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AFP, 2 mars 2004

Vive polémique aux Etats-Unis sur les conditions de départ de Jean-Bertrand Aristide


Jean-Bertrand Aristide, à Bangui, le 1er mars 2004

WASHINGTON (AFP) - L’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide a affirmé, lundi 1er mars 2004, qu’il avait été victime d’un "coup d’Etat" orchestré par Washington, ce que les autorités américaines ont contesté catégoriquement.


Interrogé par téléphone en République Centrafricaine, où il est arrivé lundi matin, M. Aristide a indiqué à CNN à propos de son départ précipité dimanche : "J’appelle ça, encore et encore, un coup d’Etat". "J’appelle ça un coup d’Etat parce que c’est un enlèvement moderne".

Peu avant, lors de trois conférences de presse, la Maison Blanche, le département d’Etat et le Pentagone avaient à l’unisson démenti cette version, tentant de désamorcer une polémique qui survient en pleine campagne pour l’élection présidentielle américaine du 2 novembre 2004.

Soldats français à Port-au-Prince, le 1er mars 2004

Interrogé sur les personnes qui l’avaient "enlevé", M. Aristide a répondu : "C’étaient des Américains et des Haïtiens ensemble agissant pour encercler l’aéroport, ma maison, mon palais". "On m’a dit que je ferais mieux de partir", a ajouté l’ex-président. "Finalement, je me suis rendu compte que c’était vrai, nous allions avoir un bain de sang". "Et quand j’ai demandé combien de gens pourraient être tués, on m’a dit des milliers de gens. Alors ils ont utilisé ce genre de force pour mener un coup d’Etat", a-t-il conclu.

Dans la journée, la représentante démocrate de Californie Maxine Waters avait affirmé qu’Aristide se sentait aujourd’hui en détention. En soulignant qu’elle n’interprétait pas les faits mais les relatait, elle a précisé sur CNN avoir reçu tôt lundi un appel téléphonique de Mildred Aristide, épouse de l’ex-président. Elle m’a dit que "le coup d’Etat était achevé".

Mildred et Jean-Bertrand Aristide, descendant de l’avion, à l’aéroport de Bangui, le 1er mars 2004

La parlementaire a ajouté que l’ancien chef d’Etat haïtien lui avait ensuite dit qu’il "avait été contraint de quitter sa maison", que "s’il ne partait pas, il serait tué, et que beaucoup d’Haïtiens seraient tués".

Maxine Waters

"Ils ont dit que (Guy) Philippe, l’ancien militaire, et d’autres allaient venir à Port-au-Prince et qu’ils viendraient avec des Marines américains", que "beaucoup de gens allaient être tués", qu’il "devait partir maintenant", a-t-elle ajouté, citant Aristide. "Ils sont sous la garde d’officiers français et africains" et l’ex-président se sent "comme en prison", a-t-elle précisé.

Un ami américain de l’ex-président haïtien, Randall Robinson, ancien président d’un institut de recherches sur l’Afrique basé à Washington, Transafrica, a lui aussi confié avoir reçu un appel téléphonique d’Aristide de Bangui, au cours duquel ce dernier lui a affirmé avoir été "enlevé chez lui" à Port-au-Prince "par environ vingt soldats américains en tenue de combat et armés". Aristide m’a dit "dis au monde que c’est un coup d’Etat".

Randall Robinson

Selon la radio française RTL, un homme se présentant comme le concierge de la résidence d’Aristide a affirmé que l’ex-président avait été contraint de partir sous la menace d’armes. "Aristide n’était pas content. Il ne voulait pas qu’on le prenne. Il ne voulait pas partir", a-t-il assuré.

En soulignant qu’Aristide avait remis une lettre de démission avant de quitter son pays, l’administration américaine a parlé d’affabulations.

"C’est absolument n’importe quoi", a déclaré le porte-parole de la présidence américaine Scott McClellan. "Nous avons pris des mesures pour protéger M. Aristide et sa famille lorsqu’ils ont quitté Haïti. C’était sa décision de démissionner, et il a expliqué pourquoi", a-t-il fait valoir.

Scott McClellan

Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a affirmé qu’il ne croyait pas "que cela soit vrai" tandis que son collègue des Affaires étrangères, Colin Powell, rejetait les accusations. "Il n’a pas été enlevé, nous ne l’avons pas forcé à monter dans l’avion", a-t-il assuré.

Aristide a quitté Haïti dimanche à l’aube alors que 24 heures plus tôt, il avait affirmé à ses compatriotes qu’il n’était pas question qu’il démissionne et qu’il serait à son bureau dès lundi.

Agence France Presse

Des agents américains gardent le palais présidentiel, à Port-au-Prince, le 1er mars 2004

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