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24 heures.ch, 17 novembre 2005

Italie : Le marché de l’art et les pillards

par Dominique DUNGLAS


Vue du musée J. Paul Getty, à Malibu, aux Etats-Unis

Figure importante du sérail des grands conservateurs de musée, Marion True est jugée par le tribunal de Rome pour « association de malfaiteurs et recel ». Cette Américaine de 56 ans, responsable jusqu’il y a quelques semaines du département antiquités du Getty Museum de Malibu, est accusée d’avoir acheté des dizaines de statues, vases, bas-reliefs ou autres objets d’art romain, grec ou étrusque à des trafiquants italiens. La majorité de ces œuvres ont été volées ou proviennent de fouilles sauvages exécutées par des gangs spécialisés dans les nécropoles antiques de la Péninsule et exportées illégalement du pays.

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L’enquête a débuté, en 1995, avec la découverte, par la police fédérale suisse, d’un entrepôt du port franc de Genève contenant 3800 pièces d’antiquités en provenance d’Italie et sans certificat d’origine. L’entrepôt était loué par la société Edition Service appartenant à Giacomo Medici, un expert d’art italien. Une documentation trouvée sur place a permis d’établir que depuis de nombreuses années Edition Service mettait en vente ces pièces volées chez Sotheby’s... et les rachetait elle-même sous une fausse identité. En répétant l’opération plusieurs fois, les trafiquants créaient ainsi une documentation qui semblait légitime et les objets arrivaient sur le marché régulier à un prix élevé. En d’autres occasions, les œuvres étaient directement vendues à des musées comme le Getty Museum, le Metropolitan de New York, le Ny Carlsberg Gliptoteke de Copenhague ou à des collectionneurs privés. En décembre 2004, Giacomo Medici a été condamné à dix ans de réclusion.

Une oeuvre exposée au musée J. Paul Getty, à Malibu

Mais l’inculpation de Marion True est d’autant plus étonnante qu’elle était le paladin d’une déontologie rigoureuse en matière de commerce d’art. Le dossier d’accusation est pourtant édifiant. Sur les 104 pièces principales du département antiquités du Getty Museum, appelées « les chefs-d’œuvre de la collection », 54 ont été achetées à des trafiquants. Parmi eux, une statue d’Apollon d’une valeur de 2,3 millions de dollars, une Aphrodite grecque découverte en Sicile et achetée 18 millions de dollars, une urne funéraire étrusque en or, un plat grec orné de scènes de l’Iliade. Selon une enquête interne de la Fondation Getty, c’est la moitié des centaines de pièces stockées dans les réserves du musée qui ont été achetées sans certificat de provenance. Le Getty Museum peut difficilement arguer de sa bonne foi. Dans une note de 1987, retrouvée par les enquêteurs, le directeur, John Walsh, affirmait : « Nous achetons des œuvres en sachant qu’elles ont été volées et nous traitons directement avec les trafiquants. »

Une oeuvre exposée au musée J. Paul Getty, à Malibu

Dans un geste de bonne volonté, le Getty Museum a restitué au gouvernement italien un vase datant de 340 avant J.-C., un candélabre étrusque en bronze et une stèle funéraire en pierre du 6e siècle avant J.-C. Cela ne suffira pourtant pas à satisfaire Rome. Car non seulement l’Italie refuse de voir s’évanouir son patrimoine culturel, mais les autorités ont décidé de récupérer les chefs-d’œuvre acquis illégalement par les musées. Et l’exemple italien a donné des idées aux gouvernements grec, mexicain et égyptien dont les trésors sont eux aussi exposés aux quatre coins du monde. Un cauchemar pour tous les conservateurs.

Dominique DUNGLAS

Une oeuvre exposée au musée J. Paul Getty, à Malibu

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