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lundi 20 février 2017
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Le Temps, 21 novembre 2005

Etats-Unis : George Walker Bush a perdu la maîtrise du débat sur l’Irak


Les partisans du retrait des troupes obligent le Parti républicain à des manœuvres défensives au Congrès, où le combat devient féroce. Trouver la sortie : malade d’Irak, c’est ce que tout le pays veut. Des sondés anonymes jusqu’aux élus du Congrès, les Américains demandent à la Maison-Blanche quelle est sa stratégie pour retirer -vite, à terme- les troupes sans que se produise en Mésopotamie un désastre encore plus grand.


L’obsession irakienne dominait à nouveau la conférence de presse que George Bush a tenue, dimanche 20 novembre 2005, à Pékin. Les questions fusaient à propos du débat féroce sur la guerre qui vient d’avoir lieu au Sénat et à la Chambre des représentants. Le président était sur une sorte de petite scène, avec le Palais impérial pour décor. Après sa dernière réponse, il a voulu sortir par une porte qui a refusé obstinément de s’ouvrir. Cruel théâtre de l’impuissance. Après sa virée asiatique, George Bush va rentrer aux Etats-Unis pour le long congé de Thanksgiving. Le répit sera de courte durée. Et il n’y aura pas beaucoup d’insouciance autour de la dinde familiale.

Chaque matin amène sa brassée de mauvaises nouvelles : morts, massacres. Et c’est pendant que le président voyageait au loin que la digue de la résilience face à l’épreuve a sauté, et qu’il a perdu la maîtrise du débat sur la guerre. Le Congrès, sauf quand il s’agissait de voter des crédits pour l’armée et la reconstruction, n’avait pas eu de vrai débat sur l’Irak depuis l’automne 2002. Mais depuis une semaine, son ordre du jour a été inondé par le conflit, au point que le travail parlementaire en est paralysé.

Dans la nuit de vendredi 18 novembre à samedi 19 novembre 2005, la Chambre des représentants a rejeté, à une écrasante majorité (403 voix contre 3), une résolution demandant le retrait immédiat des troupes d’Irak. Cette quasi-unanimité, contre une proposition extrême, n’est pas surprenante. Elle cache pourtant un immense désarroi. Car la résolution n’avait pas été avancée par un pacifiste ultra, mais par les républicains eux-mêmes. Le parti au pouvoir, qui contrôle les deux chambres, voulait ainsi rétablir le silence dans les rangs. Sauf trois marginaux, aucun démocrate ne pouvait donner sa voix à un texte de provocation.

Au Sénat, la position des républicains -majoritaires- est encore plus inconfortable, car une partie des troupes commence à entrer en dissidence. Pour neutraliser un texte démocrate qui aurait imposé à la Maison-Blanche de fixer un calendrier de retrait de l’armée d’Irak, ils ont dû négocier une version amendée, qui a été adoptée : elle demande quand même à l’exécutif de faire de 2006 l’année de la transition en Irak, du transfert de la sécurité aux fragiles forces irakiennes, donc de la diminution des effectifs américains.

Au Capitole, le coup le plus dur contre la forteresse républicaine a été porté par un représentant de Pennsylvanie, John Murtha. Ancien officier des Marines, ce démocrate est un faucon, allié solide de l’armée. Soudain, au bord des larmes, il a craqué, ce qui en dit long sur ce que lui confient ses amis en uniforme. La seule présence de l’armée en Irak, dit John Murtha, alimente l’insurrection ; il faut la retirer, le plus rapidement possible. Cette sortie a provoqué une réaction violente des républicains. Un élu est venu lire à la tribune le message d’Irak d’un officier des Marines qui traite le démocrate de lâche. La Maison-Blanche a fulminé. John Murtha a été accusé de trafiquer les faits en laissant croire aux Américains que tous les Irakiens, Kurdes et Chiites compris, sont entrés en résistance. George Bush, de Pékin, a calmé les troupes républicaines en affirmant que tout le monde devait se sentir libre de donner son opinion sur l’Irak, et que John Murtha est un « homme honnête ».

Mais les idéologues qui ont travaillé le plus à l’élimination du régime de Saddam Hussein ne vont pas se taire. Dans sa livraison de lundi 21 novembre 2005, le Weekly Standard traite d’irresponsables les avocats d’un retrait d’Irak avant la stabilisation du pays. « La meilleure manière de mettre fin à une guerre, dit l’hebdo « néocon », en citant George Orwell, c’est de la perdre. » Et la défaite aurait des conséquences dévastatrices : l’Irak, ou une portion de l’Irak, deviendrait une base d’action extrémiste menaçant toute la région.

Entre le parti de l’intransigeance et les partisans du repli, l’armée, sans vraiment le dire, travaille à des plans de désengagement. L’objectif est d’aboutir, avant l’automne 2006, à un effectif inférieur à 100000 hommes ; cela correspond d’ailleurs aux projets de réduction britannique, coréen, italien. En même temps, le Pentagone infléchit le mode d’engagement des troupes. Le New York Times annonce la publication d’une ordonnance nouvelle sur les « opérations de stabilité », dans lesquelles la part proprement militaire de l’action sera réduite.

Alain CAMPIOTTI

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