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Le Monde, 18 décembre 2005

Irak : Le secteur pétrolier est un enjeu majeur pour le prochain gouvernement

par Marc ROCHE


Les élections sont cruciales pour l’avenir du secteur pétrolier irakien. Le gouvernement issu des urnes détiendra la légitimité nécessaire pour s’atteler à deux chantiers prioritaires : la promulgation d’une loi énergétique et la création d’une compagnie nationale des hydrocarbures partiellement autonome". A écouter Ruba Husairi, analyste de la revue spécialisée Energy Intelligence Group, tel est l’enjeu énergétique du scrutin du 15 décembre dans un pays dont les réserves d’or noir sont estimées à 112 milliards de barils, soit 11 % des réserves mondiales.


La promulgation d’une réglementation pétrolière devra permettre au nouveau pouvoir de négocier avec les compagnies pétrolières internationales pour tenter de sortir le secteur de l’ornière. La première tâche de la nouvelle équipe dirigeante, en effet, sera de relancer une production de brut qui est tombée en novembre à 1,6 million de barils (dont 1,24 million ont été exportés) contre plus de 2 millions avant la guerre de 2003. L’extraction a été arrêtée, au nord, en raison des sabotages. Au sud, le mauvais entretien des puits, l’absence de compteurs et le piètre état de l’infrastructure pénalisent l’exploitation.

Les projets de développement en amont du secteur pétrolier ont été mis en veilleuse après la chute du dictateur, en attendant la sécurisation du pays. Les contrats signés par l’ancien régime avec des groupes russes, chinois, syriens et français ont été déclarés nuls et non avenus. Les seules compagnies étrangères qui, à ce jour, se sont aventurées dans l’ancienne Mésopotamie sont le parapétrolier américain Halliburton et de petites sociétés de maintenance.

Copiée sur l’Aramco saoudienne, l’Abnoc des Emirats ou la KPC koweïtienne, une compagnie pétrolière d’Etat devrait voir le jour après le scrutin. Cette structure doit remplacer l’organisation actuelle, héritée du régime de Sadam Hussein, éclatée entre une multitude de sociétés. Dans ses négociations avec les majors, le nouveau ministre du pétrole devra avancer à pas comptés.

Dans un rapport, publié le 22 novembre 2005, l’organisation non gouvernementale (ONG) britannique Platform a accusé Washington et Londres d’aider leurs compagnies pétrolières respectives à mettre la main sur le sous-sol irakien. "Avec l’implication active des gouvernements américain et britannique, un groupe de puissants hommes politiques et technocrates irakiens est actuellement en train de faire pression pour parvenir à un système de contrats à long terme avec des compagnies pétrolières étrangères, contrats qui seront hors d’atteinte pour les tribunaux irakiens, sans aucun contrôle démocratique", affirme le document. Les personnalités irakiennes en question sont le vice-premier ministre sortant, Ahmed Chalabi, récemment revenu en grâce à Washington, président du nouveau conseil supérieur de la politique énergétique, et l’ancien ministre des pétroles, Ibrahim Bahr Al-Ouloum. Ces deux politiciens chiites mènent chacun leur propre liste de candidats aux élections. Selon l’ONG, ces contrats prendraient la forme d’accords de partage de production (PSA), en vertu desquels des compagnies étrangères sont appelées à financer l’exploration-production d’une zone, moyennant une part de la production future. "L’expérience dans d’autres pays démontre qu’en général des compagnies étrangères ont le dessus sur les gouvernements dans les négociations de contrats type PSA", conclut le document de Platform.

Hostiles aux PSA, les cadres du ministère des pétroles dans leur grande majorité sont favorables à la signature d’accords de facturation de services, en vigueur dans le reste du Proche-Orient. "Le futur gouvernement saura défendre la principale source de revenus du pays. Regardez le Koweït : quatorze ans après sa libération, il reste fermé aux compagnies occidentales", indique toutefois l’Irakien Mohammed Ali Zaini, chercheur au Centre for Global Energy Studies, un centre d’études énergétiques installé à Londres.

Bon nombre d’experts pétroliers défendent les accords de partage de production, jugés équitables pour le producteur comme pour la compagnie pétrolière. L’adoption de PSA par des pays aussi différents que la Libye, la Russie, le Kazakhstan ou le Venezuela attestent leur efficacité, affirment-ils. Enfin, ils estiment qu’un gouvernement démocratiquement élu en Irak ne jouerait pas nécessairement le jeu des Chevron, Shell ou BP.

Marc ROCHE

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