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Le Monde, 20 octobre 2005

Côte d’Ivoire : L’ONU souhaite surveiller l’exploitation du cacao et des diamants

par Philippe BOLOPION


Un panel d’experts de l’ONU recommande un "audit financier international" de la filière cacao et "une enquête sur la production et l’exportation illégale de diamants" en Côte d’Ivoire, afin d’endiguer l’exploitation des ressources naturelles qui alimente le conflit entre le Sud, contrôlé par le président Gbagbo, et la rébellion installée dans le nord du pays.


Le rapport a été rédigé par le Sénégalais Atabou Bodian et par deux autres experts, à la demande du Conseil de sécurité qui souhaitait surveiller l’embargo sur les armes imposé en novembre 2004. Le panel n’a établi aucune violation majeure, mais il relève que l’opacité qui entoure l’exploitation du cacao, des diamants et du coton fournit aux deux camps des revenus illicites qui peuvent servir à l’achat d’armes.

Le gouvernement ivoirien, l’un des plus endettés du monde, a presque doublé, en dix ans, ses dépenses de défense. Elles sont, selon les experts, subventionnées à hauteur de 20 % par le cacao, dont le pays est le premier exportateur mondial. Le cacao permet au pouvoir en place de payer ses soldats et de "disposer de crédits pour ses achats militaires extrabudgétaires". Ce commerce est régi par une nébuleuse d’organismes acquis au président Gbagbo. Dans une moindre mesure, les rebelles des Forces nouvelles profitent eux aussi, à des fins militaires ou personnelles, de l’exploitation du cacao introduit en contrebande au Ghana et au Togo. Ils prélèvent des "droits de transit" le long des routes, grâce à des barrages routiers. Ils tirent également des revenus du bois, de l’or, de la canne à sucre et du café. La production de coton cultivé sur les territoires qu’ils contrôlent serait à 55 % détournée vers le Mali et le Burkina Faso.

Les experts estiment que la "production illégale de diamants constitue une importante source de revenus pour les Forces nouvelles" qui, contrairement à l’armée ivoirienne, ont parfois "fait obstacle" aux enquêteurs. Dans les localités de Séguéla, Bobi et Diarabala, au nord-ouest de la "zone de confiance" qui sépare le Nord rebelle du Sud loyaliste, des milliers de personnes travaillent dans des puits à diamants qui génèrent des millions de dollars. Par le Mali ou la Guinée, ces gemmes peuvent atteindre les marchés internationaux, en violation du "processus de Kimberley" destiné à lutter contre les "diamants de sang" exploités par des groupes armés. "L’ONUCI [Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire] et le secrétariat du "processus de Kimberley" devraient mener une enquête", recommande le rapport.

Les experts ont par ailleurs cherché à vérifier des rumeurs. Ils n’ont rien trouvé qui indiquerait que les milices progouvernementales aient récemment reçu des armes. Selon eux, l’Afrique du Sud n’a rien vendu d’autre au gouvernement ivoirien que du "matériel radio", en 2003. De même, les allégations selon lesquelles des hélicoptères ivoiriens se trouveraient en Guinée ou au Ghana seraient "non fondées". Deux hélicoptères de transport MI-8T "liés à la Côte d’Ivoire" sont bel et bien en cours de montage à Lomé, au Togo. Mais les experts n’ont pas pu prouver qu’ils appartiennent au gouvernement ivoirien. Ils ont rencontré le même problème pour deux avions de chasse Mig-23, dont le Togo a interrompu la réparation en novembre 2004, à la demande de la France.

Plusieurs pays ont cessé la fourniture de matériel militaire à la Côte d’Ivoire. Les autorités biélorusses, bulgares, roumaines, sud-africaines et israéliennes ont coopéré, affirme le rapport, ce qui n’est pas le cas du gouvernement guinéen. A ce stade, les experts estiment que "l’achat d’armes lourdes ou légères ne correspond ni aux nécessités stratégiques ni aux possibilités financières du gouvernement ou des Forces nouvelles". Les protagonistes seraient plutôt à l’affût de camions et de véhicules tout terrain à "double usage" civil et militaire, qu’ils continuent d’importer. Il reviendra au Conseil de sécurité de déterminer s’il s’agit d’un viol de l’embargo, lorsqu’il examinera le rapport qui devrait lui être remis dans les prochains jours.

Philippe BOLOPION

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