retour article original

mardi 21 février 2017
Vous êtes ici Accueil Corruption L’affaire "Pétrole contre nourriture"
AFP, 27 octobre 2005

Corruption : 1,8 milliard de dollars détournés dans "l’affaire pétrole contre nourriture"


Un pipeline saboté par la résistance irakienne, à Al-Riadh, le 15 mars 2005

NEW YORK (AFP) - La commission d’enquête sur le scandale "pétrole contre nourriture", en Irak, a révélé, jeudi 27 octobre 2005, que les manipulations de ce programme de l’ONU par le régime de Saddam Hussein lui ont permis de détourner 1,8 milliard de dollars.

Paul Volcker


Plus de 2200 entreprises se sont prêtées au jeu, sciemment ou non, a affirmé, jeudi 27 octobre 2005, la commission d’enquête indépendante, dans son 5e et dernier rapport. Parmi ces entreprises, issues de plus de 60 pays, beaucoup étaient russes, françaises ou chinoises. Bagdad suivait une politique délibérée de favoritisme envers des pays perçus comme "amis", dans le but d’obtenir la levée des sanctions internationales imposées à l’Irak, explique la commission, dirigée par l’ancien banquier fédéral Paul Volcker. Des sociétés, notamment américaines comme Bayoil, se sont en outre abritées derrière des compagnies prête-nom de pays "acceptables", selon le rapport.

Des installations pétrolières de Bayoil

Parmi les entreprises nommées, figurent quelques géants industriels comme Volvo, Siemens et Daimler-Chrysler. La commission cite aussi des compagnies russes ayant participé aux manipulations, comme Zarubejneft, Alfa Eco, Machinoimport. Toutefois, M. Volcker a souligné devant la presse que "l’identification d’une société dans le rapport ne signifie pas nécessairement que cette société, contrairement à un agent par exemple, a fait, autorisé ou même connaissait l’existence des paiements illicites".

Un téléphone portable Siemens

Le rapport indique que la Banque nationale de Paris (BNP) s’est trouvée "dans une situation de conflit d’intérêts". Tout en étant gérante officielle des comptes séquestres de l’ONU, sur lesquels elle recevait et déboursait les fonds liés au programme, la banque française servait aussi de garante à des entreprises qui participaient au programme.

Une agence de la Banque nationale de Paris

La commission identifie des particuliers de nombreuses nationalités, comme ayant été les bénéficiaires d’allocations illégales de pétrole par l’Irak. Parmi eux, plusieurs Français comme les anciens diplomates Serge Boidevaix et Jean-Bernard Mérimée, tous deux mis en examen en France, l’ex-ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et son conseiller Bernard Guillet, l’homme d’affaires Claude Kaspereit. Sont aussi nommés le député britannique George Galloway, le président de la région italienne de Lombardie, Roberto Formigoni, l’homme d’affaires suisse Alain Bionda et l’homme politique russe Vladimir Jirinovsky.

Jean-Bernard Mérimée

En vigueur de 1996 à 2003, le programme "pétrole contre nourriture" permettait à Bagdad de vendre du pétrole et d’acheter en échange des biens de consommation courante. Il visait à alléger l’impact sur la population irakienne de l’embargo international imposé à l’Irak après l’invasion du Koweit. Le programme a atteint une valeur totale de plus de 100 milliards de dollars (64 milliards pour le pétrole et 39 pour la nourriture). Selon le rapport, l’imposition par Bagdad d’une politique systématique de pots-de-vin et de surfacturations a commencé en 2000, poussant certaines des plus grandes compagnies pétrolières étrangères à se retirer du programme. "C’est alors que d’autres sociétés et des intermédiaires sont entrés en scène et que des sociétés-écrans ont été créées", a dit M. Volcker. "C’est à ce moment que le programme a été corrompu". Mais le rapport souligne aussi que le régime de Saddam Hussein a tiré 11 milliards de dollars de profits illégaux de la contrebande de pétrole à ses frontières, hors du programme onusien.

Saddam Hussein

M. Volcker a affirmé qu’il était désormais du ressort de la justice dans chaque pays de déterminer s’il y a lieu à poursuivre certaines personnes. Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a appelé les Etats membres à prendre des sanctions à l’égard des compagnies ayant versé des pots-de-vin. La Suisse a annoncé avoir ouvert une enquête criminelle pour quatre de ses ressortissants. Washington a estimé que le rapport Volcker montrait le besoin urgent de réformer l’ONU.

Agence France Presse

Kofi Annan

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

Accueil

éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source