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Le Monde, 4 décembre 2005

Côte d’Ivoire : Le général Henri Poncet conteste être l’instigateur de l’assassinat de Firmin Mahé

par Laurent ZECCHINI


Le juge du tribunal aux armées, Brigitte Raynaud, va devoir faire émerger la vérité dans la cascade d’accusations que se portent, par avocats interposés, les militaires impliqués à des degrés divers dans l’affaire Mahé-Poncet.


Que Firmin Mahé, "coupeur de routes" ayant à son actif divers meurtres et viols, ait été tué, le 13 mai dernier, par des soldats français de l’opération "Licorne" (qui l’ont étouffé à l’aide d’un sac en plastique), personne n’en doute, encore que son corps n’ait pas été retrouvé. La question centrale est de savoir si un ordre a été donné d’éliminer Firmin Mahé, et par qui ? Me Jacques Trémolet de Villers, conseil de l’adjudant-chef Guy Raugel -qui a reconnu avoir tué Firmin Mahé avec l’aide du brigadier-chef Johannes Schnier, dans le véhicule blindé qui transportait le blessé vers l’hôpital de la ville de Man-, est formel : "C’est le colonel Burgaud (chef de corps du 13e bataillon de chasseurs alpins) qui a donné cet ordre. Raugel a demandé confirmation du fait que Mahé ne devait pas arriver vivant, et le colonel a répondu : "Vous m’avez bien compris." Puis, lors d’une troisième conversation, le colonel a même précisé : "Il peut aussi s’évader et recevoir une balle dans la tête", souligne l’avocat.

Lors de son audition par la brigade criminelle, il a été demandé au colonel Burgaud si sa "hiérarchie" lui a "soufflé" de faire en sorte que le blessé n’arrive pas vivant à Man. L’intéressé à répondu : "J’ai pris contact téléphonique avec le (...) général Poncet (Henri Poncet, ancien patron du dispositif "Licorne" en Côte d’Ivoire) pour l’informer des faits et obtenir des instructions. Le général m’a alors dit : "Vous le remontez à Man. Vous roulez doucement, vous comprenez." Je n’ai pas fait de commentaire à cela." Et de préciser : "J’ai en fait compris la même chose que tout le monde, c’est-à-dire que l’idéal serait que Mahé arrive mort à Man." Pour Me Alexis Gublin, avocat du colonel, la phrase incriminée signifie simplement "qu’il ne fallait pas faire de zèle particulier en lui apportant tous les soins nécessaires" et que, "s’il ne survivait pas, ce ne serait pas tragique". C’est cette vague consigne que le colonel Burgaud aurait retransmise à l’adjudant-chef Raugel. S’agissait-il d’un ordre implicite de tuer ? Pas du tout, insiste l’avocat du colonel : "La meilleure preuve, c’est que le colonel a téléphoné au médecin-chef de l’hôpital de Man pour le prévenir qu’il allait recevoir un blessé." "En tout état de cause, il pourrait s’agir, au pire, d’une "omission de porter secours", mais pas d’un homicide", ajoute-t-il.

Quant à l’avocat du général Poncet, Me Jean-René Farthouat, il est catégorique : "Le général dément formellement avoir donné un ordre implicite ou explicite d’éliminer Mahé. Quand il a appris ce qui s’était passé, par solidarité d’armes, il a décidé de couvrir ses subordonnés." Le général Poncet n’a pas encore été convoqué par le juge Raynaud, mais son avocat s’attend à ce qu’il le soit prochainement.

Laurent ZECCHINI

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