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Le Monde, 2 novembre 2005

Corruption : Le gouvernement canadien dans la tourmente après la publication d’un rapport sur "le scandale des commandites"


Vue de Québec

Le premier ministre canadien, Paul Martin, a "accepté", mardi 1er novembre 2005, les conclusions d’un rapport très attendu sur un scandale de détournement de fonds, connu sous le nom de "scandale des commandites". Celui-ci remonte aux lendemains du referendum du 30 octobre 1995, par lequel le Québec avait rejeté d’un cheveu la séparation d’avec le Canada.

Canada


Une grande opération de promotion en faveur de l’unité canadienne avait alors était organisée auprès des Québécois tentés par le séparatisme, au cours de laquelle quelque 100 millions de dollars avaient été détournés et s’étaient retrouvés dans les poches d’amis du parti libéral au pouvoir. Selon le juge Gomery, plusieurs agences publicitaires au Québec se vont vues confier des contrats lucratifs par le gouvernement fédéral et ont reversé en toute connaissance de cause une partie de ces fonds à la section québecoise du Parti libéral, qui a ainsi contourné la loi sur le financement des campagnes électorales.

John Gomery

Le rapport du juge John Gomery exonère le premier ministre dans cette affaire, mais attribue une bonne part de responsabilité à son prédécesseur, Jean Chrétien. Selon le rapport, Paul Martin, qui à l’époque des faits était ministre des finances et avait des responsabilités au Québec, n’était pas au courant de ces agissements. "M. Martin (...), tout comme les autres ministres du caucus québecois, peut être exonéré de toute accusation de négligence ou de malversations", estime Gomery. Le juge montre par contre du doigt Jean Chrétien -instigateur du programme-, ainsi que l’ancien ministre des travaux publics, Alfonso Gagliano, plusieurs responsables et hauts fonctionnaires et les dirigeants des agences publicitaires impliquées.

Jean Chrétien

M. Martin a annoncé, lors d’une conférence de presse, qu’il transmettait le rapport à la Gendarmerie Royale du Canada (GRC), "afin que toute action appropriée soit prise". Il a aussi indiqué avoir donné instruction à son parti de rembourser immédiatement la somme de 1,14 million de dollars canadiens (800000 euros) au Trésor public et demandé l’exclusion à vie du parti de dix personnes nommées dans le rapport, au nombre desquelles ne figure pas M. Chrétien. Rappelant qu’il a lui-même mis en place la Commission du juge Gomery, en février 2004, M. Martin a déclaré : "Lorsque j’ai créé cette Commission, je ne savais pas ce qu’on allait découvrir. Mais je savais que notre pays avait besoin que les faits soient établis de façon complète, équitable et indépendante. (...) L’histoire relatée page après page est troublante. Mais c’est une histoire qui devait être racontée, au complet, en détail, et en public. Les Canadiens doivent être capables d’avoir foi dans l’intégrité du gouvernement et dans les personnes qui l’administrent" a-t-il dit. M. Martin a enfin réitéré son engagement de convoquer des élections dans les 30 jours suivant la remise, le 1er février 2006, d’un second rapport du juge Gomery.

Alfonso Gagliano

Mais le gouvernement Martin pourrait tomber bien plus tôt. Dans l’opposition, le Bloc québecois s’est déclaré prêt, dès cette semaine, à présenter une motion de censure contre le gouvernement. "Je suis prêt pour des élections, n’importe quand", a déclaré, mardi 1er novembre 2005, le chef du parti, Gilles Duceppe. De leur côté, les néo-démocrates, ont déclaré qu’ils n’avaient encore pas pris de décision à ce sujet. Leur chef, Jack Layton, a expliqué qu’il prendrait le temps d’abord d’étudier le rapport de Gomery. Le chef de l’opposition conservatrice Stephen Harper a lui estimé que le rapport n’exonérait pas totalement M. Martin et a demandé le départ du gouvernement. Mais il a laissé entendre qu’il ne provoquerait pas d’élections anticipées immédiatement, avant celles prévues au printemps prochain. "Je ne pense pas que les électeurs veulent une élection à Noël, mais je pense qu’il faut faire tomber ce gouvernement", a-t-il dit.

Avec AFP et Reuters

Paul Martin

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