retour article original

mardi 25 juillet 2017
Vous êtes ici Accueil Archives Archives Etats-Unis (7ème partie) : De janvier 2005 à décembre (...)
Le Monde, 3 novembre 2005

Etats-Unis : Le conflit irakien, enjeu de la longue guerre secrète menée contre la CIA par le vice-président et par les faucons de l’administration

par Eric LESER


La toile de fond de l’affaire Valerie Plame, cet agent de la CIA dont l’identité a été dévoilée à la presse par des membres de l’administration américaine, est la guerre menée pendant des années par le vice-président, Dick Cheney, contre l’Agence centrale de renseignement.


Jusqu’en mars 2003, Dick Cheney visait à contraindre la CIA à gonfler l’ampleur des programmes d’armes de destruction massive de Saddam Hussein, afin de justifier l’invasion de l’Irak. L’agence devait à terme porter la responsabilité des erreurs, lorsqu’il fut révélé que les armes n’existaient pas.

Pour Lewis Libby, chef de cabinet du vice-président, les attaques de l’ancien ambassadeur Joseph Wilson (mari de Valerie Plame), dénonçant le 6 juillet 2003, dans le New York Times, l’utilisation par le gouvernement de faux renseignements sur l’achat d’uranium au Niger par l’Irak, portaient la marque de la CIA. L’agence cherchait à se protéger et à se venger. Le fait que Valerie Plame soit un agent de la CIA, et qu’elle ait suggéré, en 2002, d’envoyer son mari au Niger pour vérifier les informations, suffisait aux yeux de Lewis Libby à le prouver. Selon les déclarations de Judith Miller, journaliste au New York Times, au grand jury ­ qui doit prononcer les inculpations dans cette affaire, Lewis Libby était en rage contre la CIA, lui attribuant la responsabilité des erreurs sur les armes de destruction massive irakiennes et des déclarations inexactes de George Bush.

Dick Cheney est un adversaire historique de la CIA. Secrétaire à la défense dans l’administration de George Bush père et vice-président depuis 2001, il n’a eu de cesse de dénoncer les échecs et les insuffisances de l’agence. Ses critiques ont commencé à la fin des années 1980, quand la CIA a été incapable de prévoir la disparition de l’URSS (fin 1991). Au moment où Saddam Hussein envahit le Koweït, en août 1990, M. Cheney, alors ministre de la Défense, constate avec stupéfaction le peu d’informations que détiennent les Etats-Unis sur l’arsenal irakien. Lewis Libby, qui travaillait déjà avec lui, reçoit alors pour mission d’enquêter sur les capacités biologiques de l’armée irakienne.

Juste après l’investiture de George W. Bush, en 2001, M. Cheney fait immédiatement de la vice-présidence une place forte en matière de renseignement, un conseil national de sécurité parallèle. M. Cheney ne recevait pas seulement des rapports quotidiens de la CIA, mais assistait à presque toutes les réunions concernant la sécurité nationale où se trouvait le président. Lors de la préparation de l’invasion de l’Irak, Dick Cheney s’est rendu des dizaines de fois au quartier général de la CIA à Langley (Virginie). Aucun vice-président n’avait fait cela auparavant. Il posait toujours les mêmes questions aux experts sur les armes de destruction massive et les liens entre Saddam Hussein et Al-Qaida, espérant, quand les réponses ne lui convenaient pas, finir par en obtenir d’autres. "Il n’y a aucun doute sur le fait que Saddam a maintenant des armes de destruction massive. Il n’y a aucun doute qu’ils les amassent pour les utiliser contre nos amis, contre nos alliés et contre nous", déclarait ainsi Dick Cheney, en août 2002, à des vétérans de la guerre de Corée.

Dans son combat contre la CIA, le vice-président avait des alliés puissants, dont Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense, et son adjoint d’alors, Paul Wolfowitz, eux aussi adversaires de longue date de l’agence. Paul Wolfowitz appartenait à la fameuse "équipe B" créée dans les années 1970 par George Bush père quand il dirigeait la CIA pour contrôler le travail d’experts jugés "trop mous" sur l’URSS. Les rapports alarmistes de "l’équipe B" ont été à l’origine du programme de réarmement et de guerre des étoiles du président Ronald Reagan.

Pour sa part, Donald Rumsfeld dirigeait, en 1998, une commission du Congrès sur les "Etats voyous". Elle avait conclu que la CIA était incapable d’obtenir des informations sur ces nouvelles menaces. Au lendemain du 11 septembre 2001, le Pentagone a créé le Bureau des plans spéciaux (Office of Special Plans). Cette officine, placée sous l’autorité directe de M. Wolfowitz, et gérée par le sous-secrétaire à la défense, Douglas Feith, devait analyser le matériel fourni par la CIA et les renseignements militaires et apporter ses propres conclusions à la Maison Blanche. Travaillant à partir des témoignages d’exilés proches du Congrès national irakien et de son président, Ahmed Chalabi, le bureau avait gonflé la menace des armes de destruction massive irakiennes. Depuis, il a été fermé.

A partir de l’été 2003, quand les soldats américains en Irak n’ont pas trouvé la moindre preuve de programmes récents d’armes de destruction massive, l’administration a commencé à prendre peur. La CIA allait révéler les pressions subies. Les attaques de Joseph Wilson étaient un début. Il fallait alors à tout prix détruire sa crédibilité et décourager d’autres dénonciations.

Eric LESER

Si vous souhaitez soutenir l’activité du site web interet-general.info, vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Banque cantonale de Genève No Z 3267.34.01 Clearing bancaire (CB) : 788 IBAN CH48 0078 8001 Z326 7340 1

Compte de chèque postal : 12-1-2

Veuillez libeller les chèques au nom de : interet-general.info

AUTEURS 

  • Eric LESER

  • Accueil

    éditeur : Frank Brunner | ouverture : 11 novembre 2000 | reproduction autorisée en citant la source