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AP, 15 décembre 2005

Irak : Les députées sortantes doivent défendre leur modeste bilan féministe


BAGDAD (AP) - Mariam Al-Rayes se souvient encore des mots d’un camarade sceptique en cours de droit : "tu ne peux pas travailler comme avocat parce que les gens ne font pas confiance aux femmes".


Devenue avocate, Mariam Al-Rayes fait partie des quelque 90 Irakiennes élues, en janvier, à l’assemblée provisoire. Elle espère à présent conserver son siège après les élections législatives de jeudi 15 décembre 2005, mais doit encore lutter contre les préjugés et les critiques. Certaines militantes des droits de la femme reprochent à leurs consoeurs de ne pas avoir su profiter de leur présence au sein du Parlement, dominé par une coalition de partis chiites, l’Alliance irakienne unifiée. D’autres vont plus loin, les accusant d’avoir approuvé une constitution qui sape les droits des femmes.

Le débat souligne le fossé profond qui subsiste dans la société irakienne sur le rôle de la femme et de l’islam, ainsi que sur l’autorisation de certaines pratiques comme la polygamie. Certaines femmes elles-mêmes n’acceptent pas la notion d’égalité entre les sexes. La nouvelle constitution prévoit des droits pour tous les citoyens, comme le droit de vote, de propriété ou d’intenter un procès. Mais elle précise également que l’islam est l’un des fondements, et non le seul, de la loi irakienne. Le texte souligne que les questions du divorce, du mariage et de la succession dépendent de la religion des protagonistes. Ce qui autorise les hommes musulmans à prendre jusqu’à quatre femmes, même si cette pratique n’est pas aussi répandue en Irak que dans d’autres pays musulmans.

Pour Mariam Al-Rayes, le simple fait que des femmes aient pu être élues au Parlement est en soi un exploit. Mais il doit beaucoup au système de quotas qui garantit qu’au moins 25 % des 275 sièges du Parlement soient attribués aux femmes. "Certains pensent encore que les femmes ont injustement récupéré des sièges qui revenaient aux hommes", constate-t-elle. "Ces femmes vont beaucoup apprendre simplement par leur présence. Les hommes ne sont pas nés experts en politique". Selon elle, les députées ont plusieurs victoires à leur actif. Elles ont ainsi réussi à inclure dans la constitution un article qui autorise les mères irakiennes à transmettre leur nationalité à leurs enfants, même si le père est étranger. Elles ont également pris part à la plupart des commissions. Mariam Al-Rayes a elle-même participé au groupe chargé d’élaborer le texte fondateur.

Mais Yanar Mohammed, militante des droits des femmes, observe que, pour respecter les quotas, certains partis politiques se sont contentés de remplir leurs listes avec des noms de femmes n’ayant aucun engagement politique. Des "alibis" qui se contentent d’approuver les décisions de leur mouvement. La militante, qui a reçu des menaces de mort pour ses plaidoiries en faveur de la laïcité, regrette que les députées aient approuvé une constitution qui restreint les droits des femmes. "Une constitution basée sur une loi religieuse qui accorde aux hommes le droit d’épouser quatre femmes est une constitution contre les femmes", dénonce-t-elle. "Tous les acquis obtenus par les femmes depuis les années 1950 ont été balayés".

Sous le régime de Saddam Hussein, les Irakiennes se vantaient d’avoir davantage de droits que les autres femmes du Moyen-Orient. Faux, répond Jenan Al-Oubeidi, une membre de l’Alliance irakienne unifiée qui porte la forme la plus conservatrice du foulard islamique. Elle observe que les femmes étaient aussi opprimées que les autres Irakiens sous le régime de l’ancien raïs. "C’est vrai, la constitution dit qu’aucune loi contraire aux enseignements de l’islam ne peut être adoptée, mais elle dit également qu’aucune loi contraire aux principes de la démocratie ne peut être approuvée", poursuit cette musulmane très pieuse. "Toute loi qui porte atteinte aux femmes ne sera pas adoptée".

Associated Press

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