerald. C’est la quatrième fois que le plus proche conseiller du président, George Bush, est interrogé devant un grand jury -une chambre d’accusation populaire-­ par le procureur, qui doit rendre ses conclusions d’ici à la fin octobre 2005.


M. Fitzgerald enquête, depuis près de deux ans, sur les fuites qui ont abouti à dévoiler l’identité d’un agent secret de la CIA, Valerie Plame, femme de l’ancien ambassadeur Joseph Wilson, l’un des premiers à mettre en cause l’existence d’armes de destruction massive en Irak. Les avocats de M. Rove ont indiqué qu’il n’était pas la "cible" de l’enquête, mais reconnaissent, selon le Washington Post, que le procureur pourrait trouver "des chefs d’accusation dans les deux prochaines semaines".

Au cours de longs mois, le procureur a tissé une toile qui semble s’enrouler autour de la Maison Blanche. Lewis "Scooter" Libby, chef de cabinet du vice-président Dick Cheney, est également dans le collimateur de M. Fitzgerald. Celui-ci a interrogé le président et le vice-président, ainsi qu’une trentaine de personnalités importantes de la Maison Blanche, d’Alberto Gonzales, le ministre de la justice, à Scott McClellan, le porte-parole du président. Il a saisi des données téléphoniques et informatiques de la Maison Blanche et de l’avion présidentiel, Air Force One, et n’a pas hésité à mettre en prison, pendant quatre-vingt-cinq jours, la journaliste du New York Times, Judith Miller, pour la forcer à témoigner sur ses conversations avec "Scooter" Libby. Ce qu’elle a fait à deux reprises depuis sa remise en liberté, le 26 septembre 2005.

M. Fitzgerald a conduit son enquête sans faire la moindre déclaration, refusant de commenter les spéculations qui courent sur ce feuilleton politique, judiciaire et médiatique qui fait trembler la Maison Blanche. Personne ne sait quelles seront les personnes mises en examen ­ s’il y en a ­ et pour quels motifs d’inculpation.

L’affaire commence, le 6 juillet 2003, quand l’ancien ambassadeur Joseph Wilson publie une tribune libre, dans le New York Times, expliquant qu’il n’a pas trouvé de traces d’achats d’uranium par l’Irak, lorsqu’il a été envoyé au Niger par la CIA. Une semaine après, l’éditorialiste conservateur Robert Novak dénonce Joseph Wilson et indique, en citant deux sources gouvernementales, qu’il a été envoyé au Niger par sa femme, Valerie Plame, agent à la CIA, spécialiste des armes de destruction massive.

Le ministère de la justice (rapidement remplacé par un procureur indépendant) et le FBI sont chargés de chercher l’origine des fuites. Aux Etats-Unis, dévoiler l’identité d’un agent secret est un crime fédéral. La Maison Blanche jure alors que toute la lumière sera faite, mais Joseph Wilson pointe du doigt Karl Rove, déjà soupçonné de nombreux "coups tordus" pour décrédibiliser les adversaires de George Bush, qu’ils soient démocrates ou républicains. Le porte-parole de la Maison Blanche, à l’époque, assure que Karl Rove et "Scooter" Libby ne sont pas à l’origine de telles fuites. Les choses sont bien moins claires aujourd’hui. En juillet 2005, le journaliste de Time Matt Cooper, menacé de prison, a révélé que Karl Rove lui avait dit que la femme de Joseph Wilson travaillait à la CIA, sans préciser son nom, peu avant la parution de la chronique de Robert Novak.

Judith Miller a publié, dans le New York Times du dimanche 16 octobre 2005, son compte rendu de ses auditions devant le grand jury, portant sur ses rencontres avec "Scooter" Libby. Elle a confirmé que le premier entretien avait eu lieu deux semaines avant la tribune de Joseph Wilson, ce que ne semblait pas avoir dit M. Libby aux enquêteurs. Selon elle, le rôle de l’ambassadeur et les liens de sa femme avec la CIA ont été évoqués lors de leurs trois conversations. Elle a indiqué que M. Libby ne lui avait pas donné le nom de Mme Wilson mais, sur son carnet, la journaliste a écrit : "Valerie Plame" . Elle ne se souvient pas de qui lui a donné ce renseignement.

Alain SALLES

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