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vendredi 23 juin 2017
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Tribune de Genève, 18 novembre 2005

Corruption : Nouvel exemple du système mafieux genevois

Suivi d’un commentaire

par Catherine FOCAS


Vue de Genève

L’architecte « ripou » de la Ville de Genève comparaît, depuis le 17 novembre 2005, devant la Cour correctionnelle. « Pour obtenir des mandats, il fallait lui téléphoner en disant qu’on avait un petit devis pour lui », explique un témoin, peintre en bâtiments. Le petit devis, c’était en réalité une enveloppe bien garnie. « Et ça marchait ? » demande la présidente. « Et comment ! » De 1998 à 2003, cet homme a ainsi travaillé presque exclusivement pour la Ville de Genève. En contrepartie, il a remis quelque 60000 francs à l’architecte du Service des bâtiments.

Suisse


Il n’était sans doute pas le seul, mais sur la vingtaine d’entrepreneurs interrogés par la police, un menuisier seulement a admis avoir également versé des pots-de-vin au prévenu. Après avoir dénoncé les méthodes de G., le peintre en bâtiment a ressenti une vive hostilité dans le milieu du bâtiment. Des regards, des menaces voilées : « Aujourd’hui encore, personne ne m’adresse plus la parole. » Selon son fils, il a été traité comme un criminel et un traître : « Il a fait exploser un système qui fonctionnait bien. Il était dans la combine, puis il en est sorti. Certains entrepreneurs l’ont remercié de son geste, d’autres ne lui parlent plus. » La famille a vécu une période très difficile.

Vue du chantier du stade de Genève

La présidente demande au prévenu si tout ceci lui pose un problème moral. « Je n’aurais pas dû accepter des enveloppes, répond G. Mais si ce peintre a pris l’initiative de me les donner, il est un peu tard pour pleurer maintenant... » L’architecte -jugé pour escroquerie, gestion déloyale des intérêts publics, faux dans les titres et corruption passive- avait également créé une société (CFS Services) qui, selon le Parquet, était totalement fictive. Elle a néanmoins fonctionné, de 1990 à 1997. Les travaux étaient facturés à la Ville. Par ce biais, G. a empoché un million et demi de francs. Lui-même assure que CFS n’était pas une fiction et que des travaux ont bel et bien été effectués. La police et les analystes financiers n’ont pourtant trouvé aucune preuve de son existence. Selon l’avocat de la défense, Me Daniel Vouilloz, c’est parce qu’ils ont mal cherché.

Vue du Palais de justice de Genève

Comment de tels dysfonctionnements ont-ils été possibles durant tant d’années (1990 à 2003) ? Nils de Dardel, directeur du Département municipal de l’aménagement, des constructions et de la voirie, ainsi que l’un des supérieurs hiérarchiques de G. à l’époque, expliquent que le système était basé sur la confiance. Qu’il était impossible de contrôler le bien fondé de chaque facture (une centaine par jour pour le Service des bâtiments).

Nils de Dardel

Depuis cette affaire pourtant, le fonctionnement a changé : chaque entreprise travaillant pour la Ville fait l’objet d’un contrôle auprès du registre du commerce. Chaque immeuble de la municipalité (elle en compte 800) aura bientôt son propre budget et sa propre comptabilité, ce qui permettra de déterminer clairement les travaux nécessaires et de percevoir plus rapidement les dysfonctionnements (notamment les travaux facturés plusieurs fois).

Catherine FOCAS

Vue de Genève

Commentaire

On relèvera que le système de corruption évoqué dans l’article qu’on vient de lire impliquait un grand nombre d’entrepreneurs, qu’il a fonctionné impunément durant une dizaine d’années et qu’il s’agissait donc d’un secret de Polichinelle au sein du milieu du bâtiment genevois. Dès lors, il n’est nullement vraisemblable que les politiciens responsables n’aient pas été informés. En effet, plusieurs élus du Conseil municipal genevois et du parlement cantonal sont eux-mêmes entrepreneurs. Tous comptent sur des commandes de la ville et du canton de Genève. Par ailleurs, tous les élus ont l’habitude de pratiquer l’omerta devant les malversations des uns et des autres. Ils se tiennent réciproquement par la barbichette. Afin de "justifier" leur attitude de complicité, ils invoquent "la présomption d’innocence", comme si cette présomption d’innocence interdisait d’enquêter. La vérité est qu’ils ne veulent pas savoir.

Vue de Genève

Un autre fait significatif, caractéristique du système mafieux genevois, est que celui qui dénonce les malversations devient aussitôt un paria, l’ennemi public No 1. Cela démontre que les ripoux ne sont nullement des "moutons noirs". Le milieu politique genevois est un milieu de ripoux.

Frank BRUNNER

Vue de Genève

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