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dimanche 23 juillet 2017
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AP, 2 mars 2004

Guy Philippe devient commandant des forces haïtiennes

Suivi d’un commentaire


Guy Philippe, entouré des libérateurs d’Haïti, durant une manifestation, à Port-au-Prince, le 2 mars 2004

PORT-AU-PRINCE (AP) - Après le tumulte lié au départ précipité de Jean-Bertrand Aristide, un calme précaire régnait, mardi 2 mars 2004, à Port-au-Prince, où les rebelles victorieux du "Front de libération" s’apprêtaient à mener des patrouilles malgré la présence encore discrète de troupes américaines et françaises.

Dans ce contexte, Guy Philippe, l’ancien policier devenu leader des rebelles, s’est présenté comme le nouveau "chef militaire" en Haïti.


Dans un entretien téléphonique avec l’Associated Press, il a annoncé son intention d’arrêter prochainement le Premier ministre Yvon Neptune pour corruption. On ignorait dans l’immédiat le sort du chef du gouvernement, qui pourrait bénéficier de la protection de militaires français.

Yvon Neptune

Apparaissant au balcon de l’ancien quartier général de l’armée, Guy Philippe a été salué par des centaines de personnes enthousiastes l’appelant à "arrêter Neptune".

Peu auparavant, au cours d’une conférence de presse, il avait laissé entendre qu’il ne prévoyait pas de contribuer à l’installation d’un nouveau régime militaire. "La politique ne m’intéresse pas. Le président (Boniface Alexandre, ex-président de la Cour suprême, nommé dimanche président par intérim) est le président légal, et nous suivons ses ordres", a-t-il dit, entouré de dirigeants de la police et d’autres chefs rebelles.

Boniface Alexandre

A la question de savoir si ses hommes désarmeraient si on le leur demandait, le chef de la rébellion armée, ancien commandant des forces de police de Delmas, à Port-au-Prince, a déclaré : "Nous le ferons".

Circonspect, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a averti, dès lundi 1er mars, que Washington n’accepterait pas que des chefs rebelles participent au nouveau gouvernement haïtien, évoquant "des individus que nous ne souhaitons pas voir réintégrer la société civile en Haïti en raison de leur passé".

Colin Powell

De son côté, Amnesty International a appelé la force internationale de sécurité en voie de formation à arrêter deux leaders de la rébellion, Louis-Jodel Chamblain et Jean Tatoune, tous deux convaincus d’assassinats.

Louis-Jodel Chamblain, assis sur le toit d’un véhicule, le 29 février 2004, au moment de l’annonce du départ de Jean-Bertrand Aristide. Amnesty International a diffusé un communiqué demandant aux troupes d’occupation internationales d’arrêter Louis-Jodel Chamblain et Jean-Pierre Baptiste, alias "Jean Tatoune". Mais ce communiqué s’abstient curieusement de réclamer l’arrestation de Jean-Bertrand Aristide...

Cet appel n’a pas empêché Chamblain, ancien chef d’un escadron de la mort sous la dictature militaire, d’annoncer de prochaines patrouilles des forces rebelles dans la capitale, particulièrement à Cité Soleil, un bidonville du front de mer considéré comme le fief des fidèles d’Aristide.

Après trois semaines d’une insurrection qui a fait une centaine de morts, sans compter les règlements de compte qui ont suivi la fuite du président, le corps d’un adolescent gisait mardi au milieu des débris d’une barricade érigée par des partisans d’Aristide. Selon des habitants de la capitale, il aurait été surpris en train de piller.

Parallèlement, l’ex-président haïtien, qui soutient avoir été enlevé par les forces américaines, ce que dément Washington, restait hébergé dans la résidence officielle du président centrafricain François Bozizé, à Bangui. Mais sa présence fait naître des inquiétudes diplomatiques chez ses hôtes. Une rencontre était prévue mardi avec des ministres pour envisager au plus vite la prochaine étape de son exil.

Jean-Bertrand Aristide : dictateur en fuite, recherché pour assassinats en séries et pillage de la population haïtienne

Depuis Paris, la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a assuré que M. Aristide ne se trouvait "sûrement pas" sous la surveillance des soldats français à Bangui. "Il y a des militaires français en Centrafrique depuis plusieurs mois", mais leur mission "n’a rien à voir avec la présence du président Aristide", a-t-elle affirmé. "Ils n’ont en rien de mission ni de protection ni de sécurisation."

Michèle Aliot-Marie

Sur le plan politique, Guy Philippe devait poursuivre ses négociations avec la Plateforme démocratique, coalition d’opposition dont les membres ont catégoriquement refusé de discuter avec des rebelles connus pour leurs violations des droits humains.

De leur côté, les militaires étrangers continuent d’arriver à Port-au-Prince, leur mission consistant pour l’heure à effectuer des missions localisées de sécurisation, à protéger les ressortissants de leur pays et à préparer l’arrivée d’autres troupes. "Nous ne sommes pas une force de police", a tenu à préciser le colonel américain Dave Berger, chef d’une unité de marines.

Tandis que le Chili annonçait le départ mercredi de 120 hommes de ses forces spéciales, sur les 300 prévus, les quelque 200 marines américains et 140 soldats français du 33e RIMa de Martinique déjà sur le terrain attendaient des renforts dans la journée de mardi.

Des soldats français déchargent un Transall C-160, à l’aéroport de Port-au-Prince, le 1er mars 2004

Malgré la rédaction d’un plan de sortie de crise incluant le parti Lavalas jusqu’alors au pouvoir, l’opposition démocratique et la communauté internationale, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan n’a pas caché mardi que la stabilisation de Haïti pourrait prendre plusieurs années.

"Je crois que ce que nous devons faire à présent, c’est venir en aide au peuple", a-t-il déclaré, invitant la communauté internationale à consentir un "effort sur le long terme" en Haïti. "Nous devons placer le peuple au centre de tout ce que nous essayons de faire pour l’aider à construire un avenir meilleur."

Associated Press

Kofi Annan

Commentaire

Si le gouvernement des Etats-Unis ne renonce pas à son attitude arrogante à l’égard des divers peuples de la planète, c’est le monde entier qui risque bien d’entrer en insurrection contre lui.

Ce qui ressort de manière évidente, à Haïti, c’est que le gouvernement des Etats-Unis commence par expédier ses troupes en prétendant qu’elles ne viennent que pour une brève période, soi-disant dans le but de "rendre service à la population", alors qu’en réalité il s’agit de troupes d’occupation destinées à imposer les quatre volontés de Wall Street au pays occupé.

Une fois les troupes sur place, leur comportement odieux suscite la révolte de la population locale, et la révolte qu’elles suscitent sert de prétexte pour poursuivre indéfiniment l’occupation prétendument "pacificatrice" du pays.

Les peuples du monde n’ont pas à tolérer la politique d’intimidation et d’agressions continuelles d’un Etat qui apparaît toujours davantage comme le principal oppresseur de l’humanité.

Frank BRUNNER

Troupes d’occupation américaines à Port-au-Prince, le 1er mars 2004

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