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samedi 19 août 2017
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AFP, 4 mars 2004

Haïti : début d’aide humanitaire, la polémique sur le départ de Jean-Bertrand Aristide rebondit

Suivi d’un commentaire


Soldats chiliens à l’aéroport de Port-au-Prince, le 4 mars 2004. Il semble que les Chiliens n’ont tiré aucun enseignement de la dictature d’Augusto Pinochet

PORT-AU-PRINCE (AFP) - La communauté internationale commence à se mobiliser pour apporter une aide humanitaire à Haïti, cinq jours après le départ de Jean Bertrand Aristide, alors que la polémique rebondissait, jeudi 4 mars 2004, sur les conditions d’éviction de Jean-Bertrand Aristide.

A Port-au-Prince, les partisans de Jean-Bertrand Aristide ont à nouveau pignon sur rue et tout est fait pour rétablir un climat de terreur contre les opposants


Après l’annonce, mercredi 3 mars 2004, d’un dépôt des armes par les insurgés de Guy Philippe -ce qui ne veut pas dire qu’ils vont s’en débarrasser-, des Marines et des militaires français patrouillaient, jeudi 4 mars, avec des policiers haïtiens dans les rues de Port-au-Prince, où l’insécurité continue de prévaloir.

Port-au-Prince, le 4 mars 2004. Les troupes d’occupation ne cessent de braquer leurs armes sur la population, et, dans le même temps, on affecte de déplorer "le climat d’insécurité"...

Les troupes étrangères en Haïti -1100 Américains, 800 Français, 120 Chiliens, une centaine de Canadiens- ont permis de donner un "coup d’arrêt à la spirale de la violence" en Haïti, a assuré à Paris l’armée française.

L’aide humanitaire arrive jusqu’à présent au compte-gouttes. Un premier avion chargé de médicaments est arrivé mercredi 3 mars.

La Commission européenne a débloqué, jeudi 4 mars, une aide humanitaire d’urgence de 1,8 million d’euros, tandis que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) demandait 3 millions d’euros pour ses opérations d’urgence pendant les quatre prochains mois.

Une ébauche de normalisation politique était perceptible avec la première réunion d’un comité tripartite, dont la création auprès de la présidence était prévue par un plan international de réglement de la crise en Haïti.

Scène du fascisme ordinaire, dans les rues de Port-au-Prince, le 4 mars 2004

L’ex-sénateur Paul Denis, au nom de l’opposition, le ministre des Haïtiens de l’étranger Leslie Voltaire, représentant du parti Lavalas d’Aristide, et le Malien Adama Guindo, pour l’ONU, se sont rencontrés alors que des coups de feu sporadiques retentissaient à Port-au-Prince.

Paul Denis

Le comité tripartite doit désigner un Conseil d’une dizaine de personnes représentant la diversité de la société haïtienne, qui sera chargé de former un gouvernement d’union nationale. A plus long terme, un scrutin parlementaire, peut-être couplé avec une élection présidentielle, pourra être envisagé.

"Notre espoir est que (ce comité) va permettre d’avoir rapidement un gouvernement fort", a commenté un diplomate.

La polémique sur le départ d’Aristide organisé par les seuls Etats-Unis a redoublé avec des demandes d’enquêtes indépendantes.

"On ne peut trouver d’excuse au retrait inconstitutionel d’un dirigeant quel qu’il soit", a souligné à Kingston le président de la communauté des Caraïbes (Caricom), Percival Patterson, très critique à l’égard des Etats-Unis et de la France.

Percival Patterson

"Ce qui s’est produit est un précédent très dangereux non seulement pour Haïti mais pour tous les dirigeants démocratiquement élus et les gouvernements dans le monde", a-t-il ajouté, en demandant une enquête indépendante. Il a précisé avoir parlé avec Aristide samedi et que ce dernier ne semblait avoir aucune intention de fuir son pays.

La Caricom demande que les troupes étrangères en Haïti désarment les insurgés de Guy Philippe, a indiqué le Premier ministre de Trinidad, Patrick Manning.

Patrick Manning

La ministre sud-africaine des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma a elle aussi réclamé une "enquête" sous les auspices de l’ONU pour "clarifier les circonstances ayant conduit au départ" du président déchu.

Nkosazana Dlamini-Zuma

En pleine campagne présidentielle américaine, les démocrates du Congrès ont accusé l’administration républicaine de George W. Bush d’avoir contraint à l’exil l’ancien président haïtien.

Jean-Bertrand Aristide, arrivé le 1er mars à Bangui, a affirmé avoir été victime "d’un coup d’Etat" et "d’un enlèvement moderne" par Washington, ce que les autorités américaines ont catégoriquement contesté.

La Ligue centrafricaine des droits de l’Homme (LCDH) a réclamé le départ "sans délai" d’Aristide, refusant que la République Centrafricaine soit un "dépotoir pour un ancien despote". L’ancien président devrait rester à Bangui au moins jusqu’au 14 avril, date d’un scrutin en Afrique du Sud, qui a été pressenti pour l’accueillir.

Agence France Presse

Scène de rue, à Port-au-Prince, le 4 mars 2004. Et les Américains s’étonnent d’être détestés partout où ils vont...

Commentaire

On remarquera que les dirigeants des pays du Caricom ne se soucient nullement du peuple haïtien. C’est pour eux-mêmes qu’ils s’inquiètent, car ils sont plus corrompus les uns que les autres et tous redoutent d’être renversés par le peuple de leurs pays respectifs.

L’affirmation de Percival Patterson, selon laquelle "On ne peut trouver d’excuse au retrait inconstitutionel d’un dirigeant quel qu’il soit", ne résiste pas à une analyse.

En effet, un chef d’Etat n’a pas d’autre légitimité que celle que lui confère le peuple. Il ne saurait donc prétendre détenir une quelconque légitimité contre la volonté du peuple.

Port-au-Prince, le 1er mars 2004. Les libérateurs d’Haïti n’avaient pas besoin de braquer des missiles sol-sol sur la foule. Et c’est pourtant leur légitimité qui est contestée, non celle des fascistes qui occupent actuellement leur pays...

Celui qui s’est fait élire au moyen de la tromperie, et qui gouverne par le mensonge -pour ne pas parler de l’assassinat des opposants politiques-, est semblable à un escroc qui commence par gagner votre confiance dans le but de la trahir. Le fait qu’il ait réussi à vous escroquer ne confère aucune légitimité à ses escroqueries. Quelle que soit la méthode au moyen de laquelle il a réussi à vous tromper, il est et demeure un escroc.

Le déshonneur de l’armée française s’exhibant dans les rues de Port-au-Prince, le 3 mars 2004

Ce qui est frappant, dans cette affaire, c’est que tous les chefs d’Etat impliqués s’accordent pour manifester des égards au despote Jean-Bertrand Aristide -qui aurait pourtant dû être déjà arrêté et remis au Tribunal pénal international-, alors même qu’ils manifestent le plus complet mépris à l’encontre du peuple haïtien.

Il saute aux yeux que le comité tripartite instauré par la prétendue "communauté internationale" ne saurait désigner un "Conseil représentant la diversité de la société haïtienne", puisque les Etats-Unis s’opposent à ce que le peuple haïtien choisisse librement ses représentants. En effet, décréter par avance que Guy Philippe -ou Tartempion- n’aura pas le droit de se présenter à une future élection, c’est bien interdire au peuple haïtien de choisir librement ses représentants.

Or, dès l’instant où on empêche, au moyen de grossiers artifices juridiques, le peuple de se déterminer librement, il est évident qu’aucun des futurs élus ne pourra se prévaloir d’une véritable légitimité.

C’est comme si, en France, un Jacques Chirac, notoirement corrompu, prétendait organiser une élection réservée aux seuls candidats de son parti, et aux candidats des partis alliés ; en interdisant par avance l’élection aux candidats rivaux. Et cela alors qu’il ne ferait de doute pour personne que, si les candidats rivaux étaient autorisés à se présenter, c’est eux que le peuple élirait.

Jacques Chirac

Les soi-disant "démocraties" sont tellement gangrenées par la corruption, et leurs politiciens tellement habitués au cynisme, qu’ils ne conçoivent même plus qu’il puisse encore exister des gens intègres. Ils ne raisonnent qu’en termes de magouilles et de coups tordus. La fourberie leur tient lieu d’intelligence.

Les gens intègres n’ont pas à se soumettre à cette logique de l’ignominie.

On profite de l’occasion pour saluer les membres de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme.

Frank BRUNNER

Image d’un peuple accablé

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