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jeudi 27 avril 2017
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Tribune de Genève, 29 octobre 2005

Corruption : Genève en accusation dans l’affaire "Pétrole contre nourriture"

par Elisabeth ECKERT-DUNNING


L’immeuble de la BNP-Paribas, à Genève

La mission permanente d’Irak auprès des Nations Unies. Des succursales de l’UBS et du Credit Suisse. Des sociétés de négoce de pétrole plus ou moins discrètes. Un avocat d’affaires de la place. Et surtout la filiale de droit suisse BNP Paribas : n’en jetez plus. Genève fut bel et bien au centre du programme, devenu scandale onusien, « Pétrole contre nourriture ».

Suisse


Le rapport final de la commission d’enquête indépendante, conduite par l’ex-président de la Réserve fédérale américaine, Paul Volcker, et le professeur bâlois de droit, Mark Pieth, l’atteste. Sa lecture oscille entre celle d’un polar et d’une expertise financière (car, bien évidemment, tout fut fait pour qu’une chatte n’y retrouve pas ses petits).

Paul Volcker

Deux chiffres suffisent à démontrer la place prépondérante de Genève dans cette affaire qui a déjà ébranlé l’ONU et son secrétaire général, Kofi Annan, et qui va, sans nul doute, occuper la justice helvétique durant de longs mois encore. Premier chiffre : sur les 64 milliards de dollars de vente de pétrole par l’Irak, 25 milliards de dollars ont été « traités » à Genève par BNP Paribas (Suisse). Deuxième chiffre : depuis 2000 -date à laquelle Bagdad a imposé une « surtaxe » ou un « racket » de 10 à 30 cents sur chaque baril- à 2002, les 60 % de l’or noir irakien alors vendus ont été achetés par des sociétés de négoces ayant soit leur siège à Genève (comme Vitol), soit des représentations dans la Cité de ­Calvin (Taurus, Glencore et Bayoil). Or, accuse le rapport Volcker, « aucune de ces sociétés de trading n’avait reçu des Nations Unies un accès direct significatif au brut irakien ». N’ayant pas davantage obtenu l’aval indispensable de Bagdad -certaines d’entre elles étant par trop liées à des intérêts américains ou britanniques-, les quatre traders de choc des années 2000 ont dès lors toutes recouru à des sociétés écrans, tantôt italienne, tantôt liechtensteinoise, tantôt enfin malaisienne, comme ce fut le cas de la Genevoise Vitol.

Mark Pieth

En tout, ce sont plus de 800 millions de barils qui furent alors négociés, directement ou indirectement, à ­Genève, entre 2000 et 2002. Tout cela ne prêterait pas trop à discussion si Saddam Hussein et son clan n’avaient pas détourné 1,8 milliard de dollars, par le biais soit d’une dîme spéciale prélevée sur le baril, soit de pots-de-vin réclamés aux entreprises de pharma, d’agroalimentaire ou de biens d’équipements pour pouvoir entrer dans le programme onusien. Or, et même si les quatre sociétés de trading incriminées clament leur innocence, le rapport d’enquête n’y va pas par quatre chemins. Elles auraient toutes sciemment payé la fameuse « surtaxe » exigée par le gouvernement irakien, afin de rester en course et pouvoir continuer à commercer.

Saddam Hussein

Ces versements illicites -qui ne transitaient pas par la banque de dépôt agréée par l’ONU, à savoir le groupe BNP- étaient soit directement remis aux différentes ambassades irakiennes de part le monde, soit transférés, via la Jordanie, à la Banque centrale irakienne contrôlée par Saddam Hussein. La société Glencore est ainsi accusée d’avoir remis une petite enveloppe de 710000 dollars au chef de la mission permanente d’Irak auprès de l’ONU de Genève, au titre de « surtaxe ». L’autre reproche émis par les enquêteurs indépendants s’adresse directement au groupe BNP Paribas, et surtout à sa filiale suisse, sise à Genève : cette dernière aurait, trop souvent, caché le réel acheteur des lots de pétrole irakien à l’Organisation des Nations Unies, pourtant garante de la transparence du programme « Pétrole contre nourriture ». Ce qui, en 2001 déjà, a fait dire à un haut fonctionnaire onusien : « Seule une infime minorité des sociétés connues par nous sont les réels ayants droit du brut ­irakien ».

Elisabeth ECKERT-DUNNING

Vue du Palais des Nations, à Genève

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