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Le Monde, 27 octobre 2005

Côte d’Ivoire : Trois soldats français sont impliqués dans un assassinat

par Laurent ZECCHINI


Les jours passant, la vérité se précise sur les circonstances de la mort controversée d’un "bandit" ivoirien, qui ont entraîné la suspension du général de corps d’armée, Henri Poncet, ancien commandant du dispositif "Licorne" en Côte d’Ivoire.


Ce sont ces "circonstances" qui expliquent a posteriori la gravité de la mesure "conservatoire" prise à l’encontre du général Poncet, et qui pourraient justifier la condamnation pénale des responsables de la mort, dans des conditions barbares , de Firmin Mahé, meurtrier et violeur récidiviste, ainsi que les sanctions disciplinaires frappant les chefs militaires coupables d’avoir "couvert" cet assassinat. Firmin Mahé, dont le passé criminel était bien connu dans cette région de l’ouest de la Côte d’Ivoire, où abondent les "coupeurs de routes" (bandits de grand chemin), a été repéré une première fois, le 13 mai 2005, par un détachement des soldats de "Licorne". Blessé à la jambe, au cours d’un échange de tirs, il a réussi à s’enfuir. Un peu plus tard, le même jour, il est de nouveau repéré, puis appréhendé. Sa blessure incite les soldats français à le conduire au poste de secours de Bangolo, où il reçoit de premiers soins. Là, décision est prise de l’évacuer sur le CHU (centre hospitalier) de la ville de Man. Sa mort se produit lors de ce transfert, qui s’effectue à bord d’un véhicule blindé léger (VBL), où ont pris place trois militaires, deux soldats du rang et un adjudant-chef. L’enquête de commandement ordonnée par le chef d’état-major des armées, le général Henri Bentegeat, indique que Firmin Mahé est mort par étouffement, à l’aide d’un sac plastique. Par la suite, son corps n’a pas été réclamé par sa famille, et il aurait été enseveli dans une fosse commune. La remise des conclusions de ce rapport visant à établir les responsabilités de la chaîne de commandement, a été retardée en raison d’un complément d’enquête demandé par le général Bentegeat. L’état-major des armées veut notamment savoir si un ordre a été donné, implicitement ou explicitement de "liquider" Firmin Mahé, ou si les deux soldats et leur sous-officier ont décidé d’interpréter à leur manière des commentaires entendus sur le côté peu reluisant du personnage.

Ce n’est donc pas avant le milieu de la semaine prochaine que la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, devrait annoncer les sanctions disciplinaires qui pourraient être prises, tant s’agissant des auteurs directs de la mort de Firmin Mahé, que des responsables militaires qui sont réputés avoir sciemment dissimulé les faits. Parmi les seconds figurent le général Poncet, ainsi qu’un autre général, actuellement en poste à l’étranger, qui a été "entendu" par les deux officiers généraux qui dirigent l’enquête, l’amiral Patrick Hebrard et le général Bruno Cuche. Ce deuxième officier, membre du dispositif "Licorne" de l’époque, fait partie des responsables militaires qui "savaient mais qui n’ont rien dit", et qui pourraient être une demi-douzaine.

Il est, d’autre part, probable, que la ministre de la défense prendra la décision de déclassifier les conclusions (classées "confidentiel défense") de l’enquête de commandement, afin de les transmettre à la justice. Elles seront alors couvertes par le secret de l’instruction. La décision qui attend Mme Alliot-Marie n’est pas facile : les sanctions doivent être "justes et proportionnées", souligne un officier, mais aussi "exemplaires".

Le général Poncet est crédité du succès de l’opération d’évacuation des Français de Côte d’Ivoire, en novembre 2004. Plusieurs dizaines d’entre eux se sont manifestés auprès du commandement de "Licorne" pour lui témoigner de leur soutien.

Laurent ZECCHINI

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